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vendredi 12 décembre 2014

Secrétaire contemporain


Le projet de créer un secrétaire de style contemporain m’est venu il y a deux ans quand j’ai réalisé qu’il serait très agréable de disposer d’un petit coin travail près du foyer du salon. Dans les années 80, j’avais déjà eu l’idée de fabriquer pour mon bureau un secrétaire classique à cylindre en chêne rouge à partir d’un plan américain. J’étais encore dans ma période « arts et traditions populaires » où je reproduisais des meubles anciens. Pour mon bureau j’avais finalement abandonné le projet du secrétaire à cylindre qui était difficile à adapter à mes besoins informatiques, j’ai donc misé sur une surface ouverte en « L » où le côté pratique et l’ergonomie l’ont emporté sur le style. Le projet d’un espace travail au salon était différent cette fois, le meuble devait avoir du style, car il est dans l’espace d’accueil de la maison, exposé à tous les regards. Par ailleurs, comme c’est un espace de travail occasionnel je pouvais en réduire la taille et mettre le style à l’avant plan du concept, sans toutefois trop sacrifier sur l’ergonomie.

Secrétaire aux lignes contemporaine en érable, érable ondé et zébrano.
Le caisson qui surplombe le plateau dissimule dans sa section centrale une barre électrique pour brancher portable et tablette.
Le luminaire de DEL demeure très discret ...mais efficace !
Comme à mon habitude j’ai commencé le travail de création par une recherche de style, autant sur le web que dans les revues spécialisées. Dès le départ j’ai constaté qu’il était difficile de réinventer complètement le secrétaire qui regroupe une surface de travail et un certain de nombre de rangements pour le petit matériel de bureau et la papeterie. À l’époque de Louis XIV, le secrétaire avait atteint un tel degré de sophistication que sa réalisation nécessitait le travail concerté de nombreux artisans, de l’ébéniste au ciseleur en passant par le doreur et l’horloger. Modernité oblige, même si le secrétaire d’aujourd’hui n’est pas nécessairement un poste informatique il doit faciliter l’usage d’un ordinateur portable, d’une tablette et de différents outils de communication. Dans sa forme classique, le secrétaire dispose de tiroirs en dessous et au-dessus du plan de travail et d’un cylindre qui limite l’accès à la surface de travail et aux compartiments supérieurs. On peut comprendre qu’avant l’informatique il était nécessaire de limiter physiquement l’accès à sa comptabilité où à ses lettres d’amour, mais aujourd’hui le secrétaire peut facilement se départir de ses entraves et devenir un meuble attrayant, adapté à différents usages.

Dans la conception de mon secrétaire, j’ai décidé de conserver le principe de placer du rangement en dessous et au-dessus du plan de travail. Je voulais également trouver une solution pratique et élégante pour le branchement des nombreux chargeurs de nos téléphones mobiles, tablettes, liseuses et autres « bidules » électroniques. Plutôt que de placer une horrible barre électrique au pied du secrétaire avec tous les fils qui pendulent de la surface de travail, j’ai décidé de dissimuler la barre dans un compartiment fermé au-dessus de la surface de travail, ainsi la barre électrique demeure très accessible et à la hauteur des yeux, du coup, fini les contorsions sous le meuble pour brancher les appareils. Le compartiment de la barre électrique est lui-même placé au centre d’un petit caisson étroit qui est accroché à deux supports à 5’’ (13 cm) de la surface de travail. En plus de supporter le caisson, les deux supports latéraux, réalisés en zébrano, servent à dissimuler le filage, le transformateur et le gradateur du luminaire DEL placé à l’avant du caisson afin d’éclairer le plan de travail. La base du secrétaire en érable et érable ondé demeure assez classique avec un piétement à pattes effilées et trois tiroirs sous le plan de travail. Cette base acquiert un trait distinctif grâce aux façades de tiroirs en zébrano (connu également sous le nom de zingana son nom botanique est "Microberlinia brazzavillensis") et l’insertion de marqueterie placée à 4’’ (10 cm) de l’extrémité de chaque patte.

Comme pour mes autres projets, j’ai modélisé le secrétaire avec Sketchup 8 et j’ai procédé ensuite à un rendu photographique en utilisant Kerkythea. Avant même de découper une seule pièce, j’avais donc un très bon aperçu du « look » final de ce meuble (voir illustration). La complexité relative du projet nécessitait un plan assez détaillé, surtout pour bien évaluer la quantité de bois requis et choisir les meilleures stratégies d’assemblage pour chacune des pièces. 


La tête de chaque patte comporte des mortaises pour recevoir d'un côté les traverses et de l'autre les longerons avant et arrière. Ici c'est une patte avant droite, les doubles mortaises sont destinés aux longerons avant placés au-dessus et en-dessous des tiroirs.


Les pattes effilées de la base ont constitué le point de départ du projet, car en plus de supporter l’ensemble du meuble elles contribuent par leur finesse à son élégance. Il est relativement simple de fabriquer ce type de pattes sur la scie à ruban ou le banc de scie grâce à un gabarit. Comme j’ai déjà réalisé ce type de pattes pour d’autres projets, j’avais déjà un gabarit pour ma scie à ruban. Ce gabarit artisanal (voir photographie plus bas) a la particularité de s’adapter facilement à la dimension de la patte à découper grâce à des ajustements à ses deux extrémités. Pour assurer une plus grande stabilité de la pièce, j’ai collé du papier abrasif (120) sur les surfaces de mon gabarit (voir photo).


Gabarit artisanal pour couper un angle le long des pattes sur la scie à ruban.
On peut ajuster l'angle de coupe en déplaçant le guide (au centre sur la photo ) à gauche
 ou à droite.  


Coupe à angle sur la scie à ruban grâce au gabarit que l'on glisse comme un chariot le long du guide parallèle de la scie.




Plan Sketchup (version 8)  du secrétaire en transparence .

Rendu photographique Kerkythea...assez fidèle au produit fini !

Dans le projet de secrétaire chaque patte mesure 29 pouces (74 cm) elles font 1 ½ x 1 ½ (4 cm x 4cm) à la tête et ¾ x ¾ (2 cm x 2cm) au pied. Les 5 premiers pouces de la tête de chaque patte (section qui correspond à la ceinture du meuble), ont des côtés parfaitement parallèles, c’est dans cette portion que sont découpés les mortaises qui vont recevoir les tenons des longerons et des traverses. La coupe à angle (sur la scie à ruban avec le gabarit) des 4 faces de chaque patte se fait donc sur une longueur de 24 pouces. Pour faire disparaître les marques de coupes laissées par la scie à ruban,  j’ai raboté chaque face. Il est donc important de laisser un peu d’espace (1/16’’ à 1/8’’) au-dessus des lignes de coupe pour prévoir la perte d’épaisseur résultant du rabotage. Une lame de rabot bien aiguisée laissera une surface très lisse nécessitant peu ou pas de sablage.


Le longeron arrière de la base avec les 4 guides de tiroir latéraux


L’assemblage de la base du secrétaire est assez classique :  tenon-mortaise pour les longerons et traverses et double tenons-mortaises pour le longeron avant et celui des tiroirs. J’ai réalisé la découpe de toutes les mortaises à la mortaiseuse (installée sur une perceuse à colonne) alors que les tenons ont été façonnés sur un banc de toupie. Les assemblages en queue d’aronde des tiroirs (mi-aveugles en façade et traversants à l’arrière) ont été réalisés à l’aide d’une toupie et d’un gabarit à queue d’aronde Porter-Cable. Le collage de la base a été réalisé en trois étapes :

  1. Les longerons de façade et les deux séparateurs verticaux des tiroirs (voir photo)
  2. Le longeron arrière, les guides de tiroir avec l’ensemble 1 (voir photo)
  3. Finalement les 4 pattes, les traverses avec l’ensemble 1 et 2


Collage des longerons aux diviseurs de tiroir
Collage des longerons arrière et avant et des guides de tiroir

En procédant en 3 étapes cela permet de réaliser un meilleur assemblage tout en réduisant le stress associé au temps de prise de la colle PVA, qui varie généralement entre 15 et 30 minutes en fonction du degré d’humidité de l’atelier. Le plateau est finalement fixé à la base par trois vis situées sous le longeron avant et par 7 tasseaux de support qui s’insèrent dans des rainures (réalisées à la toupie) dans le longeron arrière et dans les guides latéraux de tiroirs, cette méthode d’assemblage permet de compenser les mouvements saisonniers du plateau composés de plusieurs planches laminées.

La partie plus « innovante » de ce projet demeure sans contredit son caisson qui est suspendu au-dessus du plateau, accroché à deux supports en zebrano qui évoquent la forme de livres fermés. Le caisson et ses supports ont un panneau arrière amovible ce qui permet d’installer la barre électrique, le transformateur basse tension pour alimenter le ruban de lumières DEL, le gradateur basse tension (12v) et de faire circuler le filage nécessaire. Le panneau arrière des supports est maintenu en place par deux aimants circulaires alors que celui du caisson est vissé. Le ruban de lumière DEL  est collé au fond d’un luminaire DEL en aluminium, en fait il s’agit d’un profil d’aluminium sur lequel se fixe un diffuseur de polymère, le profil est lui-même encastré dans une rainure de 11/16’’ (environ 20 mm) de largeur et de ¼’’ (6 mm) de profondeur et couvre la largeur complète du caisson soit 36 pouces (91 cm). Les composantes de ce système d’éclairage sont disponibles chez Lee Valley.
Assemblage d'un support en zébrano avec des goujons.



La finition se résume à l’application de 3 couches de vernis acrylique semi-lustre. Ce type de vernis offre l’immense avantage de conserver la teinte naturelle de l’érable et d’accentuer le contraste entre l’érable et le zébrano.    


jeudi 10 avril 2014

Table de lit



Il y a des projets que l’on remet constamment au lendemain, car ils n’arrivent jamais à se hisser jusqu’au sommet de la pile. C’est le cas de celui-ci qui était inscrit depuis des années dans ma liste de projets à réaliser, pourtant rien de très complexe à concevoir et à fabriquer : une petite table de lit. C’est en regardant un épisode de Downton Abbey où la comtesse de Grantham se faisait servir le petit-déjeuner au lit, sur une petite table portative de style victorien, que j’ai décidé de passer à l’acte! Pas question de laisser à la seule noblesse anglaise l’usage exclusif d’un tel accessoire, si représentatif du confort et de l’opulence. Il est vrai qu'au début du siècle dernier, il y avait aussi une armée de domestiques pour préparer le petit-déjeuner de madame la comtesse et pour lui livrer à sa chambre à l’instant même où elle commençait à s’étirer dans son plumard. Rien de tel aujourd’hui, mais il est tout de même agréable de déguster son petit dej au lit même si pour y parvenir on doit d’abord en sortir pour le préparer. De temps en temps on peut également faire plaisir à sa conjointe ou à son conjoint en reprenant le rôle de M. Bates ou de Mme O’Brien... mais avec le sourire en plus!


La table de lit complété, pour manger ou pour lire. 

Aujourd’hui l’usage de la « table de lit » n’est plus réservé exclusivement pour manger au lit, on l’utilise de plus en plus pour y installer un portable ou une tablette pour travailler, flâner sur le web, regarder une web-série ou lire un roman en format numérique. La table de lit portative n’est donc plus une œuvre d’art destinée à recevoir la porcelaine de Chine et l’argenterie, mais un objet fonctionnel et ergonomique que l’on peut ranger facilement après usage. C’est dans cet esprit que j’ai conçu ma propre table de lit en m’inspirant encore une fois des centaines de modèles que l’on retrouve sur le web. Aucune révolution ici, ma table est semblable à plusieurs autres, mais avec les dimensions et les matériaux de mon choix. J’ai retenu le principe d’un plateau divisé 60/40, la partie la plus large étant inclinable pour y placer un portable ou une tablette et la plus étroite demeurant fixe pour y placer une tasse de café ou une souris sans fil! Les pattes de la table se rabattent sous la ceinture de la table pour en faciliter le rangement sous le lit ou dans une armoire. J’ai réalisé la table avec trois matériaux : l’érable à sucre pour la ceinture et les pattes, la fibre de bois pour le plateau que j’ai recouvert de stratifié afin d’en assurer l’imperméabilité et la résistance.

La portion la plus large du plateau s'incline à différents angles. Pratique pour écrire avec un portable, ou visionner un film sur une tablette.




Pour permettre à une section du plateau de s’incliner, il a été nécessaire de placer sous le plateau une ceinture afin d'y loger deux crémaillères parallèles et un petit bras articulé sur penture retenant le plateau à l’angle désiré. Ce système est d’une solidité à toute épreuve, car au bout du bras sur penture deux goujons de 1/4’’ (6 mm) de diamètre viennent s’encastrer dans les fentes des crémaillères parallèles (voir illustration plus bas). Les fentes de la crémaillère ont été réalisées à la toupie grâce à un petit gabarit et une mèche droite de 3/8’’ (9,5 mm) de diamètre (voir 2e et 3e photo plus bas). La ceinture a été fabriquée avec une planchette d’érable de ½’’ (13 mm) d’épaisseur et de 1 ½’’ (38 mm) de largeur et les angles ont été jointé en queue d’aronde pour en accroître la stabilité.

Une double crémaillères reçoit les goujons placés à l'extrémité du bras articulés fixés sous le plateau.

Grâce à ce petit gabarit et à un guide à copier fixer à la toupie, il est relativement simple de réaliser les 2 crémaillères simultanément, il suffit de refendre la planche au cendre une fois l'opération complétée.

Mèche demi-ronde 3/8'' (9,5mm)
Les deux sections du plateau sont recouvertes d’un stratifié collé à la colle contact. J’ai bordé chaque section avec une moulure d’érable de 3/8’’ (9,5 mm) d’épaisseur, afin de retenir le café déversé accidentellement et pour servir de barre de retenue pour le portable ou la tablette. J’ai réalisé cette moulure sur le banc de toupie avec une mèche demi-ronde de 3/8’’ (9,5 mm) de diamètre (voir photo à droite).

Les pattes de la table se rétractent en pivotant autour d’axes percés de part et d’autre de la ceinture. Les pattes sont réunies deux par deux par un goujon de ½’’ (13 mm) de diamètre et retenues dans l’axe de la ceinture par une vis chromée à tête plate de ¼’’ (6 mm) de diamètre (à fente hexagonale). Un écrou autobloquant, un ressort compressible et une rondelle retiennent chaque vis dans leur axe, la présence du ressort compressible évite simplement que l’écrou se dévisse à chaque fois que l’on rétracte les pattes sous le plateau (par effet de levier) tout en maintenant une pression latérale sur chaque patte (voir photo plus bas).



Toutes les pièces en bois de la table ont reçu trois couches de vernis à base d’eau en sablant légèrement (papier 320) entre les couches 1 et 2.

Un petit projet, mais qui comporte plusieurs étapes et un coefficient moyen de difficultés.



vendredi 7 mars 2014

Banc de salle de bain



 Notre salle de bain est très fonctionnelle, mais un peu étroite, si bien qu’il est difficile d’y laisser une chaise standard sans nuire un peu à la circulation. Une chaise ou un banc dans une salle de bain c’est pourtant très pratique, ne serait-ce que pour y déposer un martini lors d’un long bain relaxant! J’ai donc décidé de concevoir un banc sur mesure qui pourrait se ranger facilement entre le comptoir et le bain, un espace qui fait 16’’ x 14’’. Pour maximiser son utilité, j’ai également décidé d’ajouter sous le siège une tablette pour y glisser des serviettes enroulées. Ce banc est très classique dans sa facture, il existe plusieurs modèles similaires proposés par le commerce ou par d’autres ébénistes sur le web. Je ne prétends donc pas avoir réinventé le banc de salle de bain, mais de l’avoir adapté à l’espace dont je disposais et d’avoir utilisé une essence de bois déjà présente dans ma salle de bain : le noyer noir.


Illustration 1 : modélisation sketchup et rendu Kerkythea


Après une recherche de styles sur le web, j’ai retenu le principe d’un siège légèrement courbé et d’un piètement incliné à 10 o question d’accroître à la fois la stabilité et l’esthétisme du banc. Généralement le siège de ce type de banc est ajouré pour permettre à l’eau de s’écouler rapidement, si l’on décide de s’y asseoir après un bain! Pour y parvenir, on peut réaliser un quadrillé ou un lattage, cette dernière technique s’apparente à celle utilisée pour le mobilier extérieur d’un patio et c’est celle que j’ai retenue. Après un premier dessin rapide à la main, j’ai modélisé le banc avec sketchup 8 et j’ai effectué un rendu photographique avec Kerkythea (voir illustration 1) pour valider le design avant de passer à la fabrication.

Comme dans la plupart des projets de sièges, le défi de fabrication de ce banc se situe au niveau de son assemblage à angle. En effet, il y a peu de joints à angle droit et le recours à des gabarits s’avère nécessaire pour assurer la précision des assemblages. Il y a également plusieurs joints de type tenon-mortaise, 34 pour être précis, plutôt surprenant pour un si petit meuble! Mais pour une chaise ou un banc, il y a peu de raccourcis possibles, l’assemblage doit être solide, car c’est une pièce de mobilier qui sera souvent déplacé et qui doit supporter le poids d’un adulte en toute sécurité. Pour sauver un peu de temps, le recours à la mortaiseuse constitue un avantage indéniable pour la réalisation ce projet. Personnellement, j’utilise une mortaiseuse qui s’adapte à ma perceuse à colonne.

Photo 1  - Mortaiseuse installée sur la perceuse à colonne. Ici je taille les mortaises pour les languettes de la tablette.

J’ai pris la décision de débuter par la fabrication du siège, car la ceinture du piètement devra s’y adapter parfaitement en raison de sa courbe. J’ai d’abord réalisé un gabarit (en MDF de 1/4’’,  voir photo 1a) des traverses avant et arrières du siège. Pour y parvenir, j’ai imprimé deux patrons identiques en papier (réalisés avec Illustrator) que j’ai collés (avec de la colle en aérosol) sur le MDF et sur une pièce de noyer de 1 ½" ’ d’épaisseur. J’ai découpé (à la scie à ruban) le contour du patron sur la pièce de MDF avec une grande précision en terminant par un sablage fin pour éliminer toutes marques de lame, car ce patron servira à guider le roulement à bille de la mèche à copier de la toupie. J’ai découpé la pièce de noyer en suivant la ligne du patron de papier, mais en laissant une marge de 1/16e, cette marge sera éliminée par la mèche à copier de la toupie (voir photo 2) qui du coup fera disparaître toutes les marques laissées par la scie à ruban.


Photo 1a
Photo 2



Photo 3
Les mortaises des traverses du siège sont réalisées en utilisant d’abord une mèche de ½" pour éliminer le gros du matériel (voir photo 3) et évidé avec un ciseau à mortaiser de 1/2". Les tenons des traverses latérales ont été découpés à la main avec une scie japonaise Dozuki et ajustés en épaisseur avec un guillaume. Finalement une rainure de ¼" de largeur et de 3/8 » est taillée à la toupie sur les traverses avant et arrière du siège (voir iphoto 3a), cette rainure recevra les tenons des lattes qui composeront le siège.

Photo 3a - Découpe de la rainure qui doit recevoir les lattes du siège. La toupie suit la courbe extérieure du montant du siège grâce au guide parallèle fixé à sa base. 


Les lattes du siège, au nombre de 11, ont 1 pouce de largeur et 3/4" d’épaisseur. Les lattes ont un angle de 5 o de chaque côté pour compenser la légère courbure du siège (elles ont donc un profil trapézoïdal). Elles comportent à chaque extrémité un tenon pleine largeur de 1/4 » d’épaisseur qui va s’insérer dans la rainure des traverses avant et arrière. La découpe des tenons se fait entièrement au banc de scie (voir photo 4). Entre chaque latte une petite pièce de bois de 3/16 » de largeur et de 3/8 » de profondeur est insérée pour maintenir l’espacement entre les lattes, un travail de précision! Le même genre de latte est utilisé pour la tablette (9 lattes avec un profil rectangulaire) du bas, mais cette fois des mortaises sont taillées à la mortaiseuse avec un espacement de 3/16 » entre chacune (voir photo 1). Après le collage du siège, les deux traverses latérales sont arrondies à la toupie avec une mèche demi-ronde.

Photo 4

Le piètement du banc est réalisé avec des pièces de 1 » d’épaisseur et de 1 ½ » de largeur. Il est réalisé en 2 étapes, d’abord en unissant la ceinture avant et arrière aux pattes grâce à des joints tenon-mortaise. Comme les pattes sont inclinées de 10 o par rapport au sol, il est donc nécessaire d’incliner mortaises et tenons du même angle (en inclinant le plateau de la perceuse à colonne). Pour le collage, deux petits blocs de bois inclinés d’un côté à 10 o et à angle droit de l’autre permettront de bien ajuster les serre-joints pendant la durée du collage (voir photo 5). Une fois les pattes collées à la pièce de la ceinture il est nécessaire de découper une courbe correspondant à celle du siège, car ce dernier vient s’appuyer sur cet assemblage (voir photo 6). Deux trous sont percés sous chacune des ceintures avant et arrière pour permettre de visser le siège au piètement. La 2e étape consistera à unir (par des joints tenon-mortaise), les pattes avant et arrière avec la ceinture latérale, ces 2 pièces devront être installées et collées au même moment que la tablette.
La tablette est également fixée aux pattes par quatre joints tenon-mortaise de 1/4 » de largeur et de 1/2 » de profondeur. La tablette est complètement assemblée et collée avant d’être fixée aux pattes. Le collage final permet d’assemblée les pattes avant et arrière, la tablette, les montants latéraux de la ceinture et finalement le siège qui est simplement vissé au piètement (voir photo 7).
Photo 5
Photo 6

Photo 7
La finition du banc est assez simple : après un sablage au papier 220 il a été traité à l’huile de lin pour mettre en valeur la belle couleur du noyer noir et deux couches de cire en pâte ont été appliquées et polies au chiffon. Plus bas, le banc de salle de bain complété et intégré à son décor.






lundi 16 décembre 2013







Table de salle à manger

 Il y a près de 35 ans, je réalisais ma première table de salle à manger. À cette époque, je vivais ma période « arts et traditions populaires », je m’intéressais aux belles maisons ancestrales et au mobilier de la Nouvelle-France. Ma production était à l’avenant, j’avais tendance à reproduire les meubles que l’on retrouvait dans « la bible » de l’époque : « Les meubles anciens du Canada français » de Jean Palardy
Reproduction d'une petite armoire rustique
du XVIIIe siècle...réalisée dans ma
période "arts et traditions populaires" !  
qui encore aujourd’hui demeure la référence de bien des conservateurs de musées et d’antiquaires québécois. Mais pour la table de la salle à manger, je n’avais rien trouvé de vraiment pratique dans ce répertoire de meubles anciens, j’ai alors décidé de m’inspirer d’un modèle campagnard assez répandu au Québec. Réalisée avec un minimum d’équipement, elle a tout de même bien résisté à l’épreuve du temps et aujourd’hui elle connaît une seconde vie chez mon fils. Sans délaisser complètement le meuble traditionnel disons que j’ai troqué mon côté « arts et traditions populaires » par un côté plus « zen et contemporain », il faut bien être de son temps! Il y a un an je me suis donc donné le défi de concevoir une nouvelle table de salle à manger aux lignes très contemporaines. 

Ma première table de salle à manger réalisée il y a plus de
35 ans avec un plateau de bouleau jaune de 1 1/2" d'épaisseur.
Mon principal défi dans ce projet était de concevoir une table qui pouvait s’agrandir à partir de l’une de ses extrémités, plutôt que par le centre et que l’on puisse dissimuler facilement, sous le plateau, la section pour allonger la table. Après une visite chez un réputé détaillant de mobiliers contemporains à Québec, j’ai vite compris que les manufacturiers qui proposaient ce type de table avaient développé leur propre quincaillerie qui le plus souvent s’articulait autour d’une structure métallique coulissante placée sous le plateau de bois. En plus du design de la table, je devais donc développer un mécanisme d’ouverture artisanale à partir de la quincaillerie disponible sur le marché. J’ai alors eu a l’idée de traiter la section coulissante comme un simple tiroir. Une structure


Modélisation 3D de la table extensible (dessin sketchup  et rendu photographique avec Kerkythea) dans ce plan le plateau est retiré pour faire voir la structure du mécanisme d'extension en érable et l'emplacement de la section qui permet d'allonger la table.
en érable placée sous le plateau sert de logement pour un cadre (également en érable) qui comme un tiroir glisse à l’intérieur de la structure, grâce à de simples coulisses de tiroir sur roulement à billes. La structure et le cadre en érable sont boulonnés après l’ensemble pattes/traverses à chaque extrémité de la table. Il faut préciser ici que les pattes sont reliées entre elles par une traverse et forment donc un portique qui est au même niveau que la surface du plateau. Les deux portiques assurent une grande stabilité à la table, l’assemblage des pattes à la pièce transversale est réalisé par des tenons traversants

Plan de la table de cuisine.  C'est en tirant sur le piètement d'un côté de la table que l'on peut libérer la section d'allonge dissimulée sous le tablier 


La section glisse d'un côté de la table grâce à deux coulisses de tiroir sur roulement à bille qui sont fixés à la structure en érable sous le plateau de la table.
qui en plus d’être très solides contribuent à l’esthétisme du meuble. Les coupes pour les tenons et les mortaises ont été réalisées avec une scie à ruban en utilisant le guide parallèle et 4 espaceurs en MDF de ¾ »’ d’épaisseur. Les espaceurs ont permis de réaliser les coupes à intervalles réguliers, sans le moindre risque d’écart d’une coupe à l’autre, ce qui est absolument nécessaire pour ce type de joints apparents. Une fois les coupes réalisées j’ai simplement évidé les mortaises avec un ciseau à mortaiser de ¾ »’.

Des joints à tenons traversants pour les pattes et les traverses ... à la fois solides et esthétiques.

La réalisation du plateau a demandé beaucoup d’attention, car je devais laminer plusieurs pièces de bois pour obtenir une surface de 41’’ x 96’’. Pour obtenir un plateau qui peut s’allonger avec une section amovible, il est nettement préférable de laminer les pièces en considérant la longueur totale du plateau une fois allongé et d’y découper par la suite la section qui deviendra amovible. On s’assure ainsi d’un mariage parfait du plateau et de la section amovible lorsque la table sera déployée à sa pleine longueur. Cette approche a soulevé un certain défi dans la préparation des planches qui forment le plateau, car dégauchir des planches de 96 « ’ sur ma dégauchisseuse qui n’avait que 46’’ longueur aurait pu donner de bien mauvais résultats. L’astuce que j’ai utilisée a été d’allonger la table d’alimentation et de sortie de la dégauchisseuse (jointer) et de la raboteuse d’épaisseur (planer) avec des tables d’allonge en contreplaqués permettant de supporter les planches sur toute leur longueur. J’ai utilisé un niveau de 48’’ pour m’assurer que les tables d’allonge étaient parfaitement au niveau avec les tables de la machinerie.

Voici le plan de l’installation pour dégauchir des planches de près de 100'' de longueurs. Il faut s’assurer que les 2 extensions en contreplaqué seront  parfaitement de niveau avec la table d’alimentation et la table de sortie de la dégauchisseuse.

 Finalement, pour faciliter le laminage des planches j’ai choisi de le faire par étape en collant d’abord trois sections de 12’’ de largeur qui correspondaient à celle de ma raboteuse d’épaisseur. Une fois bien collée, j’ai passé chacune de ces sections à la raboteuse pour m’assurer de leur parfaite égalité. Les trois sections de 12’’ furent finalement lamellées (avec des lamelles, ou biscuits, no 20) et collées entre elles et avec une planche de 5’’ pour atteindre la largeur totale de 41’’. Un ponçage à la sableuse rotative a finalement permis de faire disparaître toutes traces de colle et les petits écarts de niveau entre les sections.


Table de salle à manger contemporaine complétée - 

L'extension de la table est dissimulée sous le plateau. Sous les pattes (à gauche) il y a des patins en Téflon pour leur permette de mieux glisser sur le parquet  lorsque l'on tire pour dégager l'extension.


Le plateau et les pattes de la table ont été réalisés en cerisier tardif, un bois que j’aime bien en raison de sa coloration naturelle. Inutile de teindre ce bois, une couche d’huile de lin bouilli suffit pour faire ressortir sa belle teinte d’un brun rougeâtre qui foncera avec le temps sous l’action de la lumière. Une fois que la couche d’huile de lin fut complètement absorbée et que le bois fut sec au touché (48 heures après l’application), j’ai appliqué 4 couches de vernis au polyuréthane lustré afin d’accroître la résistance et l’imperméabilité de cette table à manger qui subira bien des outrages pendant sa vie utile! Pour assurer un fini uniforme, j’ai sablé entre chaque couche de vernis (papier fin 320), et j’ai poli la dernière couche avec des papiers extra-fins (papiers gris de grade 1000 et 2000, utilisés notamment pour polir la peinture des automobiles) en lubrifiant la surface avec un mélange d’huile et d’essence minérale (1 partie d’huile pour 3 parties d’essence) que je vaporisais avec un petit vaporisateur à eau. Cette façon de faire permet finalement d’obtenir un fini semi-lustre très doux sans marque de pinceau ou d’égratignure.

dimanche 1 décembre 2013



Après un long silence, j’amorce aujourd’hui un nouveau chapitre à l’intérieur de ce blogue. Comme je pratique l’ébénisterie depuis quelques années (je n’ose mettre le nombre d’années!) j’ai eu l’occasion d’expérimenter plusieurs techniques d’assemblage avec une grande variété d’essences de bois pour réaliser des projets très variés, du coffret à bijoux jusqu’au Kayak de mer! J’ai acquis la majorité de mes connaissances techniques par la lecture de livres et de sites web comme celui-ci. Je dois l’avouer, ce n’est pas la manière la plus simple d’apprendre l’ébénisterie, car rien n’égalera l’enseignement d’un maître qui est au sommet de son art. Encore faut-il en connaître un et surtout avoir du temps pour suivre son enseignement, ce qui n’était pas mon cas jusqu’à l’année dernière, car j’étais bibliothécaire à temps plein! Je l’admets d’emblée, la bibliothéconomie et l’ébénisterie ont peu de chose en commun, si ce n’est le meuble qui sert à ranger les livres. Il y a également très peu de bibliothécaires-ébénistes ou vice et versa, car le profil des deux professions n’est pas très apparenté... vous l’aurez facilement deviné! Pour ma part je dois sans doute mon profil hybride au fait que je viens d’une famille ou la curiosité intellectuelle et le travail manuel ont été revalorisés de la même manière. Comme la bibliothéconomie est une discipline qui embrasse toutes les connaissances de l’humanité, je n’ai pas tardé à bâtir des ponts entre ma carrière professionnelle et celle de mon autre vie! D’une lecture à l’autre et avec beaucoup d’essais et d’erreurs, je suis doucement passé du statut de bricoleur du dimanche à celui d’ébéniste!
Je conçois et dessine la majorité des meubles que je réalise dans mon atelier. La conception d’un meuble demande beaucoup de temps, il n’est pas rare que cette étape soit même plus longue que la réalisation du meuble en atelier. Selon ma propre appréciation, un meuble bien fait doit répondre à quatre critères :

1.  Il doit combler efficacement le besoin pour lequel il est destiné; 
2.  Il doit être solide et résister à l’utilisation normale à laquelle il est destiné;
3.  Il doit être bien proportionné et répondre à un style;
4.  Il doit être fini avec soin, incluant ses parties moins visibles.

Ces critères peuvent paraître évidents à première vue, mais si vous avez déjà magasiné sérieusement des meubles vous savez parfaitement ce que je veux dire, des meubles sans style, fragiles ou inconfortables il y en a plein les grandes surfaces!   Une fois que j’ai bien cerné l’utilité réelle d’un meuble, je débute toujours par une recherche de style. Si le meuble doit être intégré au décor d’une maison ancestrale ou à celui d’une maison contemporaine aux lignes épurées il faudra décider si le nouveau meuble devra se fondre au décor ambiant ou s’y intégrer par contraste, le mélange des styles est toujours possible, tout étant une question d’équilibre au final. Si je dois m’inspirer d’un style en particulier je vais orienter ma recherche vers des livres qui présentent ce style avec ses principales caractéristiques et qui donnent de nombreux exemples en photos. Avant de me lancer dans la conception d’un meuble de style, je dois d’abord bien assimiler ce qui caractérise le style auquel il est censé corresponde et le type d’assemblage que l’on doit utiliser pour bien respecter ce style. Il arrive rarement que je reproduise à l’identique un meuble d’époque, car pour moi le meuble n’est pas que meublant, il a d’abord une fonction, or il est rare qu’un meuble conçu à une autre époque puisse bien s’adapter aux besoins d’aujourd’hui. Une fois le style identifié, je dessine quelques esquisses au crayon pour camper la forme générale et les proportions du meuble. L’esquisse est la véritable étape de création, car elle permet de laisser libre court à son imagination sans être freiné par les calculs ou les aspects plus techniques d’un plan d’atelier. Comme plusieurs ébénistes j’utilise également le logiciel Sketchup (développé initialement par Google et distribué aujourd’hui par Trimble) à l’étape de l’esquisse, car contrairement à d’autres logiciels de CAO comme Autocad, Sketchup permet autant de réaliser une esquisse rapide qu’un dessin d’atelier aux dimensions précises. Sketchup est disponible en version française et gratuite à l’adresse suivante:


Après l’esquisse vient l’étape du dessin d’atelier qui permettra cette fois de déterminer les dimensions de chaque pièce du meuble et leur méthode d’assemblage. La précision du dessin est essentielle pour réduire au minimum les erreurs lors de la fabrication et pour estimer correctement les matériaux requis. L’étape de conception se termine par une liste complète des matériaux (incluant le débitage), très utile pour estimer le coût de fabrication et commander les matériaux.

Une armoire à épices


1. Armoire à épices contemporaine en érable et
 satiné rubané
Le projet que je vous présente aujourd’hui est une armoire à épices de style contemporain, mais inspiré par le style Shaker à la base. À leur apogée, au début du XIXe siècle, les communautés Shaker de Nouvelle-Angleterre étaient reconnues pour leur inventivité et leur mobilier aux lignes minimalistes sans ornementation, un mobilier d’abord conçu pour répondre à une fonction précise. Ce style préfigurait en quelque sorte la modernité, il a influencé de nombreux ébénistes jusqu’à aujourd’hui. Pour le projet actuel, j’ai donc retenu la sobriété des lignes et l’efficacité du meuble à répondre aux besoins exprimés. J’ai déjà réalisé, il y a plusieurs années, une armoire à épices dans le style victorien tout en acajou (voir photographie 2). À l’époque je m’étais donné le défi de réaliser un projet en étant le plus fidèle possible à un style classique. Cette fois je voulais simplement m’inspirer d’un style comme point de départ et me donner la liberté de créer quelque chose de nouveau.


2. Armoire à épices victorienne
En m’inspirant de petites armoires murales Shaker, j’ai conçu une armoire à épices permettant de contenir aussi bien des épices en vrac que celles contenues dans des petites bouteilles de verres cylindriques (diamètre = 1 ¾” hauteur = 3 ¾”). Contrairement aux ébénistes Shaker qui utilisaient surtout le cerisier tardif dans leurs projets, j’ai décidé pour ma part de combiner deux bois au contraste élevé soit l’érable à sucre qui est très pâle et le satiné rubané un bois d’exception qui est d’un beau rouge vif aux reflets chatoyants. L’objectif était d’utiliser l’érable pour le corps principal de l’armoire et d’utiliser le satiné rubané pour tous les éléments en façade.


Autant par solidité que par esthétisme, j’ai choisi d’assembler en queues d’aronde le corps de l’armoire ainsi que les quatre tiroirs pour le vrac. L’assemblage en queues d’aronde ajoute un niveau de complexité au projet, mais au final on obtient un assemblage très robuste et décoratif à la fois. En utilisant le satiné rubané en façade des 4 petits tiroirs et l’érable pour leurs côtés, l’assemblage en queues d’aronde traversantes donne un effet de dentelle qui fait alterner la couleur de l’érable et celle du satiné rubané.


La partie supérieure de l’armoire contient les épices conservées dans des bouteilles de verre. Le panneau qui donne accès à ce compartiment est en fait une coquille qui en recouvre une autre, ainsi une fois ouvert, on peut voir l’ensemble de la collection d’épices.


Assemblage en queues d'arondes....très solide et esthétique !



Les planchettes du fond sont embouvetées à mi-bois.
D'un seul coup d'oeil tout est visible  !