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mardi 8 octobre 2019

La véritable cause écologique


Notre belle jeunesse prend conscience que les changements climatiques sont la conséquence directe de l’activité humaine des générations qui l’ont précédé. Partout sur la planète elle dénonce l’utilisation massive des carburants fossiles qui transforme graduellement notre atmosphère en serre chaude. Le coupable est bien identifié, les scientifiques de la planète sont unanimes : sans une réduction significative des GES, l’humanité court à sa perte ou au mieux se réserve un avenir chaotique et totalement imprévisible. Face à ce tsunami de preuves scientifiques, s’élèvent pourtant des armées de climatosceptiques qui au nom de l’économie ou du déni sont près à déchirer tous les traités et les mesures mises en place pour simplement ralentir la catastrophe. Pour plusieurs d’entre-nous la véritable « cause écologique » c’est celle-là : mettre un terme à l’ère du pétrole le plus tôt possible et adopter des énergies renouvelables, en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard. Mais est-ce vraiment la bonne cible ?  

Le premier levée de terre photographié par l'équipage d'Apollo 9. Une petite
boule bleue dans la noirceur du cosmos.
Le premier équipage d’astronautes (Apollo 9) qui a contourné la Lune a vite saisi que cette petite boule bleue qui apparaissait au-dessus de l’horizon lunaire était le seul et unique habitat de l’humanité. Une petite boule bleue où un événement hautement improbable se produisit il y a 3,5 milliards d’années : l’apparition de la vie. Collés sur notre quotidien, sur nos obligations de citoyens, de parents, d’employés, de patrons ou de politiciens, nous oublions que même notre propre existence est l’aboutissement d’un processus hautement complexe et d’une très grande fragilité. D’autre part, plus notre connaissance de l’Univers s’approfondit et plus nous prenons conscience de notre unicité, car même si chaque étoile de l’Univers semble accompagnée d’un cortège de planètes, très peu d’entre elles répondent à la très longue liste des conditions favorables à l’apparition de la vie et par-dessus tout à celle d’une vie intelligente et consciente de sa propre existence. Ainsi, une planète aura peu de chance de devenir un terreau favorable à la vie si elle est trop éloignée ou trop près de son étoile, recèle peu d’eau sous forme liquide, possède une gravité trop forte ou si faible qu’elle ne peut retenir une atmosphère et plus on creuse la question et plus la liste s’allonge, même la présence ou l’absence d’une lune ou la vitesse de rotation de la planète feraient également partie des critères essentiels ! Certes, vu l’immensité de l’univers avec ses milliards de Galaxies, il est possible qu’un autre système planétaire puisse répondre à l’ensemble des critères et que la vie puisse s’y épanouir, mais force est de constater que nos voisins galactiques seront toujours très éloignés de nous, tellement loin qu’un simple signal électromagnétique prendra des siècles pour les atteindre. Comme les lois de la physique sont les mêmes d’un bout à l’autre de l’Univers, on doit également admettre que les voyages interstellaires vont demeurer confinés au rêve et au cinéma. Cinquante ans
Apollo 11 le premier débarquement de l'humanité sur la Lune.
après l’alunissage d’Apollo 11, les voyages dans l’espace demeurent limités à notre voisinage immédiat. Même la conquête de Mars ne semble pas pour demain, car plus on se rapproche de l’objectif plus on prend conscience des risques énormes associés à une telle odyssée et aux ressources gigantesques à mettre en œuvre pour y parvenir… et pourquoi y aller au juste? Mars est visiblement une planète hostile à la vie et si certains rêvent encore de « terraformation » pour cette dernière, rien n’est aussi démesuré ou improbable. Mars ne pourra jamais devenir un vaisseau de secours pour l’humanité, au mieux cette planète deviendra un sommet à atteindre pour quelques astronautes en mal de défi, comme le fut la conquête de l’Everest à une autre époque. 


Mars ne sera jamais un vaisseau de sauvetage pour l'humanité.
Le constat est troublant : La Terre est unique, à la loterie interstellaire elle a tiré toutes les combinaisons gagnantes (vraiment !!!), on n’a beau tendre l’oreille et scruter les profondeurs du cosmos, nos improbables voisins demeurent muets. Serions-nous seuls alors ? En fait, la réponse a plus ou moins d’importance, car un fait demeure : Pour éviter que la Terre devienne le cimetière de sa propre biodiversité, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Il n’y a pas dans notre banlieue immédiate une planète de rechange ou une civilisation extraterrestre disposée à réparer notre gâchis ou à nous héberger en cas d’urgence climatique. 


Une simple jacinthe d'eau peut incarner à elle-seule la beauté et la complexité
de la vie sur terre.
Devant l’agilité d’un dauphin surgissant devant la proue d’un navire ou d’une fleur ouvrant ses pétales à l’aube, nous sommes admiratifs… mais pas suffisamment ! En fait, si nous prenions conscience que ce dauphin et cette fleur n’existent que sur la Terre et que dans un rayon de plusieurs milliers d’années-lumière le vivant n’existe probablement que sous des formes très primitives, je crois que nous changerions d’attitude. Le saccage des grandes forêts et des milieux humides témoigne, entre autres, de notre absence de sensibilité face au vivant et à ce qu’il représente vraiment. Il y a bien sûr un contexte historique qui explique notre attitude. Pendant des siècles nous avons crus que notre intelligence et notre conscience nous plaçaient au sommet de la « création » et au fil des siècles nous avons renforcé cette perception en nous forgeant des croyances religieuses qui n’ont fait que nous conforter dans notre rôle de propriétaire terrien ayant un droit de vie et de mort sur l’ensemble du vivant, incluant sur nos semblables. Nous avons même imaginé que le paradis n’était pas sur Terre, comme si l’apparition et le développement de la vie n’étaient pas suffisamment grandioses à nos yeux, il devait donc y avoir mieux ailleurs ! Notre vision à courte vue, limitée par la brièveté de notre propre existence, ne nous a pas permis de réaliser toute la profondeur et la complexité de l’évolution de la vie.

Fragile, fragile... prière de manipuler avec soin ! 
Nous sommes en face d’une équation difficile à résoudre : nos économies exigent une croissance perpétuelle alors que les ressources de la Terre sont forcément limitées, pire encore le « vivant », dont nous sommes une composante, repose sur des interactions complexes qui sont mises en péril par la croissance débridée de notre activité économique. Alors que faire ? Renoncer au « progrès » et redevenir des chasseurs-cueilleurs, ou presser le citron jusqu’à la disparition de l’humanité et du vivant ? La véritable « cause écologique » se situe à ce niveau : pour préserver le vivant, nous devons diminuer rapidement la pression sur l’ensemble des niches écologiques de la planète ! Pour y parvenir, nous devrons cesser de courir après « la richesse » et accepter de vivre dans un monde ou la simplicité deviendra une valeur universelle. La révolution industrielle qui a façonné nos sociétés à compter du XIXe siècle, nous a plongés dans un matérialisme débridé tout en nous éloignant de la nature dont nous sommes pourtant issus. 

La difficulté principale du virage vers la simplicité réside dans le fait que nous vivons dans un monde profondément asymétrique où les valeurs individuelles et collectives évoluent de manière parallèle. Difficile dans ce contexte de rêver d’un monde égalitaire et respectueux du vivant et des ressources de la planète. De plus il faut composer avec tous les travers de la nature humaine et parmi ceux-ci il y a : la tricherie. La tricherie est sans doute le plus grand travers de la nature humaine, car elle s’oppose à toutes les structures, à tous les lois et règlements et à toutes les bonnes intentions. La tricherie est partout dans l’activité humaine comme : Dépasser les limites de vitesse au mépris de la sécurité des autres, cacher ses revenus pour ne pas payer d’impôt, truquer les émissions de GES des voitures pour répondre aux exigences des gouvernements, interner ou éliminer des journalistes qui scrutent d’un peu trop près les activités des états ou de groupes industriels, rejeter dans les lacs et rivières des polluants, se droguer pour gagner une compétition sportive en fait la liste est infinie et chacun d’entre-nous a utilisé, à différents niveaux, une forme de tricherie pour parvenir à ses fins. La tricherie est même glorifiée ! Tricher démontre sa débrouillardise et sa capacité à dépasser les autres, seuls les gens naïfs ou les timides obéissent aux règles aveuglément, les « gens malins » eux n’hésiteront pas à contourner lois et règlements pour parvenir à leurs fins, incluant pour devenir chefs d’État ! Les journaux et les livres d’histoire sont d’ailleurs remplis d’exemples ! Lorsque les « gens malins » versent en plus dans le copinage, le népotisme, la corruption ou la collusion, la planète n’est jamais gagnante : des forêts disparaissent, des milieux humides sont asphaltés, des lacs deviennent des réservoirs d’eau acide et des terres agricoles sont transformées en quartier de bungalows, rien de réjouissant bref !

Alors que faire ? Instaurer une dictature verte pour contraindre les « gens malins » à entrer dans le rang et devenir des apôtres de la simplicité volontaire? Utopie ! L’histoire nous apprend que toutes les dictatures, même les plus angéliques, conduisent aux pires excès et finissent inévitablement par disparaître ! En fait il n’y a qu’une avenue possible pour sauver la planète : l’éducation ! Acquérir une sensibilité face au vivant ne s’improvise pas et c’est donc dès l’enfance que cette acquisition doit se faire. Les marches pour sauver la planète ne régleront rien si dans la vie de tous les jours nous foulons du pied la diversité biologique par la somme de nos actions et de nos inactions. Malgré l’optimisme de certains, il faut voir la vérité en face : la transition sera longue, très longue, probablement sur quelques générations, car elle nous oblige à abandonner une partie de notre confort matériel et à évoluer vers une forme de gouvernance planétaire qui permettra de coordonner toutes les actions visant à corriger les erreurs du passé et éviter celles de demain ! D’ici là, nous aurons à subir la colère de la Terre. Espérons que nos enfants et arrières petits enfants vont acquérir la sagesse qui nous fait si cruellement défaut et qu’ils auront la volonté de mettre en œuvre toutes les mesures qui s’imposent pour redresser le climat et sauver les espèces en péril, incluant la nôtre !


Jean Payeur

vendredi 31 octobre 2014

Le projet de terminal pétrolier à Cacouna ; vertu et écologie vs profits et pétrole

Face à la mobilisation citoyenne à Cacouna, deux motocyclistes ont décidé de « rincer » leur moteur pour étouffer la voix de la contestation... leur argumentaire : protester contre le fait que les manifestants étaient en majorité des gens de l’extérieur de la région pour qui la protection de quelques mammifères marins est plus importante que la création d’emploi et la prospérité économique. Pendant ce temps dans la Capitale, le premier ministre Couillard rappelait aux distingués membres de l’Assemblée nationale que le Québec est encore une province du Canada et qu’il doit contribuer à la richesse collective en facilitant la vente du pétrole albertain à l’étranger. Pas très loin de là, à l’Université Laval, David Suziki recevait un doctorat honoris causa pour l’ensemble de son œuvre et son engagement envers la cause environnementale, Le Soleil qui a couvert l’événement publiait dans la même page que l’article une publicité de TransCanada pipelines... Sans doute une forme d’humour noir!

Nous vivons vraiment dans un monde schizophrène, ou notre amour de la nature est confronté à notre désir de richesse et de confort, ce qui nous amène invariablement à faire les pires compromis. Nous voulons de l’eau pure, de l’air pur, un climat tempéré, des légumes sans pesticides, mais en conservant notre notre grosse maison énergivore, nos voitures-bateaux-motos-4 roues-tondeuses-souffleuses à essence, nos millions de kilomètres de routes asphaltées, nos kiwis de Nouvelle-Zélande, nos ananas du Honduras, nos tomates du Mexique et nos millions de bidules made in china... Cherchez l’erreur : la plupart des manifestants de Cacouna, incluant les deux motocyclistes et l’auteur de ces lignes, font bel et bien partie de la même grande famille des humains égocentriques. Tirez la pierre aux deux seuls motocyclistes serait vraiment trop facile, car dans le groupe des défenseurs des bélugas il y a sans doute autant de consommateurs de produits pétroliers qui sont venus soulager leur mauvaise conscience en participant à cette « petite marche » par un beau dimanche, après l’autocueillette des pommes! Mais aucun d’entre eux n’est sans doute disposé à payer le véritable prix d’un monde sans énergie fossile qui n’émet que très peu de gaz à effet de serre (GES). Dans les faits, l’enjeu de Cacouna dissimule des enjeux planétaires.

Objectivement, la création d’un terminal pétrolier à Cacouna, comme l’exploitation des gaz de schistes dans la vallée du Saint-Laurent, constitue un risque environnemental totalement inacceptable. Dans les faits, il n’y a aucun écosystème terrestre qui soit vraiment compatible avec l’extraction et l’utilisation massive du pétrole ou de tout autre « produit » qui perturbe leur équilibre. La nature a mis des millions d’années à établir de fragiles équilibres qui n’ont pas la capacité de s’ajuster en temps réel aux assauts répétés que le lui fait subir genre humain, c’est d’ailleurs pour cette raison que nous assistons présentement à l’une des pires extinctions d’espèces vivantes depuis celle du Crétacé. Malheureusement, les êtres humains font preuve de myopie face à la nature, ils ne voient que l’instant présent et le fond de leur cour arrière! Alors, comment leur faire prendre conscience que le béluga, la morue, l’étoile de mer ou l’oursin sont d’authentiques miracles dont l’apparition repose sur une chaîne d’événements rares et uniques dans tout le système solaire et même au-delà. Si les constructeurs de cathédrale du Moyen âge ne devaient guère s’inquiéter de leur impact sur la nature il en va autrement des ingénieurs d’aujourd’hui qui grâce à la technologie peuvent aplanir des montagnes, inondées de vastes territoires, assécher des mers ou acidifier la pluie de tout un continent et que dire des pêcheurs qui vident les océans de leurs poissons ou des producteurs de bois d’œuvre qui peuvent raser une forêt entière en quelques jours. Depuis le XXe siècle, notre capacité de création est devenue égale à notre capacité de détruire, non plus à l’échelle d’un village, mais à celle de la planète entière. Nous détruisons plus efficacement et de plus en plus rapidement à un point telle que la nature n’est plus en mesure de se régénérer complètement. Animées par le credo de la croissance économique, nos sociétés foncent littéralement dans le mur, car tôt ou tard la pénurie de ressources et la dégradation de l’environnement affecteront nos descendants. La Chine qui est devenue la manufacture de la planète subit déjà à l’accéléré les contrecoups de sa forte croissance, un exemple qui devrait pourtant alerter le reste de l’humanité, car nous vivons toujours sur la même planète que les Chinois. Leurs problèmes environnementaux sont maintenant les nôtres, car aucune pollution ne respecte les frontières politiques, tôt ou tard nous finissons tous par nous empoissonner mutuellement! 

Le Saint-Laurent, un écosystème fragile à protéger sans compromis !



Reliques vivantes de la dernière glaciation, les bélugas du Saint-Laurent sont-ils plus importants qu’un terminal pétrolier, vecteur de richesse et de croissance économique? Face à une telle question truquée, la majorité des gens auront tendance à dire non! Normal, on n’arrivera jamais à compenser par des croisières aux bélugas les revenus que pourra générer la vente du pétrole albertain sur les marchés internationaux, que le gouvernement Couillard souhaite récupérer, en partie (!), via la péréquation sans doute. Il est vrai que le béluga ne sera jamais un vecteur de richesse, il est à peine visible l’été et quasiment invisible entre les glaces blanches l’hiver! Vous aurez compris que j’utilise ici la voie de l’ironie, car aucune richesse ne pourra nourrir l’humanité si l’air, le sol et l’eau n’ont plus la capacité de bien supporter le vivant. Le béluga comme la morue demeurent de puissants indicateurs qui nous renseignent sur l’état de santé du Saint-Laurent. Le maintien des populations de ces espèces animales devrait donc constituer une priorité, non seulement pour les riverains du Saint-Laurent, mais pour l’ensemble des populations de la planète.

Que faire alors? Allez protester à Cacouna ou à Sorel chaque week-end avec sa voiture à essence, ou adopter un mode de vie qui rendra les énergies fossiles inutiles ou du moins beaucoup moins utiles qu’elles le sont présentement? Honnêtement je crois que nous n’avons plus le choix, car si notre protestation n’avait comme résultat que de déplacer le transport du pétrole vers d’autres territoires ou d’autres cours d’eau, nous ne pourrions crier victoire. Même si le pétrole albertain est plus polluant que celui de la mer du nord ou du golfe du Mexique (qui parvient déjà par pétroliers à la raffinerie Valero en face de Québec!), à terme les deux types de pétrole contribuent au réchauffement climatique et présentent un risque environnemental inacceptable lors de leur transport. Mais peu d’entre nous sont vraiment disposés à réduire leur confort pour abaisser de manière significative la consommation d’énergies fossiles et la production de GES qui en découle, c’est pourtant la seule manière d’y parvenir! Si le problème est planétaire, la solution ne peut être que local et individuel, elle passe par une prise de conscience de notre impact sur la nature, mais surtout par un changement radical de notre manière de vivre et de consommer. Mais est-ce vraiment possible? Suis-je en proie à une forme d’angélisme ou de rêve éveillé? Est-ce bien réaliste de penser que nous pourrons opérer un changement qui implique une décroissance de l’économie et un retour à une vie plus simple basée sur une plus forte autonomie des régions? Devrons-nous attendre que le dernier puits de pétrole suinte sa dernière goutte d’ici 60  ou 100 ans pour agir, alors qu’il sera impossible de réparer le gâchis environnemental? À ce jour, aucune civilisation n’a renoncé volontairement au « progrès » (lire croissance), les seuls reculs sont attribuables à des catastrophes naturelles, aux guerres, à des crises boursières ou à de grandes pandémies. Par ailleurs l’être humain a une vilaine propension à contourner ses propres règles et lois pour tirer des avantages personnels ou s’accaparer des richesses. Sous cet angle, la « simplicité volontaire » à l’échelle planétaire apparaît donc comme parfaite utopie, même dans les pays qui aspirent au développement.

Répétons la question : que faire alors? La parole la plus sage que j’ai entendu jusqu’à maintenant a été dite par le « très respectable » David Suziki lors de son passage à Québec au début du mois. En gros il a dit que l’espoir de la terre repose maintenant entre les mains de nos jeunes enfants. C’est effectivement sur eux que nous devons miser en espérant qu’ils pourront oublier les travers de l’humanité et adhérer à de nouvelles valeurs centrées sur le respect de l’environnement et les capacités réelles de la terre à supporter l’activité humaine. Cela dit, contester les projets pétroliers n’est pas un geste inutile si cette contestation revêt un caractère global au même titre que le réchauffement climatique affecte l’ensemble de la planète... le « pas dans ma cour » est complètement absurde si nous ne sommes pas prêts également à réduire notre dépendance aux carburants fossiles. Comme bibliothécaire, j’oserais ajouter que l’éducation sera toujours le plus puissant facteur de changement, mais l’éducation sans contaminant, c’est-à-dire débarrassé des bêtises véhiculées par les religions, le politique, les pouvoirs financiers, les nationalismes et tous les autres obstacles à la véritable connaissance. Dans ce contexte quoi penser du gouvernement Harper qui muselle nos scientifiques, endosse des thèses mystico-religieuses tout en favorisant l’industrie pétrolière... un bel exemple de bêtise politique!  Malgré leurs défauts, propre à l’ensemble du genre humain,  j’ose croire que les Québécois sont plus près des valeurs de la Nature et qu’ils sauront prendre le virage qui s’impose...  mais l’état fédéral pourrait leur faire avaler de force le pétrole de l’ouest, la richesse l’emportant, encore une fois,  sur la vertu et l’écologie !

dimanche 29 septembre 2013

Et si la vie intelligente et consciente n’était qu’une erreur de la Nature ?

Comme la majorité des humains, face à la remarquable capacité de notre cerveau à résoudre des problèmes et  à nous faire prendre conscience de notre existence, j’arrivais facilement à la conclusion que notre émergence comme être pensant constitue une sorte d’aboutissement ultime du processus évolutif de la nature nous plaçant au sommet du règne animal.  Comme je n’adhère plus à aucune religion, j’ai bien sûr écarté l’hypothèse d’un Dieu créateur qui aurait fait l’homme à son image,  comme l’ont affirmé quelques illuminés (lire prophètes !)  qui avaient la prétention d’être branchés directement sur le téléphone céleste ! Mais dans un cas comme dans l’autre est-ce que l’on peut vraiment affirmer que la vie intelligente et consciente est un si « bon coup » pour l’ensemble de la Nature ? La capacité de l’espèce humaine à s’adapter à presque tous les environnements est sans doute extraordinaire pour sa propre survie, mais en quoi est-elle bénéfique à la biodiversité et à l’équilibre de la planète? Force est de reconnaître que l’avidité de l’espèce humaine est  à l’origine de l’une des plus grandes extinctions d’espèces animales et végétales que la planète a connues ! On peut donc s’interroger sur la valeur réelle de sa contribution.

En terme proprement scientifique on ne peut affirmer que l’espèce humaine est une « erreur » de la nature. La notion d’erreur est humaine,  la science se contente plutôt d’observer et de faire des constats. Dans le passé lointain de la Terre, il y a eu d’autres extinctions massives d’espèces attribuables à des météorites ou des éruptions titanesques de volcans, des phénomènes tout aussi naturels que l’on ne peut pas qualifier « d’erreurs ». La différence aujourd’hui c’est que l’extinction massive est attribuable à une espèce pensante et supposément « consciente » de l’impact de ses actions. En fait, les humains sont effectivement conscients de leurs actions, mais à une échelle qui est loin d’englober la planète et qui est surtout orienté en fonction d’une satisfaction immédiate sans égard aux conséquences sur l’environnement.  Malgré son organisation collective, ses lois et ses règlements, l’espèce humaine n’arrive pourtant pas à agir de manière à préserver les véritables ressources naturelles qui sont essentielles au soutien de la vie (ce qui exclut le pétrole !) incluant la tienne ! Comme l’humain est le roi de la triche et de l’opportunisme, il arrive constamment à enfreindre ses propres lois et traités. Ainsi, malgré le protocole de Kyoto (signé en 1997), malgré tous les beaux discours sur la nécessité de réduire les gaz à effet de serre, la quantité de gaz émis augmente chaque année. Entre 1990 et 2006, la production de CO2 a progressé de 33,4% à l’échelle mondiale. À part quelques rares pays, dont l’Allemagne, qui ont réussi à abaisser (-13,4%) leur émission de GES pendant la même période, d’autres pays comme la Chine (+151,7%), le Canada (+28%) et les États-Unis (+16%) ont haussé leurs émissions de GES de manière significative. Il en va de même pour les quotas de pêches, d’exploitation des forêts ou de chasse des espèces menacées. En fait, la tricherie est présente un peu partout où les humains agissent, au Québec nous n’avons qu’à penser à certains  bureaux d’ingénieurs et à certains élus municipaux qui ont eu recours à la collusion et à la corruption pour contourner les règles d’attribution des contrats par les villes !

Plus jeune, j’imaginais que l’être humain avait été créé par l’Univers (dans l’hypothèse où l’Univers est une entité quelconque  consciente de son existence! ...on n’est pas loin de Dieu  bref !) pour se doter d’un observateur conscient, car je me disais à quoi bon mettre au monde des galaxies, des étoiles,  des systèmes planétaires et une nature vivante,  si en fin de compte il n’y a aucun observateur conscient pour apprécier le spectacle ?  Mais la science nous enseigne que l’apparition de l’espèce humaine est le résultat d’une longue chaîne évolutive qui a probablement démarré par une algue bleue au bord de l’océan. Nous devons donc notre émergence du néant à un cocktail chimique à base de carbone et brassé par différentes forces et par beaucoup de hasards sur quelques millions d’années. Bref l’espèce humaine n’est pas le résultat d’un « dessein intelligent » comme certains le prétendent (les créationnistes  entre autres) mais bien le fruit de la chimie organique et de la sélection naturelle des espèces  comme l’a démontré Charles Darwin.  Notre conscience d’exister et de devenir un observateur de l’Univers est apparue progressivement par le développement de notre cerveau. Mais cette conscience d’exister est en quelque sorte un « effet secondaire » de l’intelligence, car nos capacités mentales étaient d’abord et avant tout requises pour assurer notre survie et notre reproduction,  à l’image de nos cousins les autres primates.  On peut observer la progression de la conscience dans le développement d’un nourrisson qui commence par découvrir que la main qui s’agite devant ses yeux lui appartient et qu’il peut la contrôler, par la suite sa motricité se développera et il commencera par explorer son corps, son berceau, sa chambre et le reste de la maison en se traînant puis en titubant et très graduellement, dans la petite enfance,  il deviendra un observateur du monde qui l’entoure en prenant d’abord conscience de sa propre existence,  en se reconnaissant dans un miroir par exemple(entre 1 ½ an et 2 ans).

De la naissance jusqu'à la fin de nos jours  notre conscience d'exister évolue

 Bien sûr,  le développement de la conscience ne s’arrête pas à la petite enfance,  en fait chaque être humain raffine tout au long de sa vie sa perception du monde grâce aux connaissances qu’il accumule et aux relations qu’il développe avec ses semblables et l’ensemble des êtres vivants de la planète. Nous sommes donc assez différents sur le plan de la conscience,  car notre manière d’appréhender le monde dépend énormément de notre degré de curiosité, de notre éducation et de l’influence de notre milieu.  Bref l’univers de certains peut se terminer au bout d’une ruelle alors que pour d’autres il s’étend à l’infinie,  au-delà des plus lointaines galaxies ! Mais dans un cas comme dans l’autre c’est souvent le cerveau reptilien qui prend le dessus de telle sorte que notre conscience du monde extérieur se trouve inféodé à nos besoins primaires et à des décharges d’hormones ! De plus, chaque individu doit composer avec un bagage génétique qui prédétermine plusieurs variables qui auront une profonde influence sur son comportement et sa perception du monde extérieur. Si la conscience d’exister peut apparaître aux yeux de certains comme un « miracle » pour d’autres elle sera ressentie comme une véritable calamité au point de vouloir s’en soustraire par tous les moyens,  incluant le suicide.  La conscience individuelle est parfois altérée par la maladie mentale ou physique et un rien peut nous faire basculer de la « normalité » à un état pathologique et souvent de manière très insidieuse. Ainsi, des hommes d’État ont gouverné des pays pendant des années avec des problèmes psychologiques graves qui ont affecté leur perception et leur jugement au point de provoquer des conflits et des crises humanitaires majeures...les exemples ne manquent pas, même au XXIe siècle!

Dans un monde idéal, nous devrions tous développer un genre de « conscience universelle » qui nous permettrait de mesurer constamment  la portée réelle de nos gestes. Mais dans la réalité cet objectif est complètement utopique, car il est impossible d’harmoniser les consciences individuelles qui sont autant de mondes parallèles. La conscience d’exister amène certains à créer de la beauté par la peinture ou la littérature et d’autres à mettre le feu et à tuer leur semblable au nom d’une croyance ou d’une idéologie.  Pourtant la vérité n’appartient à personne, car « la vérité » est une autre invention humaine dont le sens varie en fonction du point de vue comme la notion de bien et de mal.

Poser la question sur le sens de la conscience nous amène invariablement à poser la question sur le sens de l’Univers et de son existence.  La science demeure impuissante à répondre à cette grande question, elle peut expliquer en partie le fonctionnement de l’Univers et de son origine jusqu’au temps de Plank,  soit une fraction de seconde après le Bing Bang (10-43 sec.), mais elle ne peut voir au-delà du  Bing Bang et encore moins donner un sens à tout ce déferlement d’énergie émergent d’une singularité ou toute la matière de l’Univers était contenue dans une minuscule tête d’épingle.  Une réalité physique difficile à cerner par notre « petite conscience humaine » qui n’apprécie bien les choses uniquement lorsqu’elles sont à sa portée et qu’elles ont des dimensions finies.  On peut alors comprendre nos ancêtres qui ont littéralement « inventé » un sens spirituel à l’Univers afin de calmer leurs angoisses face à la mort et à l’absence de réponse sur le sens profond de leur existence et celui de l’Univers. Les religions sont alors  nées et comme toujours les tricheurs les ont utilisés pour mieux dominer leurs semblables ou justifier leurs pires actions. 

Si la conscience d’exister est une variable positive pour l’Univers, la race humaine aura un avenir dans le cas contraire c’est la Terre elle-même qui effacera cette « erreur », non pas par vengeance, car elle n’a pas de sentiment,  mais uniquement par principe d’équilibre. En modifiant le climat par les GES, en vidant les océans par la surpêche ou en rasant les forêts pour accroître les monocultures, l’espèce humaine démontre par le fait même que sa conscience d’exister n’a vraiment rien d’universel et qu’elle est plutôt toxique pour l’environnement, car elle en sabote constamment l’équilibre. Ce que j’observe autour de moi m’amène à penser que l’espèce humaine pourrait très bien disparaître comme les dinosaures, laissant derrière elle des ossements,  de vieux oléoducs rouillés et des tonnes de matière plastique dispersés dans des océans sans vie. Le dernier rapport du GIEC ne fait d’ailleurs que confirmer que l’espèce humaine se dirige tout droit dans le mur si elle ne fait pas « consciemment » marche arrière rapidement... Mais comment persuader une civilisation de tricheurs de suivre ce conseil ?


Finalement, je crois bien que mon  intuition de jeunesse était la bonne :  la conscience d’exister n’aura un sens uniquement lorsque nous deviendrons des observateurs sensibles et admiratifs de la nature et que cet état nous amènera à vivre en harmonie avec notre environnement... Mais aujourd’hui je doute que nous puissions y parvenir, la conscience intelligente n’aura donc été qu’un autre essai raté pour l’Univers.