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lundi 22 juillet 2013

À qui les Rocheuses ?

A qui appartiennent les Rocheuses ? Au Canada diront certains ou aux États-Unis diront d'autres puisque cette chaîne ignore totalement la division artificielle du 49e parallèle ! Les peuples amérindiens de l'ouest peuvent sûrement en revendiquer la propriété en s'appuyant sur leur présence ancestrale du territoire, mais les visages pâles ont de la difficulté à reconnaître la propriété de ce qui n'est pas balisé par un certificat d'arpentage et comme ils ont inventé l'arpentage, c'est de la triche !  Les Français pourraient également se mêler de la question, puisque c'est eux avant l'expédition de John Pallisser entre 1857 et 1860 qui avaient exploré le territoire , La Vérendrye étant même le premier découvreur des Rocheuses, mais comme la France a vendu les titres de propriété de sa Nouvelle France, elle n'a plus droit au chapitre !

    Takakkaw Falls à la frontière de l'Alberta et de la Colombie-Britannique..Takakkaw signifie:
    "c'est merveilleux" en langage Cri. 

   La plus haute des "Three Sisters" éclairée par le soleil de fin de journée.i

   Arc-en-ciel au-dessus du Mont Grotto à Canmore.

Pour trancher la question, j'ai donc décidé de revendiquer au nom des habitants de la terre la "propriété collective" des Rocheuses et du même souffle je revendique également la propriété planétaire de tous les Parcs dits "nationaux"  et autres "merveilles naturelles" de la terre...rien de moins (ce qui exclus les pyramides d'Egypte ainsi que le vieux Québec qui sont les constructions d'une civilisation et non de "Mère Nature" directement)  ! En fait, ma démarche s'apparente à la vision des premières nations qui ne pouvaient concevoir que "la terre" puisse appartenir à quelqu'un ou à une quelconque entité juridique. Ce n'est donc pas vraiment le titre de propriété que je revendique au nom des terriens, mais plutôt le droit de "fréquenter" les Rocheuses (ou le Grand Canyon ou les Andes) comme si elles faisaient partie de mon héritage d'être humain et non pas comme si elles étaient associés à l'identité nationale des canadiennes et des canadiens.  Certains me diront que les Parcs des  Rocheuses du Canada  font déjà partie de la liste du patrimoine mondiale de l'UNESCO...Mais cette liste se limite aux Rocheuses à l'intérieur des parcs, et elle n'est qu'une liste et non pas un geste de revendication planétaire !  J'admets que le débat risque d'être long et qu'au passage je risque même de me faire bien des ennemies dans tous les pays où il y a des parcs nationaux ! En attendant, je vais continuer d'admirer les Rocheuses à ma manière, c'est-à-dire sans drapeau à la main, uniquement avec mes yeux de terrien émerveillé par tant de beauté et de magnifisance. Les montagnes comme les océans ont ce pouvoir particulier de vous ramener à la bonne échelle, de vous donner la perspective nécessaire pour entrevoir la globalité du monde  sans avoir à se payer un billet aller-retour pour l'espace. 

    La Bow River près du "surprise corner", non loin Banff Center.
   La "Three Sisters" du centre, effleurée par la lumière du soleil, en fin de journée.


Comme à chacune de mes visites dans les Rocheuses, j'éprouve toujours un sentiment de vide au retour, je cherche désespérément les montagnes à l'horizon !  Et cette année  c'est encore plus vrai,  car nous revenons en voiture. Depuis quelques heures nous sommes à Medecine Hat non loin de la frontière Est de l'Alberta.  Canmore étant au début des Rocheuses, la majorité de notre trajet de 430 kilomètres a donc été effectué dans la plaine...et qu'elle  plaine ! Il n'y a que la densité de l'atmosphère et la rontondité de la terre pour limiter votre horizon ! Jusqu'à la frontière du Manitoba et de l'Ontario,  le sol sera désespérément plat, pas une ride pas un plissement de la croûte terrestre...Je devrai donc conserver les montagnes en mémoire et encapsulés à l'intérieur des cartes memoires de mon appareil photographique..dont vous avez quelques échantillons dans le présent blogue.

PS... Veuillez prendre note que le blogue "la Varlope" fera relâche jusqu'au 8 août...le temps de prendre des vacances et de vous concocter de nouveaux carnets de voyage sur le parc Killbear dans la Baie Georgienne, Niagara-on-the-Lake, Toronto... et plus encore !

vendredi 21 juin 2013

Canmore flooding...

De mémoire de citoyens, on n'aurait jamais rien vu de pareil à Canmore...mais comme c'est un pays neuf, il vaut mieux se tourner auprès de la communauté autochtone pour avoir l'heure juste. En effet elle fréquente la vallée depuis quelques millénaires alors que  les "visages pâles" y habitent depuis le XIXe siècle et de manière aussi importante depuis le XXe . La chose la plus étrange c'est que les Nakoda (ou Stoney pour les anglais, car ils faisaient chauffer leurs mets en plaçant des pierres brulantes dans des récipients en terre cuite ou en cuir) n'ont jamais vraiment habité dans la vallée. Encore aujourd'hui leurs réserves sont situées un peu avant le début des contreforts des Rocheuses.   Pour les Nakoda (qui appartiennent comme les Dakota et les Lakota à la grande nation Sioux) les montagnes sont sacrées, on doit les respecter, c'est un territoire qui appartient aux esprits. Déranger les esprits peut donc avoir de graves conséquences !  

Mais sans croire aux esprits il apparaît tout à fait évident que de construire une ville au fond d'une vallée si encaissée, dominée par des sommets de plus de 2000 mètres,  dont la neige persiste parfois jusqu'en août, représente un risque qui s'expimera tôt ou tard , changement climatique ou non !  D'ailleurs les autorités de Canmore ont déjà reçu des avertissements lors de crus printanières du Cougar Creek, ce dernier prenant les allures d'une large rivière tumultueuse pendant quelques semaines pour redevenir un mince filet d'eau au coeur de l'été. Pour juguler le problème la ville de Canmore avait transformé ce ruisseau en véritable évacuateur de cru en creusant son lit et en pratiquant un enrochement massif de chaque côté de ses rives.  Confiant d'avoir dominé Mère Nature pour de bon,  la Ville a donc autorisé les constructions tout au long de son cours. Mais Mère Nature vient de rappeler brutalement qu'elle sera toujours la plus forte et qu'elle peut détruire en une seule nuit ce qui avait demandé quelques années à mettre en place.  Gonflé par l'effet combiné de la fonte des neiges des sommets et d'une pluie continuelle qui a laissé 139 mm en un peu plus de 24 heures, le Cougar Creek a tout défoncé sur son passage labourant les terrains, les maisons, les galleries, les ponts, la patinoire, les installations électriques et de gaz.


   Le point bleu correspond à la résidence de ma fille et la zone en rouge à celle qui a été 
   dévastée par le Cougar Creek les 19 et 20 juin, notre camping est de l'autre côté de la
    transcanadienne (la 1) qui a été coupée à plusieurs endroits, isolant Canmore du reste 
    du monde

    On  ne passe plus !  priorité aux véhicules d'urgence
   Une très belle et grande maison, mais qui risque de partir avec la berge

    Des travaux d'urgence pour creuser davantage le "creek"...around the clock !

   Comment redonner un terrain à ces maisons ? avant l'inondation il y avait une piste cyclable
   derrière les maisons de chaque côté du "creek"...il y a un grand trou maintenant !

Sous l'effet des prétros dollars et de la spéculation immobilière,  Canmore connaît une expansion inquiétante depuis une dizaine d'années.  On voit des résidences de plusieurs centaine de milliers de dollars  (et de millions parfois) s'accrocher un peu partout aux montagnes transformant un paysage qui était pourtant à la base de l'attrait qu'exerce la région. On s'éloigne de la sagesse amérindienne et du respect de la nature. Il faudra donc s'habituer aux situations d'urgence ! 
   Le QG de la sécurité publique, derrière le Ha Li peak...China Man pour les intimes !

dimanche 21 avril 2013

La grande transhumance vers l'Ouest

Bow Lake dans le Parc national de Jasper - Photo Jean Payeur
Avant que l'été s'installe définitivement, nous aurons pris le large, non pas sur un voilier, mais à bord de notre véhicule et de la maisonnette sur roue que nous allons tirer jusqu'aux contreforts des Rocheuses. Nous, de parfaits sédentaires aux racines profondes, nous allons jouer aux nomades pendant près de deux mois sur la très longue transcanadienne. Nous sommes au tout début de cette aventure, la roulotte est encore chez le concessionnaire alignée dans un parc avec des dizaines d'autres, telles des coquilles d'escargots vides. Certes notre périple n’aura rien d’inédit, car la Transcanadienne a été traversée d’est en ouest à pied, sur une seule jambe, à bicyclette, en moto, en auto  bref nous ne prétendons pas à l’exploit ! Au contraire, nous allons nous fondre à la masse des touristes motorisés défilant parfois en file indienne à l’entrée des terrains de camping. Mais aussi banal qu’il soit,  ce voyage revêt pour nous un caractère initiatique, le seul moyen de prendre la mesure du continent et de la distance réelle qui nous sépare de notre fille et de sa petite famille. Une histoire à suivre dès le mois de juin dans les pages de ce blogue...