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mercredi 21 mars 2018

Armoire d'ébénisterie



Autrefois, à l’époque des maîtres et des apprentis, chaque ébéniste fabriquait son coffre à outils. Ce coffre contenait généralement la totalité des outils de l’artisan. Avant l’apparition des premiers outils électriques et pneumatiques, ce coffre ne contenait bien sûr que des outils manuels comme des rabots, des bouvets, des vastringues, des varlopes, des guillaumes, un vilebrequin, des trusquins, des ciseaux à bois et bien sûr des égoïnes ! Le coffre à outils était non seulement un meuble de rangement bien organisé où chaque outil y occupait une place en fonction de sa fréquence d’utilisation, mais il était également le reflet du savoir-faire de l’artisan. Aujourd’hui, certains de ces coffres sont d’ailleurs exposés dans des musées. 

Au fil de l’histoire, le coffre à outils était également le reflet de la pratique du métier. Au XVIIIe siècle, avant l’avènement de l’ère industriel, le coffre à outils accompagne l’artisan dans tous ses déplacements. Le coffre doit être robuste, car il est transporté d’un chantier à l’autre en charrette sur des routes souvent peu carrossables. Le coffre contient l’essentiel du patrimoine de l’artisan, pour cette raison il est légué à ses héritiers et le plus souvent, au fils qui suivra les traces de son père. À partir de la deuxième moitié du XIXe, les outils fabriqués de bois, comme les rabots et les serre-joints, cèdent en partie leur place à des outils complètement métalliques. La guerre de Sécession aux États-Unis ouvre une nouvelle ère où des industriels comme Frederick Trent Stanley vont déposer de nombreux brevets d’outils en acier qui vont accroître la précision du travail du bois. Ces nombreuses innovations font toutefois augmenter le nombre d’outils dans le coffre de l’artisan l’obligeant à faire preuve d’ingéniosité pour maximiser chaque centimètre carré de son coffre. Un bel exemple demeure le coffre d’Arthur Sorrill, un artisan anglais, qui appartient à la collection du Musée canadien de l’histoire à Gatineau, à voir sur le site du musée à l’adresse suivante : www.museedelhistoire.ca/cmc/exhibitions/tresors/treasure/140fra.shtml. D’autres exemples de coffres des périodes pré et post-industriels sont présentés dans le magnifique ouvrage de Jim Tolpin publié chez Taunton Press sous le titre « The Toolbox Book » (1995, 200 pages).

Si le coffre à outils demeure encore présent dans les ateliers modernes d’ébénistes, il ne contient plus la totalité des outils de l’artisan ! En effet, l’électrification des ateliers a multiplié le nombre des outils dont le banc de scie occupe une place centrale entourée de la dégauchisseuse, de la raboteuse d’épaisseur, de la scie à ruban ou de la perceuse à colonne. Aujourd’hui, « le coffre » prend plutôt la forme d’une ou de plusieurs armoires murales situées à proximité de l’établi. Dans plusieurs ateliers, les outils les plus utilisés sont simplement accrochés sur des panneaux muraux afin d’en accroître l’accessibilité ou sur des chariots pouvant se déplacer près de l’établi. C’est le cas des serre-joints, des grandes équerres, des marteaux et maillets, des règles et des guides, etc. Il existe toutefois des groupes d’outils que chaque ébéniste qui se respecte aime bien retrouver toujours au même endroit. Ainsi, les outils de mesure et de marquage comme les règles, les équerres, les verniers, les équerres à combinaison, les compas et les trusquins qui sont essentiels à toutes les étapes d’un projet, devront être à la hauteur des yeux dans une armoire située à portée de main. Comme il s’agit d’outils de précision, chacun aura son support évitant qu’ils puissent s’entrechoquer, une équerre dont les extrémités sont endommagées est moins précise et peut induire des erreurs dans la réalisation d’un projet. 






Dans mon propre atelier j’ai opté pour une combinaison de système de rangement : des tiroirs profonds pour remiser les outils électriques portatifs comme les toupies, sableuses, rabot, scie à découper, scie circulaire, biscuiteuse, etc. et de grandes armoires pour remiser la quincaillerie, les peintures et vernis, les adhésifs, etc. Sous la surface de mon établi on retrouvait également des tiroirs où je plaçais notamment, les instruments de mesures et de marquage, les forets, les mèches de toupie, les ciseaux à bois, les limes, les pierres à aiguiser, les guides d’aiguisage, les rabots, les vastringues et les guillaumes. Avec le temps, je trouvais ce dernier rangement peu pratique, car les outils étaient répartis dans 6 tiroirs ce qui m’empêchait de les repérer rapidement, voire même de me souvenir de leur existence ! De plus, je devais continuellement me pencher pour ouvrir les tiroirs, prendre l’outil et le replacer. Bref de la manipulation supplémentaire qui augmentait le temps consacré à un projet. J’ai donc pris la décision de concentrer le contenu de ces tiroirs dans une armoire murale peu profonde où d’un seul coup d’œil je pouvais localiser l’instrument ou l’outil dont j’avais besoin.  




Inspirée en partie des cabinets de curiosités d’autrefois ma nouvelle armoire se divise en deux : à gauche, une vitrine regroupe les rabots, guillaumes, vastringues, guides d’aiguisage et tous les instruments de mesures et de marquages. À droite on retrouve une section dont le panneau est d’une profondeur égale à la partie murale afin de répartir l’accrochage des outils sur une plus grande surface. Lorsque le panneau est complètement ouvert, on peut donc voir facilement l’ensemble des outils. Dans cette partie on retrouve les forets, les mèches de toupie, les ciseaux à bois, les râpes, les limes, les racloirs et les scies japonaises. Une fois fermé, le panneau de cette section d’armoire devient un tableau noir avec une zone magnétique dans le haut pour y suspendre un plan ou une liste de matériaux. Le tableau s’avère très utile dans l’atelier pour noter des mesures ou dessiner un croquis. La zone magnétique a été réalisée en encastrant dans le panneau 4 petits aimants sur une ligne horizontale près de la bordure supérieure du panneau. Sous cette section on retrouve également deux petits tiroirs, celui de gauche contient les pierres d’aiguisage et celui de droite des accessoires de toupie et les craies pour le tableau !






L’armoire a été fabriquée avec du cerisier tardif de 3/4’’ d’épaisseur (caisson et cadre des panneaux) et du contreplaqué russe de 1/2’’ d’épaisseur (pour le fond, les tablettes et le tableau). Les joints du caisson ont été réalisés en queue d’aronde comme ceux des tiroirs. La finition du cerisier a été réalisée avec une couche d’huile de lin bouillie et trois couches de vernis au tampon.







vendredi 7 mars 2014

Banc de salle de bain



 Notre salle de bain est très fonctionnelle, mais un peu étroite, si bien qu’il est difficile d’y laisser une chaise standard sans nuire un peu à la circulation. Une chaise ou un banc dans une salle de bain c’est pourtant très pratique, ne serait-ce que pour y déposer un martini lors d’un long bain relaxant! J’ai donc décidé de concevoir un banc sur mesure qui pourrait se ranger facilement entre le comptoir et le bain, un espace qui fait 16’’ x 14’’. Pour maximiser son utilité, j’ai également décidé d’ajouter sous le siège une tablette pour y glisser des serviettes enroulées. Ce banc est très classique dans sa facture, il existe plusieurs modèles similaires proposés par le commerce ou par d’autres ébénistes sur le web. Je ne prétends donc pas avoir réinventé le banc de salle de bain, mais de l’avoir adapté à l’espace dont je disposais et d’avoir utilisé une essence de bois déjà présente dans ma salle de bain : le noyer noir.


Illustration 1 : modélisation sketchup et rendu Kerkythea


Après une recherche de styles sur le web, j’ai retenu le principe d’un siège légèrement courbé et d’un piètement incliné à 10 o question d’accroître à la fois la stabilité et l’esthétisme du banc. Généralement le siège de ce type de banc est ajouré pour permettre à l’eau de s’écouler rapidement, si l’on décide de s’y asseoir après un bain! Pour y parvenir, on peut réaliser un quadrillé ou un lattage, cette dernière technique s’apparente à celle utilisée pour le mobilier extérieur d’un patio et c’est celle que j’ai retenue. Après un premier dessin rapide à la main, j’ai modélisé le banc avec sketchup 8 et j’ai effectué un rendu photographique avec Kerkythea (voir illustration 1) pour valider le design avant de passer à la fabrication.

Comme dans la plupart des projets de sièges, le défi de fabrication de ce banc se situe au niveau de son assemblage à angle. En effet, il y a peu de joints à angle droit et le recours à des gabarits s’avère nécessaire pour assurer la précision des assemblages. Il y a également plusieurs joints de type tenon-mortaise, 34 pour être précis, plutôt surprenant pour un si petit meuble! Mais pour une chaise ou un banc, il y a peu de raccourcis possibles, l’assemblage doit être solide, car c’est une pièce de mobilier qui sera souvent déplacé et qui doit supporter le poids d’un adulte en toute sécurité. Pour sauver un peu de temps, le recours à la mortaiseuse constitue un avantage indéniable pour la réalisation ce projet. Personnellement, j’utilise une mortaiseuse qui s’adapte à ma perceuse à colonne.

Photo 1  - Mortaiseuse installée sur la perceuse à colonne. Ici je taille les mortaises pour les languettes de la tablette.

J’ai pris la décision de débuter par la fabrication du siège, car la ceinture du piètement devra s’y adapter parfaitement en raison de sa courbe. J’ai d’abord réalisé un gabarit (en MDF de 1/4’’,  voir photo 1a) des traverses avant et arrières du siège. Pour y parvenir, j’ai imprimé deux patrons identiques en papier (réalisés avec Illustrator) que j’ai collés (avec de la colle en aérosol) sur le MDF et sur une pièce de noyer de 1 ½" ’ d’épaisseur. J’ai découpé (à la scie à ruban) le contour du patron sur la pièce de MDF avec une grande précision en terminant par un sablage fin pour éliminer toutes marques de lame, car ce patron servira à guider le roulement à bille de la mèche à copier de la toupie. J’ai découpé la pièce de noyer en suivant la ligne du patron de papier, mais en laissant une marge de 1/16e, cette marge sera éliminée par la mèche à copier de la toupie (voir photo 2) qui du coup fera disparaître toutes les marques laissées par la scie à ruban.


Photo 1a
Photo 2



Photo 3
Les mortaises des traverses du siège sont réalisées en utilisant d’abord une mèche de ½" pour éliminer le gros du matériel (voir photo 3) et évidé avec un ciseau à mortaiser de 1/2". Les tenons des traverses latérales ont été découpés à la main avec une scie japonaise Dozuki et ajustés en épaisseur avec un guillaume. Finalement une rainure de ¼" de largeur et de 3/8 » est taillée à la toupie sur les traverses avant et arrière du siège (voir iphoto 3a), cette rainure recevra les tenons des lattes qui composeront le siège.

Photo 3a - Découpe de la rainure qui doit recevoir les lattes du siège. La toupie suit la courbe extérieure du montant du siège grâce au guide parallèle fixé à sa base. 


Les lattes du siège, au nombre de 11, ont 1 pouce de largeur et 3/4" d’épaisseur. Les lattes ont un angle de 5 o de chaque côté pour compenser la légère courbure du siège (elles ont donc un profil trapézoïdal). Elles comportent à chaque extrémité un tenon pleine largeur de 1/4 » d’épaisseur qui va s’insérer dans la rainure des traverses avant et arrière. La découpe des tenons se fait entièrement au banc de scie (voir photo 4). Entre chaque latte une petite pièce de bois de 3/16 » de largeur et de 3/8 » de profondeur est insérée pour maintenir l’espacement entre les lattes, un travail de précision! Le même genre de latte est utilisé pour la tablette (9 lattes avec un profil rectangulaire) du bas, mais cette fois des mortaises sont taillées à la mortaiseuse avec un espacement de 3/16 » entre chacune (voir photo 1). Après le collage du siège, les deux traverses latérales sont arrondies à la toupie avec une mèche demi-ronde.

Photo 4

Le piètement du banc est réalisé avec des pièces de 1 » d’épaisseur et de 1 ½ » de largeur. Il est réalisé en 2 étapes, d’abord en unissant la ceinture avant et arrière aux pattes grâce à des joints tenon-mortaise. Comme les pattes sont inclinées de 10 o par rapport au sol, il est donc nécessaire d’incliner mortaises et tenons du même angle (en inclinant le plateau de la perceuse à colonne). Pour le collage, deux petits blocs de bois inclinés d’un côté à 10 o et à angle droit de l’autre permettront de bien ajuster les serre-joints pendant la durée du collage (voir photo 5). Une fois les pattes collées à la pièce de la ceinture il est nécessaire de découper une courbe correspondant à celle du siège, car ce dernier vient s’appuyer sur cet assemblage (voir photo 6). Deux trous sont percés sous chacune des ceintures avant et arrière pour permettre de visser le siège au piètement. La 2e étape consistera à unir (par des joints tenon-mortaise), les pattes avant et arrière avec la ceinture latérale, ces 2 pièces devront être installées et collées au même moment que la tablette.
La tablette est également fixée aux pattes par quatre joints tenon-mortaise de 1/4 » de largeur et de 1/2 » de profondeur. La tablette est complètement assemblée et collée avant d’être fixée aux pattes. Le collage final permet d’assemblée les pattes avant et arrière, la tablette, les montants latéraux de la ceinture et finalement le siège qui est simplement vissé au piètement (voir photo 7).
Photo 5
Photo 6

Photo 7
La finition du banc est assez simple : après un sablage au papier 220 il a été traité à l’huile de lin pour mettre en valeur la belle couleur du noyer noir et deux couches de cire en pâte ont été appliquées et polies au chiffon. Plus bas, le banc de salle de bain complété et intégré à son décor.






lundi 16 décembre 2013







Table de salle à manger

 Il y a près de 35 ans, je réalisais ma première table de salle à manger. À cette époque, je vivais ma période « arts et traditions populaires », je m’intéressais aux belles maisons ancestrales et au mobilier de la Nouvelle-France. Ma production était à l’avenant, j’avais tendance à reproduire les meubles que l’on retrouvait dans « la bible » de l’époque : « Les meubles anciens du Canada français » de Jean Palardy
Reproduction d'une petite armoire rustique
du XVIIIe siècle...réalisée dans ma
période "arts et traditions populaires" !  
qui encore aujourd’hui demeure la référence de bien des conservateurs de musées et d’antiquaires québécois. Mais pour la table de la salle à manger, je n’avais rien trouvé de vraiment pratique dans ce répertoire de meubles anciens, j’ai alors décidé de m’inspirer d’un modèle campagnard assez répandu au Québec. Réalisée avec un minimum d’équipement, elle a tout de même bien résisté à l’épreuve du temps et aujourd’hui elle connaît une seconde vie chez mon fils. Sans délaisser complètement le meuble traditionnel disons que j’ai troqué mon côté « arts et traditions populaires » par un côté plus « zen et contemporain », il faut bien être de son temps! Il y a un an je me suis donc donné le défi de concevoir une nouvelle table de salle à manger aux lignes très contemporaines. 

Ma première table de salle à manger réalisée il y a plus de
35 ans avec un plateau de bouleau jaune de 1 1/2" d'épaisseur.
Mon principal défi dans ce projet était de concevoir une table qui pouvait s’agrandir à partir de l’une de ses extrémités, plutôt que par le centre et que l’on puisse dissimuler facilement, sous le plateau, la section pour allonger la table. Après une visite chez un réputé détaillant de mobiliers contemporains à Québec, j’ai vite compris que les manufacturiers qui proposaient ce type de table avaient développé leur propre quincaillerie qui le plus souvent s’articulait autour d’une structure métallique coulissante placée sous le plateau de bois. En plus du design de la table, je devais donc développer un mécanisme d’ouverture artisanale à partir de la quincaillerie disponible sur le marché. J’ai alors eu a l’idée de traiter la section coulissante comme un simple tiroir. Une structure


Modélisation 3D de la table extensible (dessin sketchup  et rendu photographique avec Kerkythea) dans ce plan le plateau est retiré pour faire voir la structure du mécanisme d'extension en érable et l'emplacement de la section qui permet d'allonger la table.
en érable placée sous le plateau sert de logement pour un cadre (également en érable) qui comme un tiroir glisse à l’intérieur de la structure, grâce à de simples coulisses de tiroir sur roulement à billes. La structure et le cadre en érable sont boulonnés après l’ensemble pattes/traverses à chaque extrémité de la table. Il faut préciser ici que les pattes sont reliées entre elles par une traverse et forment donc un portique qui est au même niveau que la surface du plateau. Les deux portiques assurent une grande stabilité à la table, l’assemblage des pattes à la pièce transversale est réalisé par des tenons traversants

Plan de la table de cuisine.  C'est en tirant sur le piètement d'un côté de la table que l'on peut libérer la section d'allonge dissimulée sous le tablier 


La section glisse d'un côté de la table grâce à deux coulisses de tiroir sur roulement à bille qui sont fixés à la structure en érable sous le plateau de la table.
qui en plus d’être très solides contribuent à l’esthétisme du meuble. Les coupes pour les tenons et les mortaises ont été réalisées avec une scie à ruban en utilisant le guide parallèle et 4 espaceurs en MDF de ¾ »’ d’épaisseur. Les espaceurs ont permis de réaliser les coupes à intervalles réguliers, sans le moindre risque d’écart d’une coupe à l’autre, ce qui est absolument nécessaire pour ce type de joints apparents. Une fois les coupes réalisées j’ai simplement évidé les mortaises avec un ciseau à mortaiser de ¾ »’.

Des joints à tenons traversants pour les pattes et les traverses ... à la fois solides et esthétiques.

La réalisation du plateau a demandé beaucoup d’attention, car je devais laminer plusieurs pièces de bois pour obtenir une surface de 41’’ x 96’’. Pour obtenir un plateau qui peut s’allonger avec une section amovible, il est nettement préférable de laminer les pièces en considérant la longueur totale du plateau une fois allongé et d’y découper par la suite la section qui deviendra amovible. On s’assure ainsi d’un mariage parfait du plateau et de la section amovible lorsque la table sera déployée à sa pleine longueur. Cette approche a soulevé un certain défi dans la préparation des planches qui forment le plateau, car dégauchir des planches de 96 « ’ sur ma dégauchisseuse qui n’avait que 46’’ longueur aurait pu donner de bien mauvais résultats. L’astuce que j’ai utilisée a été d’allonger la table d’alimentation et de sortie de la dégauchisseuse (jointer) et de la raboteuse d’épaisseur (planer) avec des tables d’allonge en contreplaqués permettant de supporter les planches sur toute leur longueur. J’ai utilisé un niveau de 48’’ pour m’assurer que les tables d’allonge étaient parfaitement au niveau avec les tables de la machinerie.

Voici le plan de l’installation pour dégauchir des planches de près de 100'' de longueurs. Il faut s’assurer que les 2 extensions en contreplaqué seront  parfaitement de niveau avec la table d’alimentation et la table de sortie de la dégauchisseuse.

 Finalement, pour faciliter le laminage des planches j’ai choisi de le faire par étape en collant d’abord trois sections de 12’’ de largeur qui correspondaient à celle de ma raboteuse d’épaisseur. Une fois bien collée, j’ai passé chacune de ces sections à la raboteuse pour m’assurer de leur parfaite égalité. Les trois sections de 12’’ furent finalement lamellées (avec des lamelles, ou biscuits, no 20) et collées entre elles et avec une planche de 5’’ pour atteindre la largeur totale de 41’’. Un ponçage à la sableuse rotative a finalement permis de faire disparaître toutes traces de colle et les petits écarts de niveau entre les sections.


Table de salle à manger contemporaine complétée - 

L'extension de la table est dissimulée sous le plateau. Sous les pattes (à gauche) il y a des patins en Téflon pour leur permette de mieux glisser sur le parquet  lorsque l'on tire pour dégager l'extension.


Le plateau et les pattes de la table ont été réalisés en cerisier tardif, un bois que j’aime bien en raison de sa coloration naturelle. Inutile de teindre ce bois, une couche d’huile de lin bouilli suffit pour faire ressortir sa belle teinte d’un brun rougeâtre qui foncera avec le temps sous l’action de la lumière. Une fois que la couche d’huile de lin fut complètement absorbée et que le bois fut sec au touché (48 heures après l’application), j’ai appliqué 4 couches de vernis au polyuréthane lustré afin d’accroître la résistance et l’imperméabilité de cette table à manger qui subira bien des outrages pendant sa vie utile! Pour assurer un fini uniforme, j’ai sablé entre chaque couche de vernis (papier fin 320), et j’ai poli la dernière couche avec des papiers extra-fins (papiers gris de grade 1000 et 2000, utilisés notamment pour polir la peinture des automobiles) en lubrifiant la surface avec un mélange d’huile et d’essence minérale (1 partie d’huile pour 3 parties d’essence) que je vaporisais avec un petit vaporisateur à eau. Cette façon de faire permet finalement d’obtenir un fini semi-lustre très doux sans marque de pinceau ou d’égratignure.

dimanche 1 décembre 2013



Après un long silence, j’amorce aujourd’hui un nouveau chapitre à l’intérieur de ce blogue. Comme je pratique l’ébénisterie depuis quelques années (je n’ose mettre le nombre d’années!) j’ai eu l’occasion d’expérimenter plusieurs techniques d’assemblage avec une grande variété d’essences de bois pour réaliser des projets très variés, du coffret à bijoux jusqu’au Kayak de mer! J’ai acquis la majorité de mes connaissances techniques par la lecture de livres et de sites web comme celui-ci. Je dois l’avouer, ce n’est pas la manière la plus simple d’apprendre l’ébénisterie, car rien n’égalera l’enseignement d’un maître qui est au sommet de son art. Encore faut-il en connaître un et surtout avoir du temps pour suivre son enseignement, ce qui n’était pas mon cas jusqu’à l’année dernière, car j’étais bibliothécaire à temps plein! Je l’admets d’emblée, la bibliothéconomie et l’ébénisterie ont peu de chose en commun, si ce n’est le meuble qui sert à ranger les livres. Il y a également très peu de bibliothécaires-ébénistes ou vice et versa, car le profil des deux professions n’est pas très apparenté... vous l’aurez facilement deviné! Pour ma part je dois sans doute mon profil hybride au fait que je viens d’une famille ou la curiosité intellectuelle et le travail manuel ont été revalorisés de la même manière. Comme la bibliothéconomie est une discipline qui embrasse toutes les connaissances de l’humanité, je n’ai pas tardé à bâtir des ponts entre ma carrière professionnelle et celle de mon autre vie! D’une lecture à l’autre et avec beaucoup d’essais et d’erreurs, je suis doucement passé du statut de bricoleur du dimanche à celui d’ébéniste!
Je conçois et dessine la majorité des meubles que je réalise dans mon atelier. La conception d’un meuble demande beaucoup de temps, il n’est pas rare que cette étape soit même plus longue que la réalisation du meuble en atelier. Selon ma propre appréciation, un meuble bien fait doit répondre à quatre critères :

1.  Il doit combler efficacement le besoin pour lequel il est destiné; 
2.  Il doit être solide et résister à l’utilisation normale à laquelle il est destiné;
3.  Il doit être bien proportionné et répondre à un style;
4.  Il doit être fini avec soin, incluant ses parties moins visibles.

Ces critères peuvent paraître évidents à première vue, mais si vous avez déjà magasiné sérieusement des meubles vous savez parfaitement ce que je veux dire, des meubles sans style, fragiles ou inconfortables il y en a plein les grandes surfaces!   Une fois que j’ai bien cerné l’utilité réelle d’un meuble, je débute toujours par une recherche de style. Si le meuble doit être intégré au décor d’une maison ancestrale ou à celui d’une maison contemporaine aux lignes épurées il faudra décider si le nouveau meuble devra se fondre au décor ambiant ou s’y intégrer par contraste, le mélange des styles est toujours possible, tout étant une question d’équilibre au final. Si je dois m’inspirer d’un style en particulier je vais orienter ma recherche vers des livres qui présentent ce style avec ses principales caractéristiques et qui donnent de nombreux exemples en photos. Avant de me lancer dans la conception d’un meuble de style, je dois d’abord bien assimiler ce qui caractérise le style auquel il est censé corresponde et le type d’assemblage que l’on doit utiliser pour bien respecter ce style. Il arrive rarement que je reproduise à l’identique un meuble d’époque, car pour moi le meuble n’est pas que meublant, il a d’abord une fonction, or il est rare qu’un meuble conçu à une autre époque puisse bien s’adapter aux besoins d’aujourd’hui. Une fois le style identifié, je dessine quelques esquisses au crayon pour camper la forme générale et les proportions du meuble. L’esquisse est la véritable étape de création, car elle permet de laisser libre court à son imagination sans être freiné par les calculs ou les aspects plus techniques d’un plan d’atelier. Comme plusieurs ébénistes j’utilise également le logiciel Sketchup (développé initialement par Google et distribué aujourd’hui par Trimble) à l’étape de l’esquisse, car contrairement à d’autres logiciels de CAO comme Autocad, Sketchup permet autant de réaliser une esquisse rapide qu’un dessin d’atelier aux dimensions précises. Sketchup est disponible en version française et gratuite à l’adresse suivante:


Après l’esquisse vient l’étape du dessin d’atelier qui permettra cette fois de déterminer les dimensions de chaque pièce du meuble et leur méthode d’assemblage. La précision du dessin est essentielle pour réduire au minimum les erreurs lors de la fabrication et pour estimer correctement les matériaux requis. L’étape de conception se termine par une liste complète des matériaux (incluant le débitage), très utile pour estimer le coût de fabrication et commander les matériaux.

Une armoire à épices


1. Armoire à épices contemporaine en érable et
 satiné rubané
Le projet que je vous présente aujourd’hui est une armoire à épices de style contemporain, mais inspiré par le style Shaker à la base. À leur apogée, au début du XIXe siècle, les communautés Shaker de Nouvelle-Angleterre étaient reconnues pour leur inventivité et leur mobilier aux lignes minimalistes sans ornementation, un mobilier d’abord conçu pour répondre à une fonction précise. Ce style préfigurait en quelque sorte la modernité, il a influencé de nombreux ébénistes jusqu’à aujourd’hui. Pour le projet actuel, j’ai donc retenu la sobriété des lignes et l’efficacité du meuble à répondre aux besoins exprimés. J’ai déjà réalisé, il y a plusieurs années, une armoire à épices dans le style victorien tout en acajou (voir photographie 2). À l’époque je m’étais donné le défi de réaliser un projet en étant le plus fidèle possible à un style classique. Cette fois je voulais simplement m’inspirer d’un style comme point de départ et me donner la liberté de créer quelque chose de nouveau.


2. Armoire à épices victorienne
En m’inspirant de petites armoires murales Shaker, j’ai conçu une armoire à épices permettant de contenir aussi bien des épices en vrac que celles contenues dans des petites bouteilles de verres cylindriques (diamètre = 1 ¾” hauteur = 3 ¾”). Contrairement aux ébénistes Shaker qui utilisaient surtout le cerisier tardif dans leurs projets, j’ai décidé pour ma part de combiner deux bois au contraste élevé soit l’érable à sucre qui est très pâle et le satiné rubané un bois d’exception qui est d’un beau rouge vif aux reflets chatoyants. L’objectif était d’utiliser l’érable pour le corps principal de l’armoire et d’utiliser le satiné rubané pour tous les éléments en façade.


Autant par solidité que par esthétisme, j’ai choisi d’assembler en queues d’aronde le corps de l’armoire ainsi que les quatre tiroirs pour le vrac. L’assemblage en queues d’aronde ajoute un niveau de complexité au projet, mais au final on obtient un assemblage très robuste et décoratif à la fois. En utilisant le satiné rubané en façade des 4 petits tiroirs et l’érable pour leurs côtés, l’assemblage en queues d’aronde traversantes donne un effet de dentelle qui fait alterner la couleur de l’érable et celle du satiné rubané.


La partie supérieure de l’armoire contient les épices conservées dans des bouteilles de verre. Le panneau qui donne accès à ce compartiment est en fait une coquille qui en recouvre une autre, ainsi une fois ouvert, on peut voir l’ensemble de la collection d’épices.


Assemblage en queues d'arondes....très solide et esthétique !



Les planchettes du fond sont embouvetées à mi-bois.
D'un seul coup d'oeil tout est visible  !