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samedi 4 août 2018

Support de kayak de mer pour toit de véhicule






Comme plusieurs kayakistes j’utilisais, jusqu’à tout récemment,  des profilés de minicels (mousses) pour asseoir la quille de mes kayaks de mer sur les barres du porte-bagages de ma voiture, des sangles à cliquet et des cordages, arrimés aux pare-chocs avant et arrière de la voiture, complétait le dispositif.  Ce système était relativement stable, mais pour de longs trajets sur les autoroutes il était souvent nécessaire de vérifier la position des kayaks qui avaient tendance à glisser vers l’extérieur par la pression de l’air et les vibrations. Bref, un stress de plus à ajouter à la conduite automobile.  Une autre difficulté associée à ce système était de monter ou de descendre les kayaks de 17 pieds du toit de mon VUS (qui est plus élevé qu’un toit de voiture sedan).   Si l’exercice pouvait être réalisé sans trop de difficulté à deux, dès que j’étais seul cela exigeait beaucoup plus d’efforts, sans compter le risque d’échapper un kayak et d’abîmer à la fois le kayak et la voiture.  J’ai donc décidé de rechercher une solution qui réglerait à la fois la stabilité du transport et le chargement des kayaks.


Mon support artisanal  avec berceaux, s'adaptant à des barres de toit (ici des Thule)


Plusieurs grandes marques spécialisées dans le transport d’équipements de sports pour véhicules, comme Thule et Yakima, proposent effectivement des solutions intégrées pour le transport et le chargement de kayaks sur la toiture d’un véhicule.  Certains systèmes avec ressorts et piston hydrauliques permettent même de charger un kayak avec un minimum d’efforts… mais un maximum de dollars!  Les supports en « J »  offrent une bonne stabilité et demeurent abordables, mais il faut tout de même hisser les kayaks à bout de bras sur le toit du véhicule. Si pour un petit kayak de rivière cette solution demeure la meilleure, elle n’est pas idéale pour un long kayak de mer dont le poids peut varier entre 35 lb et 55 lb.  Pour un kayak de mer, le système à quatre berceaux qui épousent la forme de la coque offre une bien meilleure stabilité et si on ajoute à ces berceaux un rouleau de quille pour hisser le kayak à partir de l’arrière de la voiture, j'obtiens le système parfait !  Ce système existe sur le marché, mais il faut être prêt à débourser un peu plus de 450$ par kayak et pour deux la facture pourra donc dépasser les 1000$ en incluant les taxes !  Comme j’ai déjà construit un kayak de mer, j’ai donc décidé de concevoir et de réaliser mon propre système de transport, en me donnant le défi de le réaliser pour moins de 100 $.  Je dois cependant préciser que je possédais déjà des barres Thule qui s’adaptaient au porte-bagages de mon VUS, j’utilise surtout ces barres pour le transport de matériaux.  J’ai donc décidé d’utiliser les barres comme support de base à mon système.


Le support à kayaks a passé le test ! 100km/h sur l'autoroute et les kayaks sont demeurés solidement arrimés. Avec un kayak de bois, les supports de bois sont bien coordonnés en plus !! 
Les berceaux adoptent exactement la forme de la coque,  les deux sangles à cliquet complètent l'arrimage du kayak.

La sangle extérieure est fixée à l'extrémité de la barre de toit. Remarquez l'un des boulons en "U"
qui retiennent la base du support à la barre de toit. 


Les habitués de ce blogue auront déjà deviné que j’ai utilisé le logiciel Sketchup pour modéliser le système.  Comme je suis un artisan du bois, c’est donc à partir ce médium que j’ai imaginé l’ensemble du support.  Au départ, j’ai privilégié le contre-plaqué baltique, car ses couches de laminage à 1/16e de pouce d’épaisseur offre une résistance mécanique supérieure à celle d’une pièce de bois massive.  Durant la Deuxième Guerre mondiale l’avion  DH.98 Mosquito construit par de Havilland et que l’on appelait la « terreur de bois », a déjà fait  la preuve qu’un laminage de bois pouvait résister à des forces dynamiques importantes ! 

Comme la base de ce projet repose sur les berceaux, c’est donc par cette partie que j’ai débuté. J’ai d’abord pris l’empreinte de la coque des deux kayaks (avec une jauge de profil, voir photo plus bas) à l’avant et à l’arrière de l’hiloire, en tenant compte de l’écartement des barres de toits, soit 43 pouces pour mon véhicule. Comme mes deux kayaks n’ont pas la même forme de coque, je devais donc concevoir des berceaux adaptés à chacune. L’idée maîtresse était de concevoir un berceau qui permettrait non seulement de supporter le poids du kayak mais également de remonter légèrement sur les flancs de la coque pour bloquer les mouvements latéraux. De plus, les berceaux devaient être en mesure de pivoter sur un axe pour s’adapter encore mieux à l’angle entre la coque et la quille. Finalement, un coussin de minicel (mousse dense) devait ajouter de l’adhérence au berceau tout en protégeant la quille des éraflures.


Capture de l'angle de la coque avec une jauge de profil.

La complexité de ce projet était surtout liée à la fabrication des axes des berceaux.  Ces axes permettent au berceau de suivre l’angle de la coque et sont composés de trois pièces:  un bloc de soutien fixé à la base (une planche fixée à la barre de toit) et d’une fourche (composée de deux branches)  qui pivote autour du bloc de soutien grâce à un boulon de carrosserie à tête hexagonale . Ces trois pièces (bloc+ 2 branches) ont exactement la même forme (voir le plan plus haut) à cette différence près: le bloc de soutien est deux fois plus épais que les branches (il est composé de 2 épaisseurs de contre-plaqué laminées ensemble) et le trou de l’axe est légèrement décalé (1/8 ‘’ plus haut) par rapport à celui des branches.  Les branches sont vissées et collées (colle uréthane) en dessous et au centre du berceau (voir illustration, plus haut), alors que le bloc de soutien est vissé et collé à la base.
Pour découper les branches de la fourche et les blocs de soutien il est plus simple
de dessiner un patron à l'ordinateur et de coller ce patron avec de la colle en aérosol
directement sur le contre-plaqué








Il suffit par la suite de découper les pièces sur la scie à ruban et de préciser
le contour sur une sableuse fixe à courroie.
La précision du perçage de l'axe central est capital, réalisé ici à l'aide d'une
perceuse à colonne muni d'une mèche à pointe de centrage de 1/4''.
Le produit final un berceau solide dont les parties sont vissées et collées
à la colle uréthane.



Une fois que les branches sont fixées au berceau, on y attache la base avec un boulon de carrosserie à tête hexagonale de 1/4’’ x 2 1/2’’. Pour fixer le boulon, on ajoute une rondelle et un écrou à insertion de nylon (lock bolt). Il faut serrer le boulon juste assez pour que l’ensemble fourche-berceau pivote avec une légère résistance autour de la base.   Avant de fixer le bloc de soutien à la base, il est nécessaire de mesurer l’angle des berceaux en fonction de la forme du kayak, comme ce dernier se referme en pince à l’avant et à l’arrière de l’hiloire, les berceaux devront donc suivre l’angle de la pince (voir illustration plus bas) et demeurer perpendiculaires à la coque.




 La meilleure méthode pour trouver l’angle de chaque berceau est de procéder à un essai. Une fois que les berceaux seront vissés à leur fourche et que le bloc de soutien sera boulonné à la fourche, on place les 4 berceaux sur les deux bases ( des planches qui sont  attachées aux barres de toit avec des écrous en « U ») en les positionnant l’une de l’autre à la même distance que sur le véhicule (dans mon cas à 43’’ d’écart). Par la suite, on dépose délicatement le kayak sur ses  berceaux en serrant ces derniers contre la coque, il suffit alors de faire le contour du bloc de soutien sur la planche de base avec un crayon pour en déterminer l’emplacement précis.  Il suffit par la suite de fixer le bloc de soutien à la base avec 2 vis (No 8, 2 1/2 à têtes coniques) et un peu de colle uréthane.

Pour concevoir le système pour hisser ou descendre le kayak de la toiture du véhicule, j’ai pensé utiliser un rouleau de quille en caoutchouc qui est normalement vendu pour déplacer un bateau ou une chaloupe sur une remorque. On peut se procurer ce type de rouleau dans certaines grandes surfaces spécialisées de pièces d’automobile (dont Canadian Tire) ou chez un détaillant spécialisé en équipements nautiques. Le coût varie de 16$ à 25$ environ.  Le principe est simple : il faut d’abord placer le rouleau avec sa base (voir plan)  près de l’extrémité de la toiture du véhicule, ensuite il faut soulever la proue du kayak et venir l’appuyer sur le rouleau après, soulever la poupe du kayak et le pousser pour l’installer sur ses quatre berceaux.  Le rouleau est relié par deux bras au support arrière (voir plan plus bas)  afin de le stabiliser quand on manoeuvre le kayak, ces deux bras comportent à leur extrémité deux goujons de 3\8’’ de diamètre qui viennent s’encastrer dans deux orifices de même diamètre sous la planche de soutien du support arrière. Comme mon système a été conçu pour transporter 2 kayaks, j’ai donc ajouté deux autres orifices de 3/8’’ dans l’axe du deuxième kayak, il suffit donc de déplacer le rouleau pour hisser le deuxième kayak. Lors des déplacements avec le véhicule, le rouleau doit obligatoirement être rangé à l'intérieur de ce celui-ci, car il pourrait se détacher sous l'effet des vibrations, il ne peut servir qu'à hisser ou descendre les kayaks lorsque le véhicule est immobilisé.



Plan complet du système de transport de kayaks



Toutes les pièces en bois du système ont été vernies avec un vernis extérieur. Pour plus de résistance à l’eau et aux rayons du soleil j'aurais pu utiliser un vernis marin lustré (de type Épifanes), mais cela demeure optionnel, le support étant moins exposé à l’eau que le kayak. La peinture noire extérieure demeure également une autre option, là c’est une question de look !








Pour retenir les kayaks sur leurs berceaux lors des déplacements, il faut bien sûr ajouter au système des sangles à cliquet (voir photo plus bas) ou à boucle à came. Les sangles à cliquet sont souvent vendues par paire dans plusieurs quincailleries et à un prix très abordable.  Pour faciliter le « bouclage » des kayaks, j’ai installé deux anneaux d’arrimage au centre de chaque planche de soutien et j’ai fait coudre l’extrémité de chaque sangle autour de l’anneau d’arrimage (elles y restent donc fixées en permanence). Du côté extérieur des kayaks, j’ai installé le cliquet qui grâce à une ganse  (cousue elle aussi)  se place à l’extrémité de la barre de toit qui dépasse de la planche de soutien (voir photo plus bas).  Ce système d’attaches est rapide à mettre en place et combiné avec les berceaux il assure une très grande stabilité à l’ensemble. Terminées les inquiétudes durant les longs déplacements, les kayaks vont suivre sans bouger d’un poil  !!! 



La sangle du cliquet a été modifiée. Une ganse a été
cousue solidement  pour que la sangle puisse entourer
l'extrémité de la barre de toit.

Une ganse permet de fixer la sangle du cliquet à
l'extrémité de la barre de toit.

Les sangles intérieures sont fixées à des anneaux
d'arrimage boulonnées au centre de la base.



J’ai réussi mon pari, car j’ai dépensé uniquement 55$ pour réaliser ce support double (rouleau+quincaillerie+minicel). Je dois préciser que j’avais déjà les barres de transport Thule qui s'arrime au porte-bagages de ma voiture, les sangles à cliquet et que j’ai pu utiliser les chutes de bois de mon atelier  (planches et pièces de contre-plaqué baltique) pour réaliser les quatre berceaux et les deux planches de soutien et  bien sûr... Un bricoleur ne compte pas son temps, puisque c’est un loisir ! 


Ce projet,  qui s'adapte bien à mon propre matériel, pourrait nécessiter des modifications pour s'adapter de manière sécuritaire à d'autres types de véhicules, de barres de toits ou de kayaks. Je partage donc ce projet sur mon blogue uniquement afin d'exposer ma démarche de conception et de fabrication. Libre à chacun de s'en inspirer ou de concevoir son propre système !  



Liste des matériaux
(à titre indicatif seulement)

  • 2 pièces de bois de 3 1/2’’ x 3/4’’x 47’’  (base qui sera fixée aux barres de toit)
  • 2 pièces de bois 1’’x1’’x 24’’ (bras qui retiendront le rouleau de quille à la base arrière)
  • 2 pièces de bois de 1 1/2’’ x 3’’ x 4’’
  • 1/4 d’un panneau de contreplaqué baltique de 1/2’’ d’épaisseur (normalement vendu en panneau de 60’’ x 60’’) 
  • 4 boulons en U de 1/4’’ avec écrous à insertion de nylon (lock bolt)
  • 8 boulons de carrosserie de 1/4’’ à tête hexagonale avec rondelle et écrou à insertion de nylon
  • 48 vis de patio (brune ou verte)  à tête conique de 2’’ (ou idéalement en acier inox)
  • 1 rouleau de quille (de 10 1/2’’ de largeur)
  • 1 goujon de 3/8’’ x 12’’ (axe du rouleau de quille, le diamètre peut donc varier en fonction du rouleau)
  • 4 anneaux d’arrimage + 8 boulons de carrosserie de 3/16’’ x 1’’ avec 8 écrous à insertion de nylon (lock bolt)
  • 4 kits de sangles à cliquet
  • 1 feuille de minicel 3/8’’x  d’épaisseur (pour recouvrir les berceaux)
  • Vernis extérieur lustré ou vernis marin lustré (type Épifanes), peut également être peint en noir lustré… question de look !



jeudi 29 janvier 2015


(4e partie)

KAYAK DE MER 
Hiloire et sablage.... beaucoup de sablage... et encore un peu plus!  


En fait, je crois que le sablage d’un kayak en bois latté est sans doute l’étape qui mobilise le plus de temps, car il faut sabler autant les surfaces de bois que la couche de résine époxy que l’on va appliquer sur la fibre de verre. Nous y reviendrons un peu plus tard, car pour le moment nous allons aborder la réalisation du trou d’homme (cockpit en anglais... honnêtement j’aime mieux ce terme que « trou d’homme », mais j’ai fait la promesse de respecter la terminologie française du kayak!) et de l’hiloire qui vient le ceinturer. Au moment de latter le pont, on doit couvrir en partie l’espace qui sera occupé par le trou d’homme, car il est plus facile (et plus précis) de découper les contours du trou que de latter en délimitant son espace. Pour assurer un découpage précis, on imprime d’abord un patron du trou d’homme que l’on colle (avec de la colle en aérosol ou du ruban-cache au pourtour du patron) sur la surface du pont. J’ai dessiné le patron du trou d’homme, comme celui des profils de la coque, avec l’aide d’un logiciel graphique (Corel Draw) et de l’impression en mosaïque. Le patron délimitait un espace plus large que celui du trou d’homme proprement dit, car je souhaitais réaliser un contour en noyer.


Découpage du trou d'homme, le contour avait d'abord été marqué à l'aide d'un patron en papier.


Découpage du trou d'homme complété.  Le découpage est un peu plus large que requis afin d'insérer  des lattes de  noyer noir autour du trou d'homme.


Pour latter le contour du trou d’homme, on doit changer de technique par rapport au reste du pont, car le contour ne s’appuie pas sur le moule. Fini les agrafes et les serre-joints, chaque petit bout de latte sera collé avec un pistolet à colle chaude (« glue gun » en anglais) d’abord sur l’extrémité et sur le chant. Comme la colle du pistolet durcie assez rapidement, les mains sont donc suffisantes pour tenir les lattes en place pendant le temps de prise. Il ne faut pas s’inquiéter de l’excédent de colle qui sortira des joints, car une fois le lattage complété il sera facile de couper les bourrelets de colle avec un ciseau à bois bien aiguisé et de faire disparaître toutes les traces de colle au sablage. Comme pour le reste du kayak, il ne faut pas oublier que le contour du trou d’homme sera également recouvert de fibre de verre et d’époxy ce qui assurera sa véritable solidité.


Insertion de lattes de noyer noir au contour du trou d'homme. Pour le moment, les lattes sont d'une longueur approximative, car lorsqu'elles seront toutes collées, un patron de papier permettra de tailler la forme finale du trou d'homme. Les lattes sont collées à l'aide d'un pistolet à colle chaude.

Une fois le trou d'homme délimité, on colle tout autour de petites lattes verticales de 2" (5 cm) qui serviront à bâtir l'hiloire. Ces lattes verticales sont également collées au pistolet à colle chaude. Il ne faut pas s'inquiéter des bourrelets de colle, ils seront facile à éliminer avec un ciseau à bois bien aiguisé et par le sablage.


Le collage des lattes de l'hiloire se termine souvent par une latte taillée sur mesure ! 

Assez étrangement cette partie de la fabrication du kayak, s’apparente au bricolage que l’on fait enfant avec des bâtons de « popsicle » (bâton en bois pour sucette glacée... pour mes lecteurs européens!). C’est un travail de patience, on évolue de l’avant vers l’arrière du trou d’homme. J’ai d’abord réalisé le contour en lattes de noyer, ces dernières sont collées de manière perpendiculaire aux lattes du pont (voir photo). Après cette étape, j’ai collé au pourtour du trou d’homme et à la verticale de petites lattes en noyer noir qui serviront à délimiter l’hiloire et sur lesquelles sera collée une bande de contour en frêne. Cette bande en saillie sert surtout à retenir la bande élastique de la jupette, assurant ainsi l’étanchéité de l’hiloire.

La bande de contour en frêne est en fait un laminage de plusieurs bandelettes (moins de 1/8e de pouce ou 3 mm d’épaisseur). Le frêne est le bois idéal pour cette composante puisqu’il se plie sans rompre ou former des éclisses. J’ai utilisé 5 bandelettes (pour une épaisseur totale de 5/8e de pouce ou 16 mm) pour former la bande de contour. Elles ont été collées à l’époxy et retenues en place avec de nombreux serre-joints, en fait un à chaque deux pouces. J’ai dû utiliser tout mon inventaire de serre-joints afin de m’assurer que la bande adhère parfaitement au contour de l’hiloire (voir illustration). C’est une opération délicate, heureusement que le temps de prise de l’époxy que j’ai utilisé était suffisamment long pour me permettre de progresser à mon rythme de l’arrière jusqu’à l’avant de l’hiloire. Les bandelettes se rejoignent en face de l’hiloire et sont coupées à angle égal de part et d’autre pour assurer un joint sans espace. Comme pour le reste de la coque cette bande sera par la suite recouverte de fibre de verre et d’époxy.


Pour compléter l'hiloire une bande de bois de 1/2" x 1/2"  (13mm x 13mm) est collée directement sur les lattes verticales. Cette bande servira à retenir la jupette en place. En réalité elle est composée de 4 bandes laminées en frêne de  1/8" (3mm) d'épaisseur, les bandes sont collées à la résine d'époxy et on doit utiliser de nombreux serre-joints durant la prise de la résine... j'ai utilisé l'ensemble des serre-joints de mon atelier !!!

Une fois bien collée, la bande de frêne sera arrondie à la vastringue et à la lime et recouverte de résine d'époxy.

Une fois l’hiloire complétée, j’ai entrepris la très longue étape du sablage de la coque qui précède celle de la fibre de verre et de l’époxy. Sans exagérer, je dirais que le sablage d’un kayak doit facilement représenter un peu plus de 50 % du temps de fabrication d’un kayak de bois si j’inclus le sablage des couches d’époxy et entre les couches de vernis. Si vous n’aimez pas sabler, oubliez ce projet, d’autant plus qu’une grande partie de ce travail doit être réalisé à la main avec différents accessoires pour respecter les courbes de la coque et du pont, côté intérieur et extérieur. Le sablage d’un kayak s’apparente beaucoup au travail que réalise un débosseleur sur une carrosserie d’automobile. Il faut éviter de sabler de manière trop « pointu », il faut sabler de « longue main » pour ne pas créer des creux et des bosses non désirés sur la surface, car une fois vernis tous ces creux et ses bosses brilleront au soleil vous rappelant constamment vos erreurs de sablage! L’accessoire le plus utile pour sabler l’extérieur de la coque demeure une simple planche d’environ ¼ de pouce d’épaisseur (6 mm) par 14 pouces de longueur (35 cm) et 2 pouces de largeur (5 cm) à laquelle on fixe deux poignés à chaque extrémité, le papier abrasif est simplement collé sur la planche avec de la colle en aérosol (voir illustration). Pour sabler l’intérieur de la coque, un papier abrasif enveloppant un contenant cylindrique en plastique (exemple : une bouteille d’eau de 4 litres) fera merveille pour lisser les courbes concaves.  


Une planche à sabler:  très utile pour sabler l'extérieur du pont et de la coque du kayak.



Le sablage d’un kayak est un art, un mauvais sablage peut facilement ruiner le travail précédent. On ne peut apprécier la qualité d’un sablage uniquement avec ses yeux, c’est d’abord en passant ses mains sur la surface que l’on peut s’assurer de la régularité des courbes où à l’inverse de déceler les bosses et les creux. Le sablage du bois brut ou des couches de résine n’est pas très bon pour les voies respiratoires et certaines essences de bois (comme le cèdre de l’ouest) ont même développé au fil des millénaires des huiles essentielles qui les protègent des agressions des champignons et des insectes et qui peuvent provoquer chez l’humain une gamme étendue de réactions, de la simple allergie jusqu’au cancer du poumon. Il est donc important de bien ventiler l’espace de travail durant le sablage, de porter un masque filtrant ou de disposer d’un système de dépoussiérage efficace.    

samedi 9 août 2014

(3e Partie)

KAYAK DE MER
Latte par latte le kayak prend forme....

Pour fabriquer un Kayak en bois latté, on peut acheter les lattes d’un fournisseur (voir les références dans l’article précédent) ou les machiner soi-même. La première option est plus dispendieuse, mais plus rapide et la deuxième est beaucoup plus longue, mais offre des possibilités quasi infinies si l’on souhaite ajouter une note artistique à son kayak. Traditionnellement, les kayaks et canots en lattes de bois ont surtout été fabriqués en cèdre de l’ouest (thuya plicata, l’arbre symbole de la Colombie-Britannique) et en cèdre blanc (thuya occidentalis L. ou thuya du Canada) que l’on retrouve au Québec, plus rarement on retrouve également des embarcations faites en acajou (swietenia humilis). On utilisait surtout ces bois en raison de leur légerté, de leur coloris et du fait qu’ils résistent très bien à la putréfaction. L’utilisation de la fibre de verre et des résines époxy permet toutefois aujourd’hui d’utiliser plusieurs essences de résineux et de feuillus qui ne sont pas aussi résistantes à la putréfaction que la famille des thuyas. Puisque le bois sera littéralement « encapsulé » dans la fibre de verre et la résine époxy, le choix de l’essence peut donc donner préséance à des critères esthétiques, mécaniques ou de poids. Les essences de thuyas demeurent malgré tout un très bon choix pour obtenir une embarcation performante et esthétique, de plus les thuyas résisteront mieux à une infiltration d’eau accidentelle provoquée par une égratignure profonde de la quille. Sur le pont du kayak et sur les côtés (au-dessus de la ligne de flottaison), on peut toutefois se permettre d’être un peu plus audacieux dans le choix des essences, notamment pour créer des motifs.




Plusieurs dessins pour en arriver à la dernière version ci-haut, une fois dans l'atelier j'ai toutefois augmenté la taille du cerf-volant sur le pont arrière.

Avant de choisir et de préparer les lattes du « Fou de l’île », j’ai d’abord travaillé le « cosmétique » du kayak en utilisant un logiciel graphique (Corel Draw à l’époque). À partir d’une vue au-dessus du pont j’ai simulé différents motifs, près d’une dizaine au total (voir illustrations) pour finalement arrêter mon choix sur un motif assez classique pour le pont avant (alternance de cèdre rouge et de pin blanc pour obtenir un motif rayé) et avec une touche artistique sur le pont arrière : un cerf-volant en marqueterie combinant le frêne, le noyer noir et le bois de rose (voir illustration ci-haut). J’ai ajouté une latte de pin blanc pour souligner la ligne de démarcation entre le pont et la coque et une bande de contour en noyer noir vient ceinturer l’hiloire. Les poignées de transport à l’avant et à l’arrière ont été façonnées dans une pièce d’amarante. Après l’étape du « design » complétée, j’ai donc pu évaluer la quantité de bois de chaque essence dont j’aurais besoin pour machiner les lattes. La latte standard mesure 1/4"d’épaisseur et 3/4" de largeur et elle est machinée à la toupie pour présenter un chant concave et l’autre convexe (voir illustration), ainsi les lattes pourront s’emboîter les unes aux autres même lorsque le profil du kayak sera courbe. Il est toutefois possible de réaliser un lattage de kayak sans machiner celle-ci en forme concave et convexe, mais il faut alors "jouer du rabot" pour ajuster l’angle de chaque latte. La longueur des lattes peut varier, car de toute manière pour couvrir les 17 pieds d’un kayak il sera nécessaire d’effectuer quelques joints, car obtenir des planches de cèdre (ou d’autres essences) de 17 pieds, de surcroit droites et sans imperfections, relève du miracle! Nous le verrons plus loin il est très simple d'unir deux lattes de manière presque invisible.





Pour réaliser le Fou de l’île, j’ai d’abord acquis chez un marchand de bois des planches (en format 4 quarts) de cèdre de l’ouest et de pin blanc de 6’’ de largeur et de 12 pieds de longueur. J’ai ensuite dégauchi (à la dégauchisseuse) chaque planche que j’ai ensuite passé à la raboteuse d’épaisseur pour ramener leur épaisseur à près de 7/8’’. À noter que pour réaliser ces deux étapes j’ai dû allonger les tables (avec des tables d’appoint en contreplaqué) de la dégauchisseuse et de la raboteuse d’épaisseur en raison de la longueur des planches. Une fois à la bonne épaisseur j’ai découpé à la scie à ruban chaque planche en tranche de 5/16e d’épaisseur (on peut également utiliser un banc de scie pour cette opération, mais la largeur de la lame augmentera la perte de bois). Les lattes brutes ainsi obtenues ont ensuite été ramenées à leur épaisseur finale (1/4’’) par un léger passage raboteuse d’épaisseur. Finalement chaque latte a été machinée sur un banc de toupie pour obtenir un chant convexe et un chant concave, pour cela, j’ai utilisé une paire de mèches de toupie spécialement conçue pour façonner les lattes de kayak ou de canots (voir photographie plus bas).

Mèches de toupie indispensables pour façonner les chants des lattes: un chant concave et l'autre convexe. Ce tandem de mèches est notamment disponible chez LeeValley (www.leevalley.com).



Le lattage débute à la ligne de démarcation entre la coque et le pont et il est généralement plus simple de débuter par le lattage de la coque (voir photo ci-haut), car elle est moins complexe à réaliser, une bonne manière de se « faire la main » avant « d’aborder » le pont! La méthode la plus rapide consiste à agrafer les lattes sur les profils avec une agrafeuse d’atelier (voir illustration plus bas). Les agrafes ne doivent pas pénétrer complètement le bois, car on doit être en mesure de les retirer en glissant un tournevis (ou mieux une dégrafeuse, voir illustration) sous l’agrafe. Avec une agrafeuse manuelle, l’agrafe ne devrait pas pénétrer trop profondément dans la latte et le profil, laissant donc l’espace nécessaire pour la retirer, si ce n’est pas le cas il suffit de glisser une petite latte de bois mince au centre et sous l’agrafeuse pour empêcher l’agrafe de trop pénétrer.




Un autre tandem bien utile : l'agrafeuse (à droite) et la dégrafeuse. La dégrafeuse peut être remplacée par un tournevis à lame plate qui agira comme levier, mais il faut alors faire attention de ne pas trop marquer le bois avec la lame en tirant sur l'agrafe.

Contrairement à la coque, le lattage du pont se fait en progressant du dessus vers le bord, après avoir installé une latte de bordure avec la coque. Le chant de cette dernière latte ne sera pas collé à la coque puisqu'il faudra séparer le pont de la coque après avoir dégrafé l'ensemble du pont et de la coque. 
À remarquer l'utilisation de pinces et de serre-joints de type "Quick Grip" que l'on doit utiliser lorsqu'il y a trop de tension, surtout lorsque l'on doit courber certaines lattes. A ce stade le Kayak n'a pas vraiment fière allure avec des agrafes des coulisses de colle, mais le sablage, la fibre de verre et la résine époxy viendront donner un "look d'enfer" à ce qui apparaît comme un assemblage hétéroclite !


Pour dégrafer j'ai utilisé une dégrafeuse de documents à levier (celle-ci de marque Swingline)  que l'on peut se procurer dans un commerce d'articles de bureau. L'avantage de ce type de dégrafeuse c'est qu'elle ne laissera aucune marque sur le bois...autre que les 2 petits trous de l'agrafe ! 

 Pour ceux qui n’aimeraient pas voir les petits trous laissés dans le bois après le dégrafage il est possible d’utiliser de petits serre-joints et des cales en U pour fixer les lattes les unes aux autres pendant que la colle sèche (voir illustration plus bas). Cette méthode exige de disposer d’une bonne quantité de serre-joints (1 par profil) et d’un peu plus de temps, car durant la période de prise de la colle (autour de 30 minutes) il sera impossible de fixer une nouvelle latte, il faut donc procéder en alternance de chaque côté du kayak pour améliorer sa cadence... et de disposer d’une trentaine de petits serre-joints en C.  Cela dit, personnellement j’ai utilisé la méthode des agrafes et à moins de se coller le nez sur la coque, les trous sont imperceptibles. Par ailleurs comme le bois sera encapsulé dans la fibre de verre et la résine époxy, les trous n’auront aucune incidence sur l’étanchéité ou la durabilité du kayak.

Une méthode alternative aux agrafes, une petite cale de bois en U maintenue temporairement par un petit serre-joint en C... nécessite un peu plus de temps et une bonne quantité de serres-joints ! 


Le lattage des bords est le plus simple, après avoir fixé la première latte on enduit son chant d’un fil de colle sur toute sa longueur, ensuite on vient coller la deuxième latte sur le chant de la première en exerçant une certaine pression afin de s’assurer qu’il n’y aura pas d’espace libre au fond du joint. Il faut y apporter une grande attention, car la forme concave/convexe du joint ne permet pas de vérifier visuellement si les lattes sont toujours bien collées, c’est souvent en voyant le surplus de colle sortir du joint que l’on a la confirmation que les chants sont bien en contact. Si un espace vide persistait, vous allez malheureusement le découvrir lors du sablage des lattes, car dès que les lèvres de la forme concave seront amincies des fissures pourront apparaître dans le bordage, vous obligeant à effectuer des réparations avec de la pâte de bois ou de petites insertions de bois. 


Un filet de colle (ici une colle PVA d'ébéniste) appliqué sur le chant de la latte suffira à coller la suivante. Il est inutile d'utiliser une colle à l'épreuve de l'eau, puisque toutes les lattes seront recouvertes d'une toile de fibre de verre et de résine époxy. Notez la présence d'un ruban plastifié sur le chant des profiles, une précaution essentielle pour éviter que les lattes colles à ceux-ci !


Comme les lattes ont rarement la longueur totale du kayak, il sera donc nécessaire de réaliser quelques joints entre deux lattes. Pour y parvenir, on choisira des lattes qui proviennent de la même planche et dont le colorie et le dessin (lignes de croissance) sont les mêmes. Le « truc » est de réaliser une coupe en biseau sur l’extrémité des deux lattes à unir en utilisant un petit guide à onglet artisanal (voir illustration plus bas), un peu de colle à bois et la pression d’un serre-joint suffiront à créer un joint solide et pratiquement invisible. N’oubliez pas que les lattes seront encapsulées dans la fibre de verre et la résine époxy, si bien qu’au final les joints de lattes seront aussi solides que le reste du kayak.


Une petite boîte à onglet artisanale (comme celle de l'illustration), que l'on installera dans un étau d'établi, suffira à découper un angle de 20 degrés à l'extrémité des lattes à unir. Une scie japonaise (Dozuki comme celle illustrée) est très utile mais tout autre petite scie bien aiguisée fera l'affaire. 


La réalisation des motifs sur le pont d’un kayak peut se faire de trois manières : 1. Par alternance des essences de bois en suivant un patron 2. Par superposition d’un placage de bois sur la surface du pont. 3. Par découpage du pont (une fois assemblée) pour créer des espacements de formes variées qui seront ensuite comblés par l’insertion de lattes de différentes essences. Ces trois techniques peuvent être utilisées sur un même kayak. Ainsi, pour le « Fou de l’île », j’ai utilisé la 1 et la 2, la 1 pour l’avant du kayak, en alternant simplement des lattes de cèdre de l’ouest à des lattes de pin blanc, et la 2 pour réaliser le cerf-volant sur le pont arrière. La 2e technique s’apparente étrangement à la marqueterie que l’on pratique en ébénisterie, à cette différence près que les pièces de placage n’ont pas à être encastrées dans le support, elles sont donc simplement collées par-dessus la surface du pont, car une fois encapsulées dans la fibre de verre et la résine époxy elles feront corps avec le reste et on ne sentira aucune différence de niveau entre le motif et le reste de la surface, car le sablage final de la couche de résineépoxy aura égalisé l’ensemble de la surface. La technique 3 est beaucoup plus complexe, mais elle permet notamment de réaliser des motifs en courbe et en lacet. Je n’ai pas utilisé cette technique pour le Fou de l’île, car je la trouvais un peu complexe à réaliser. Cela dit il y a plein d’exemples sur le web d’artisans très habiles qui ont réussi de véritables chefs-d’œuvre en utilisant cette technique (voir des exemples sur le site de Guillemot kayaks: http://www.guillemot-kayaks.com/guillemot/kayak/43/pics)


...Recouverte de la fibre de verre et de la résine.
La marqueterie est collée directement sur la surface...



Dans la suite de l’article nous verrons comment se réalise le lattage qui ceinture le trou d’homme et l’hiloire et comment préparer les surfaces avant de les recouvrir de fibre de verre et de résine d’époxy..... à suivre!