vendredi 1 mai 2026





John Glenn premier américain à compléter une orbite terrestre à bord de la capsule Friendship 7 (photo NASA)



Durant les nuits estivales à la campagne, allongé sur une couverture, j’observe la Voie lactée s’étendre majestueusement de part et d'autre de la voûte céleste.  Il n’y a pas si longtemps, il était possible d’admirer ce phénomène sans trop s’éloigner des centres urbains, et les astronomes pouvaient même effectuer des observations scientifiques au cœur des villes.  Aujourd’hui, les coupoles de télescopes qui subsistent sur certains bâtiments universitaires témoignent principalement de leur engagement historique en recherche astronomique.  Les lieux privilégiés des astronomes se situent désormais dans des régions extrêmement isolées, telles que le sommet de montagnes, l’espace, la surface de planètes et d’astéroïdes, et même à plusieurs centaines de mètres sous terre, où ils recherchent les neutrinos et la matière noire.  Les télescopes spatiaux Hubble et James Webb, opérant en synergie, nous ont transportés aux origines de l’Univers, remettant en question certains fondements de la cosmologie. 


Né dans les années 50, quelques années après la mise au point des premières fusées, j’ai eu le privilège, comme des milliards de personnes sur Terre,  d’assister en direct à la télévision au premier alunissage par deux terriens.  Pour ma génération, la conquête spatiale transcendait la simple rivalité technologique entre les États-Unis et l’Union soviétique, malgré le contexte de la guerre froide et la menace omniprésente de la bombe atomique, vecteur de destruction massive.  À l’école, même si mon pays ne possédait pas d’arsenal nucléaire, nous anticipions les conséquences d’une explosion atomique en nous abritant sous nos pupitres de bois, un exercice plus ou moins rassurant car les images d’Hiroshima et de ses écoliers carbonisés hantaient nos esprits.  C’est avec le lancement de Spoutnik 1 en 1957 que la véritable course à l’espace a pris son essor, nourrissant les rêves de conquête spatiale de ma génération.

Youri Gagarine devant la capsule Vostok le 11 avril 1961
  
Dans notre imaginaire collectif, la fusée n’était plus uniquement une arme, mais un moyen de transport prometteur, ouvrant la voie à l’exploration de l’ensemble de l’Univers.  L’exploit de Youri Gagarine, premier humain à franchir la frontière de l’espace et à orbiter autour de notre planète, fut suivi par John Glenn(1), ce héros américain dont la combinaison spatiale métallisée a stimulé notre imagination. 

 
Il est probable que nous ayons sous-estimé l’immensité de l’Univers. Edwin Hubble (1889-1953) a été le premier à révolutionner notre compréhension de l’échelle cosmique en découvrant que notre galaxie, la Voie lactée, n’était qu’une parmi d’innombrables autres, et que ces galaxies s’éloignaient les unes des autres à un rythme croissant, entraînées par l’expansion de l’Univers. Par conséquent, les galaxies les plus éloignées accélèrent à un point tel qu’elles deviennent irrémédiablement hors de notre portée. Hormis la galaxie d’Andromède, le Grand Nuage de Magellan, le Petit Nuage de Magellan et quelques autres, la grande majorité des galaxies sont invisibles à l’œil nu. Bien qu’elle fasse partie de notre ciel étoilé, Andromède se situe à la distance colossale de 30 000 années-lumière (2), Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche de notre planète Terre, se situe à 4,24 années-lumière, soit approximativement 40 000 milliards de kilomètres.  Un tel voyage, aller seulement, nécessiterait des dizaines de milliers d’années avec les technologies actuelles. 


Andromède (M31) la galaxie la plus près de la notre à 30 000 années-lumière.

Saturne V ...décollage! (photo NASA)
À ce jour, tous les déplacements à l’extérieur de notre biosphère, à bord de fusées, ont mobilisé des ressources financières et matérielles hors du commun ! À lui seul, le programme Apollo a coûté près de 260 milliards (en dollars d’aujourd’hui) au gouvernement américain. Pour arracher chacune des fusées Saturne V de l’attraction terrestre, avec leurs 111 mètres de hauteur et leur masse de 3 000 tonnes, les moteurs-fusées ont brûlé 2 900 tonnes d’ergols (kérosène, hydrogène et oxygène), tout cela pour amener 2 hommes sur la Lune pour des missions de 8 à 12 jours et n’excédant pas 75 heures (Apollo XVII) sur la surface lunaire ! Chaque mission se terminait avec le retour du seul petit module de commande dans l’océan. Des 3 000 tonnes au décollage de la gigantesque Saturn V, il ne restait donc que 5,5 tonnes incluant les 3 membres d’équipage et bien sûr les échantillons lunaires, les cailloux les plus dispendieux! Pour échapper à l’attraction terrestre, une fusée doit atteindre une vitesse de 8 km/sec. C’est le scientifique russe Constantin Édouardovitch Tsiolkovski qui a le premier déterminé cette vitesse, bien avant les premiers tirs de fusée. Pour un seul kilogramme expédié en orbite, ce sont plusieurs milliers d’ergols qu’une fusée devra consommer pour atteindre cette vitesse critique. Bien sûr, l’efficacité des propulseurs pourra améliorer sensiblement la consommation d’ergols, c’est notamment le cas de la fusée Falcon 9 de SpaceX, mais un fait demeure: atteindre l’espace commandera toujours une formidable consommation d’énergie et des risques très élevés pour les équipages, car une fusée demeure une véritable bombe dont on essaie de contrôler l’explosion. Imaginez que votre voiture thermique utiliserait sa réserve d’essence pour refroidir son bloc moteur au lieu d’un liquide refroidissant ignifuge, c’est pourtant ce que les moteurs de fusées font en utilisant leur réserve d’oxygène liquide pour refroidir leurs tuyères, une tubulure acheminant l’oxygène autour des tuyères avant de le mélanger à l’hydrogène, ce qui donne tout son sens à l’expression « jouer avec le feu »!


Un des quatre moteurs R-25 qui équipe la fusée SLS (mission Artemis), les tubulures qui ceinturent la tuyère transporte de l'oxygène liquide. Le R-25 équipait jadis les navettes spatiales (photo NASA).


L’aspiration contemporaine à la conquête spatiale se révèle de plus en plus comme une utopie confrontée aux impératifs rigoureux des lois physiques, biologiques et économiques.  À mesure que nos connaissances de l’Univers s’approfondissent, la frontière spatiale s’éloigne inexorablement de nous, terriens.  Bien qu’un milliardaire nourrisse le projet ambitieux de coloniser Mars, la pertinence de cette entreprise demeure discutable, compte tenu des conditions environnementales hostiles de la planète : un désert glacial caractérisé par une température moyenne de -61 degrés celsius et une atmosphère irrespirable composée principalement de dioxyde de carbone, dont la densité est cent fois inférieure à celle de la Terre.  De plus, le voyage vers Mars exposerait les astronautes à des niveaux élevés de rayons cosmiques, susceptibles de compromettre la sécurité du vaisseau spatial et d’engendrer des effets néfastes sur la santé humaine.  Par conséquent, l’exploration des planètes notre système solaire devrait être exclusivement confiée à des sondes automatisées et des robots.  


Le rover Perseverance (image JPL)

Le succès indéniable du « rover » martien Perseverance et de ses prédécesseurs témoigne clairement que la présence humaine sur la surface martienne est facultative pour approfondir notre compréhension de l’évolution géologique et biologique de cette planète, qui aujourd’hui demeure fondamentalement un astre stérile.  Les avancées de l’intelligence artificielle, conjuguées aux progrès réalisés dans le domaine des télescopes, radio-télescopes, sondes, véhicules spatiaux et robots, ne feront qu’accroître notre capacité à explorer à distance le système solaire et au-delà, sans jamais mettre en péril la vie humaine.  


Gros plan du cratère lunaire Vavilov  photo NASA Artemis II.


En plus de l’exploit technique que représente son atterrissage, la Lune pourrait offrir des avantages substantiels pour des missions habitées.  Bien que la Lune, tout comme Mars, soit un environnement stérile et inhospitalier, elle se distingue par sa proximité relative avec la Terre, ce qui simplifie considérablement la logistique et permet la rotation d’équipes d’astronautes en quelques jours seulement.  De plus, la faible gravité lunaire représente un avantage significatif par rapport à Mars, car la quantité de propergol nécessaire pour l’atterrissage et le décollage serait considérablement réduite.  Au-delà des avantages logistiques qu’elle procure, la Lune possède des ressources minérales d’intérêt, notamment l’hélium 3, qui pourrait potentiellement servir de combustible dans les réacteurs à fusion nucléaire.  Présent à la surface lunaire, mélangé à la régolithe, l’hélium 3 est un isotope produit par le rayonnement solaire.  Bien qu’il soit plus abondant sur la Lune que sur Terre, l’extraction d’une seule tonne d’hélium 3 nécessiterait le traitement de cent millions de tonnes de régolithe lunaire, ce qui constitue un défi technologique majeur.  Par ailleurs, la fusion nucléaire doit encore passer du stade expérimental au stade de source d’énergie fiable.  Depuis le milieu des années 1970, les physiciens travaillent activement sur des projets de réacteurs à fusion expérimentaux, mais la production d’électricité a toujours été inférieure à la consommation de ces réacteurs.  Malgré ces obstacles, la fusion nucléaire demeure la seule option envisageable pour produire une énergie relativement propre capable de répondre aux besoins énergétiques croissants de l’humanité. La réorientation du programme Artemis en faveur de l’établissement plus hâtif d’une base lunaire, stimulée cette fois par la compétition avec la Chine, permettra sans doute de tirer le plein potentiel de la compagne de la Terre.



Photo du premier "levée de Terre" par Apollo 8

Soyons réalistes, la conquête de l’espace ne sera jamais comme au cinéma et encore moins comme dans nos rêves. Le capitaine Kirk qui voit défiler les étoiles par un hublot du USS Enterprise ne sera à jamais que le fruit de l’imagination. Pendant longtemps, j’ai pourtant rêvé que je pourrais voyager dans l’espace un jour, mais à moins d’avoir quelques millions pour acheter ma place à bord de l’ISS ou de me faire recruter comme astronaute par une agence spatiale, mes chances de dépasser la ligne de Kármán(3) sont nulles, comme celles de la très vaste majorité des Terriens, incluant les générations qui suivront. Mais pourquoi espérer atteindre d’autres systèmes stellaires alors que nous vivons sur l’une des rares planètes de l’Univers (jusqu’à preuve du contraire, la seule!)  qui a permis l’émergence de la vie, d’une manière aussi riche et diversifiée ? En 1968, quand l’équipage d’Apollo 8 a réalisé la première photo complète de la Terre, à partir de l’orbite lunaire, c’est aussi le berceau de l’humanité tout entier qu’ils ont imprimé sur la pellicule photo(4). Comme plusieurs, j’ai cru que la puissance évocatrice de cette image allait changer à jamais notre perception de la Terre et nous rendre plus conscients de l’impact de nos actions sur notre unique foyer. Force est de constater que l’émotion fut de courte durée ! Le programme Apollo prit fin abruptement après Apollo 17, face au désintérêt de la population pour les missions lunaires. Les USA avaient gagné sur lURSS la course à la Lune, c’était ce qui avait motivé la population, on pouvait donc tourner la page. Bien sûr, il y eu le programme de la navette spatiale et de l’ISS(5) qui contribuèrent à maintenir un intérêt pour le spatial. La désintégration en vol des navettes Challenger et Columbia, emportant dans la mort 14 astronautes, nous a cependant fait prendre conscience que la complexité technologique conduit inévitablement à un accroissement du risque pouvant conduire à des cascades d’événements catastrophiques. 


Les romans et le cinéma d’anticipation ont souvent placé la barre très haute, nous présentant un avenir qui ignore les contraintes réelles de la conquête de l’espace et même en transgressant allègrement les lois de la physique. N’en déplaise aux rêveurs, la planète Mars ne deviendra jamais le canot de sauvetage de l’humanité lorsque le Soleil arrivera à la fin de son cycle de vie et les planètes, potentiellement accueillantes, telles que Proxima b (6), sont beaucoup trop éloignées de la Terre pour favoriser un déménagement sans risque, même pour un petit groupe d’élus. Après avoir franchi des milliards de kilomètres, les voyageurs du cosmos qui auront survécu trouveront probablement un monde auquel ils ne seront pas adaptés. Une question se pose donc: Pourquoi chercher à atteindre ces étoiles inaccessibles alors que nous sommes tous fondamentalement des enfants de la Terre liés à son environnement? En plus de nous donner naissance, la Terre a accompli le plus grand des miracles: faire de nous des êtres conscients. Notre plus grand accomplissement futur ne résidera pas dans lexploration des confins de notre galaxie, mais plutôt dans la maîtrise de nos comportements destructeurs qui menacent la pérennité de notre civilisation.  Si nous parvenons à surmonter ces défis, nous pourrons continuer à contempler la voûte céleste dans toute sa splendeur.




1 Avant John Glenn, (photo d'introduction)  Alan Shepard avait été la premier Américain tester la capsule Mercury dans un vol balistique, propulsé par une fusée Redstone. Glenn fut le premier à réaliser une orbite complète de la Terre, propulsé par une fusée Atlas Agena.

2 30 000 année lumière font 2,838 x 1017 km, bref très loin !

3 La ligne de Kármán représente la frontière de l’espace, soit une altitude de 100km.Theodore von Kármán, né le 11 mai 1881 et mort le 6 mai 1963, est un ingénieur et physicien hongrois et américain spécialisé en aéronautique dans les années fondatrices de 1940 à 1960.

4 En 1968 la photo numérique n’existait pas, c’est donc avec une caméra Hasselblad à pellicule couleur que les astronautes ont photographié le célèbre « levée de Terre » à travers un hublot du module de commande.

5 ISS. Pour International Space Station, où le Canada obtint une participation en développant notamment le Can-a-darm le bras motorisé robotisé qui fut installé sur la navette et l’ISS pour manipulé des charges dans l’espace. 

6 Proxima b est une planète qui orbite autour d’une naine rouge ( Proxima Centauri,  l’étoile la plus rapprochée de notre système solaire) elle pourrait bénéficier des conditions favorables à l’éclosion de la vie.

 









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samedi 18 juin 2022


L’automne dernier, ma fille m’a fait part d’un projet qu’elle souhaitait que je réalise pour sa petite famille. Depuis quelques années, la famille s’est établie dans un village de l’Estrie tout près de la frontière américaine. Le décor est bucolique à souhait, une belle campagne encastrée au creux d’une vallée où coule une paisible rivière. Leur maison est située au sommet d’un coteau qui permet d’embrasser du regard la vallée et les quelques sommets qui la dominent. Même si le paysage n’est pas aussi spectaculaire que celui des Rocheuses où ils habitaient autrefois, cette belle campagne a le mérite de leur offrir un cadre de vie exceptionnel, leur permettant de cultiver leurs propres légumes et d’avoir des œufs frais à chaque jour !


Peu à peu, ils ont adapté à leur goût et à leur personnalité la maison qu’ils ont acquise. C’est dans cet esprit que ma fille m’a demandé de lui fabriquer une grande table à « l’allure rustique » pouvant accueillir jusqu’à une dizaine de convives. Pas question d’un style trop alambiqué ou répondant au canon d’un style particulier, la table devait plutôt inspirer la familiarité, le bonheur et la joie de se réunir dans un cadre informel, sans se soucier du protocole! Grosse commande pour l’ébéniste de père qui carbure à la précision des assemblages, aux coloris et au beau veinage des bois nobles.


Je dois l’avouer, le mot « rustique » sonnait très mal dans ma tête, je voyais une table au plateau mal assemblé et marqué par le temps. Par contre, la définition du mot « rustique » a changé ma vision : « Qui appartient à la campagne, est de la campagne ; relatif aux activités et aux choses de la campagne, aux gens de la campagne et à leurs mœurs ». Le style rustique n’a donc pas à être du « grand n’importe quoi »  seuls les citadins peuvent associer le style rustique à quelque chose de très utilitaire, contrastant avec le design des meubles contemporains. Le citadin apprécie surtout le style rustique pour sa chaleur et son confort, en ignorant parfois que le meuble rustique demeure un ouvrage d’ébénisterie robuste qui a l’immense qualité de durer dans le temps, contrairement à certains meubles contemporains trop fragiles pour affronter le poids des ans. 

Dans les faits, le « style rustique » n’existe pas vraiment, il est plutôt associé à un mode de vie près de la nature et de la campagne profonde. Le « style rustique » serait plutôt un amalgame d’éléments qui par leur addition vont témoigner d’un certain confort. Une pile de bois près de l’âtre, un vieux bidon de lait servant de siège d’appoint, une commode d’une période indéfinie, des chaises en bois dépareillées autour d’une table qui a du vécu, voilà un décor qui inspire la rusticité et le confort. Donc, inutile de chercher dans les traités d’ébénisterie le canon de ce style, comme un peintre impressionniste il faut plutôt concevoir le meuble rustique par grands traits, en s’inspirant de ses souvenirs plutôt que de la réalité. Cela dit, un meuble a également une fonction bien définie qui impose une forme générale et des standards ergonomiques. Une table ne sera jamais autre chose qu’une table, qu’elle soit rustique ou de style "Art and Craft". 

En accord avec ma fille, je lui ai proposé trois modèles de table répondant au même besoin : une grande table familiale de 42’’ x 90’’ d’une hauteur de 30’’ (hauteur standard). Pas question d’utiliser un bois exotique venant d’une contré lointaine, les trois modèles sont en Pin blanc, un bois du pays largement utilisé par nos ancêtres, car très disponible et facile à travailler.

Ma fille réside à la campagne, près d’une forêt entourée de montagnes ! J’ai donc pris la liberté d’étendre la définition du mot « rustique » à ces trois lieux afin de lui proposer les 3 modèles : la Campagnarde, la Lumberjack (clin d’œil à la communauté anglophone de ce coin de pays) et la Montagnarde.

La Campagnarde se distingue principalement par ses pattes tournées, mais dont j’ai simplifié les formes pour lui donner une légère touche de modernité. On retrouve une forme sphérique près de la ceinture suivie d’une longue section conique qui va jusqu’au sol.





La « Lumberjack » est celle qui présente le piètement le plus complexe. Les pattes sont inclinées de 10o et sont réunies à quelques pouces du sol par trois tenseurs dont l’un traverse la table sur sa longueur. Le tenseur central est réuni aux deux autres par des tenons traversants.





La Montagnarde possède le piètement le plus simple : des pattes rectangulaires massives rejoignent la ceinture, conférant à l’ensemble une allure de solidité et de simplicité. Comme pour les deux autres propositions, la Montagnarde possède un plateau épais (1 1/2’’) avec un emboîtement à chaque extrémité, afin de stabiliser l’ensemble et de bien s’adapter aux mouvements saisonniers du bois. Pour la même raison, le plateau est fixé à la ceinture par des taquets en érable qui s’insèrent dans des rainures de 3/8’’  au pourtour de la ceinture, permettant aux taquets de glisser dans les rainures (voir illustration suivante):


Une vingtaine de taquets fixent le plateau à la ceinture de la table. La rainure est plus large et plus profonde que le taquet permettant à ce dernier de glisser dans la rainure lors des mouvements saisonniers du bois.



Après réflexion, ma fille a choisi "la Montagnarde" pour deux raisons : L’aspect massif de ses pattes et le fait qu’il soit possible de placer des convives à chaque extrémité sans qu’ils soient gênés par la présence de tenseurs aux extrémités de la table (comme pour la Lumberjack). Comme elle aimait bien le « look » du piètement de la Lumberjack, j’ai décidé de lui faire une surprise en ajoutant à la Montagnarde deux bancs inspirés du piètement de la Lumberjack avec des pattes légèrement inclinées, réunies par trois tenseurs (voir illustration) ainsi la montagne rencontre la forêt !









Le principal défi de construction d’une grande table demeure l’assemblage de son plateau. En effet, plus un plateau est long et large plus le laminage des planches exige de la précision. Il faut porter une attention particulière à la préparation des planches, d’abord au niveau du dégauchissage et du rabotage d’épaisseur. À défaut de disposer d’une dégauchisseuse avec une grande table d’entrée et de sortie, j’ai fabriqué deux allonges en contreplaqué afin de m’assurer que chaque planche soit soutenue sur toute leur longueur, autant à l’entrée qu’à la sortie de la dégauchisseuse. J’ai utilisé les mêmes allonges pour le rabotage des planches. Pour le laminage des 8 planches de 5 1/4’’ x 90’’ j’ai procédé par étapes, en collant d’abord 2 x 2 planches, 2 x 4 planches et finalement les deux groupes de 4 planches ensemble. Pour m’assurer de la planéité du laminage, j’ai utilisé des lamelles #20 (voir illustration). 



L’un des secrets pour bien dégauchir de longues planches, est d’allonger les tables d’entrée et de sortie de la dégauchisseuse. Pour y parvenir, j’ai fabriqué des allonges en contreplaqué que j’ai fixé au bout des tables avec des serre-joints. Pour m’assurer qu’elles soient bien au niveau par rapport aux tables, j’ai appuyé les allonges sur des rouleaux à bras télescopiques qui servent normalement à recevoir les planches à la sortie du banc de scie. J’ai utilisé les mêmes allonges sur la raboteuse d’épaisseur pour obtenir des faces parfaitement parallèles.



Début du laminage du plateau en collant les planches deux par deux et ensuite quatre par quatre (photo du bas), avant l'assemblage final des 8 planches. J'utilise des lamelles no 20, surtout pour assurer la planéité du laminage, car la colle a tendance à faire glisser les planches l'une sur l'autre lorsque l'on applique la pression des serre-joints. Cette méthode progressive de laminage est sans doute un peu plus longue, mais elle évite le stress d'agir rapidement afin de respecter le temps de prise de la colle PVA, surtout pour un plateau de cette dimension (42'' x 90'').  






La table comporte des emboîtements (breadboards) à chaque extrémité. Outre l'aspect esthétique, la principale fonction d'un emboîtement est de maintenir la planéité du laminage (ici 8 planches de 5 1/4'' de largeur) tout en limitant les tensions qui pourraient générer des fissures au plateau. Le pin, comme toutes les autres essences de bois, réagit aux variations saisonnières d'humidité, ainsi la fibre prend de l'expansion en largeur l'été et se contracte l'hiver lorsque les maisons sont chauffées. Pour tenir compte de ce phénomène, l'emboîtement est collé uniquement au centre (sur le tenon de 4'' au centre), des chevilles (5) traversantes en bois dur vont fixer l'ensemble. Pour éviter que les chevilles exercent à leur tour une tension latérale sur les tenons de l'emboîtement, les trous qui traversent les tenons (sauf celui du centre) devront être légèrement ovales. 








Les tenons de l'emboîtement sont d'abord taillés à la toupie à la largeur du plateau (photo du haut), un guide est très utile pour assurer la précision de la coupe,  puis chaque tenon est découpé à la main à l'aide de scies japonaises dozuki, une scie à chantourner et une lime  (photo du bas).
  

Le piètement complet de la table (ceinture, traverses et pieds) en pré-montage. Comme je devais transporter la table à plus de 300 km de mon atelier, j'ai ajouté des vis de montage à tête hexagonale pour bloquer chaque joint tenon/mortaise. J'ai donc pu démonter le piètement pour le transport.


Deux bancs comme celui-ci accompagnent la table, ils se glissent entre les pieds à chaque extrémité de la table. Le siège est fixé à la ceinture avec les mêmes taquets utilisés pour la table .




Les pieds sont réunis par un tenseur auquel vient s'attacher un autre tenseur qui est fixé par un tenon traversant dont on voit la mortaise au centre de l'image. Cette pièce est la principale difficulté de construction du banc dont les tenons s'emboîtent avec un angle de 5 o au centre des pieds.


Les bancs au montage, on peut voir sur l'image les 6 taquets qui permettent de fixer les sièges à leur piètement



La Montagnarde à son assemblage final avec  ses couleurs: brun noyer foncé (Passeport Élite 303) pour le plateau et gris pierre de Château (Saman 011) pour son piètement. 



La table dans son environnement ! Ma fille a réussi à se dénicher des chaises qui complètent parfaitement le "look" rustique et convivial  de la Montagnarde ! ... Même Skip est d'accord ... Wouf !

lundi 8 février 2021

TABLETTE SÈCHE-MITAINES


C’est l’hiver, après une averse de « neige à bonhomme » ou de pluie verglaçante vos mitaines sont détrempées ! Votre premier réflexe est de les faire sécher près d’une source de chaleur, mais  la bavette du poêle à combustion et le calorifère dégagent une chaleur suffisante pour faire fondre les tissus synthétiques ou pire provoquer un début d’incendie ! La solution : la tablette sèche-mitaine placée à une hauteur sécuritaire d’une source de chaleur !!! Je l’avoue, cette introduction a l’allure d’une infopub télévisée, il ne manque que la voix du monsieur qui vous invite à « commander dès maintenant » pour 40 $ US, mais la livraison est gratuite !  


Plus sérieusement, nous cherchions depuis longtemps une solution pratique pour faire sécher gants et mitaines près du vestiaire d’entrée. À/ défaut, nous les suspendions un peu partout souvent près de notre ancien foyer au bois qui était entouré d’une large tablette. Depuis la conversion du foyer au gaz, nous cherchions une alternative pratique. C’est en réalisant qu’il y avait un calorifère près de l’entrée principale que l’illumination s’est faite ! Pourquoi ne pas installer une tablette ajourée au-dessus du calorifère avec une série de crochets en dessous ? La tablette ajourée laisserait passer l’air chaud du calorifère pour faire sécher les articles qui n’ont pas de ganses pour les suspendre, alors que la plupart de nos gants et mitaines ont des ganses. Bingo ! En fouillant dans ma réserve de chutes de bois, j’ai trouvé suffisamment de pièces d’érable ondé pour réaliser ce petit projet.  



L’érable ondé, moiré ou frisé est le bois exotique du Québec, il présente des motifs de vagues qui sont dus à une déformation de la fibre par compression. Ce qui a priori, pourrait apparaître comme une tare de l’érable constitue plutôt une plus-value, car une fois vernies les planches d’érable ondé sont magnifiques, leurs vagues ajoutent de la profondeur au grain du bois, un véritable effet 3D ! En contrepartie, l’érable ondé est difficile à travailler, comme la fibre n’est pas alignée, les lames de la dégauchisseuse, de la raboteuse d’épaisseur ou de la varlope ont tendance à arracher la fibre (« tear out »), il faut donc s’assurer de le travailler avec des lames très bien aiguisées pour réduire ce problème. Un bon sablage est également requis pour bien uniformiser la surface et accroître la beauté de ce bois d’exception.





La tablette sèche-mitaine est relativement simple à fabriquer, l’assemblage se fait avec des 4 lamelles (ou biscuits) No 20 et deux goujons de 1/4’’ de diamètre, sauf pour les planchettes qui forment le dessus de la tablette, elles sont simplement collées au fond de la cavité des supports latéraux (voir plan). Trois à quatre couches de vernis à plancher (j’utilise le vernis Saman brillant) sont nécessaires, non seulement pour bien protéger le bois de l’humidité, mais également pour faire ressortir la profondeur de l’érable ondé.