jeudi 15 août 2013

De la 401 à la 20...















Après avoir exploré la région de Niagara, nous avons mis le cap sur Toronto en nous « tapant » à nouveau le réseau autoroutier de la Ville Reine.  Bon, avant de me lancer sur la 401 je me répétais intérieurement que je n’avais pas à stresser, puisque j’avais déjà conduit une voiture sur le périphérique de Paris et que j’avais même contourné l’Arc de triomphe en pleine heure de pointe !  Dans ma tête, il ne pouvait pas y avoir pire sur la surface de la Terre comme épreuve de conduite!  Après réflexion, je me suis rappelé un court arrêt à Mexico où la circulation automobile pouvait être un brin plus cauchemardesque qu’à Paris, mais je n’ai pas pris le volant lors de ce voyage... C’est une impression seulement !   Mais cette fois je devais affronter la circulation avec un « train routier », petit sans doute, mais qui demeure un peu plus encombrant qu’une berline 4 portes ! J’avais déjà eu un aperçu de la densité de la circulation, lorsque nous approchions de Toronto par le nord via l’autoroute 400 pour emprunter par la suite l’autoroute à péage 407 en direction de Niagara.  D’abord à 2 voies, l’autoroute est devenue à 5 voies au niveau de Vaughan et le nombre d’entrées et de sorties se sont densifiées à un point tel que la pauvre Charlotte, la voix féminine de notre GPS,  a eu de la difficulté à suivre le rythme, elle en bégayait parfois !

Le pire finalement ce n’est pas tant la largeur des autoroutes ni le nombre des entrées-sorties, mais plutôt le comportement de trop nombreux camionneurs et automobilistes, qui comme au Québec ne respectent pas les règlements de la route à moins de faire face à une « menace réelle » comme un radar photographique ou une voiture de patrouille.  Je suis d’un naturel prudent et la roulotte  m’a imposé ses propres limites durant le voyage, elle  m’a obligé notamment à éviter les manœuvres trop brusques,  à surveiller un peu plus mes angles morts lors d’un changement de voie ou à prévoir une distance de freinage plus importante.  Mais sur la route, où la délinquance semble pour plusieurs une vertu ou l’expression de leur machisme (mon « char » va bien plus vite que le tien !),  mon comportement prudent n’a fait qu’exacerber cette perception, pour le moins discutable.  À plusieurs reprises des tracteurs avec leur remorque de 53 pieds (16 mètres) m’ont dépassé à une vitesse que j’estime supérieure à 130 km/h.  Un camionneur, sans doute irrité de suivre une « maudite-roulotte-qui-respecte-la-limite-de-vitesse » (je roulais très près du 100 km/h à ce moment) , nous a même dépassé en utilisant l’accotement à notre droite juste avant une entrée sur l’autoroute 401, une manœuvre hautement risquée qui a permis à ce conducteur irresponsable de gagner 3 misérables places dans la circulation, car peu après son dépassement un bouchon a ramené la vitesse de tous les véhicules à 10 km/h sur une bonne vingtaine de kilomètres. Je pourrais disserter longuement sur le comportement des automobilistes et des camionneurs qui me semble pire à l’est qu’à l’ouest du Canada...Mais bon, à quoi bon faire monter ma pression pour de parfaits imbéciles ! Un fait demeure, des villes comme Toronto, Montréal, Paris ou Mexico vous font prendre conscience que le parc automobile/camion  et le réseau autoroutier qui le supporte ont atteint un niveau  développement qui n’a plus rien de très raisonnable, bref qui défi le bon sens !  J’assume par ailleurs mes propres contradictions avec « mon auto » et « ma roulotte » (petit format toutefois), je pourrais bien sûr faire du vélo-tourisme et limiter mes déplacements et ainsi contribuer à réduire la pression sur le réseau autoroutier et mes émissions de GES...mais à l’orée de mes 60 ans, j’avoue manquer un peu de courage et d’énergie pour me lancer sur la Transcanadienne en risquant d’être écrabouillé par un automobiliste distrait par la lecture sur  son téléphone intelligent ! 
Notre périple sur la 401 a été ponctué d’un arrêt de 24 heures dans le quartier de Scarborough au parc de la Rivière Rouge, non loin du Zoo de Toronto.  Le seul camping du secteur, Glen Rouge, nous a accueillis pour deux nuits.  Nous avons rapidement su que nous n’étions plus à la campagne, car lors de notre inscription au camping qui n’a duré que 5 minutes (nous avions réservé notre site)  un voleur a profité d’une portière non verrouillée  de notre véhicule pour nous subtiliser notre GPS... à l’endroit où nous en avions le plus besoin ! ...Un après-midi de perdu pour retrouver le même modèle dans le Future Shop du coin ...bienvenue à Toronto !  Le lendemain, en bons citoyens écoresponsables nous avons décidé d’utiliser le « Go Train » pour nous rendre au centre-ville de Toronto, une ballade agréable d’une quarantaine de minutes entre la station Hill Rouge et la Gare Union près de la tour du CN.  Le Day Pass du Go Train nous a coûté un gros 11$ , pas cher pour oublier le stress de l’autoroute et de chercher des stationnements au centre-ville dont le coût est prohibitif !  Nous avons fait le même parcourt que de nombreux touristes en explorant à pied les rues autour de la Gare Union (en rénovation) et bien sûr en montant au sommet de la tour du CN,  dont  apercevions déjà la silhouette de l’autre côté du lac Ontario lorsque nous étions à Niagara-on-the-Lake .  Nous avons d’ailleurs dîné au restaurant de la tour, au menu un excellent poulet aux chanterelles avec en prime une vue sur le lac Ontario, la marina et l’aéroport Bishop.  En après-midi nous avons marché jusqu’au St-Lawrence Market  pour revenir souper à la marina juste en face de la tour du CN.  Une journée qui nous a vraiment fait oublier la précédente !


 
La station Rouge Hill du Go Train, à moins de 10  minutes de notre camping, Glen Rouge.



 Le merveilleux Go Train, à toutes les 30 minutes, le 2e étage est une "quite zone" aux heures de pointe...pas de bruit svp, cool ! 


Plutôt génial ce stationnement couvert pour les vélos avec caméras de surveillance !


Incontournable comme la tour Eiffel à Paris... un peu dispendieuse l'ascension au sommet, 32$ pour un adulte et un rabais de 15%  si vous achetez votre billet en ligne.



Le petit aéroport Billy Bishop vue de la tour du CN et la marina un peu plus bas.


Le coeur de Toronto, Bay street et  Young Street et les tours à bureaux où se brassent bien des affaires.


La cathédrale anglicane Saint-James... dans le même style que  l'église Saint-Matthew à Québec...mais à une toute autre échelle !!!...pas très loin du Ste-Lawrence Market, le marché Jean-Talon de Toronto.

La tour du CN entre les buildings de Bay Street.

L'art public est omniprésent à Toronto.

La marina de Toronto, un bel endroit pour un repas sur une terrasse en fin de journée...




...et voir les avions atterrir sur le petit aéroport Billy Bishop.  

Le lendemain nous avons repris la fameuse 401 en direction du Parc Presqu’Île à 126 km à l’est de Toronto. À partir de Scarborough, la 401 devient un peu plus « civilisée »  le nombre de voies devenant progressivement à deux dans chaque direction et la circulation étant plus fluide au fur et à mesure que l’on quitte la grande banlieue de Toronto.  Le parc de Presqu’Île est aux  portes de la région Prince Edward,  une région agricole et viticole où l’on retrouve également le Parc provincial de Sandbank qui comme son nom l’indique est réputé pour ses dunes et ses plages de sable.  Le camping de Sandbank est très achalandé, au point où je n’ai jamais été en mesure d’y réserver un site même 6 mois avant notre passage. C’est donc au camping de Presqu’Île que nous avions établi notre « camp de base »  pour explorer la région Prince Edward et son chef-lieu,  Picton à 60km.  La région se démarque notamment par les efforts des agriculteurs pour mettre en valeur les produits locaux. Les kiosques de fruits et légumes abondent un peu partout sur les routes secondaires de la région qui forme une grande presqu’île au bord du lac Ontario.  La rue principale de Picton est très animée, on y retrouve une bonne variété de petits commerces et de restos, mais rien de comparable à la « Main » de Niagara-on-the-Lake. Une bonne amie m’avait recommandé un petit resto à Picton dont la spécialité est le fish and ship :  le Schooners' Fish & Chips (un schooner est un type de goélette de commerce qui naviguait sur les Grands Lacs jusqu’au début du XXe siècle) .  Effectivement plusieurs commerçants de Picton m’ont confirmé la réputation de ce petit resto situé en face de l’épicerie Metro du coin ...Mais comme j’avais déjà « fait le plein »  de Fish and Chips dans un autre resto à Canmore (le Georgetown) , nous avons plutôt essayé le  «Painted Peppercorn » , situé au 9 Elizabeth street. Une agréable surprise nous y attendait, car tout était excellent et fait maison comme l’annonçait l’affiche du resto « creative home cooking » ,  même la bière locale rousse (dont j’ai malheureusement oublié le nom)  en apéritif  était pleine de saveur.  Si  l’extérieur du resto n’annonçait rien de formidable a priori, de l’intérieur nous avons eu accès à une petite terrasse à l’ombre et loin des clameurs de la rue...Vraiment ce resto valait le détour.




Notre site au camping du parc provincial de Presqu'Île... beaucoup d'espace, de beaux  arbres et à quelques pas des berges du Lac Ontario. Camping presque parfait, mais sans buanderie...d'où la corde à linges à gauche !

A la brunante sur le Lac Ontario...en face de notre site.


La "Main" à Picton.

La charmante bibliothèque publique "old style" de Picton.

La plage de Sandbank... qui n'a rien à envier à celles de la Nouvelle-Angleterre et à l'eau douce en plus ! 

De retour sur les plages de Presqu’Île en fin d’après-midi, une moins bonne surprise nous attendait.  Profitant du soleil et du vent qui soufflait de manière constante à plus de 20 km/h nous avons décidé de sortir le « cerf-volant acrobatique » que nous avions acheté il y a trois ans aux Îles de la Madeleine, question de ne pas perdre le tour de main que nous avions déjà acquis sur l’archipel.  La plage de Presqu’Île fait quelques kilomètres de longueur et un bon 100 mètres de largeur, les baigneurs étant concentrés sur le premier 10 mètres près de l’eau, ce qui laisse un bon 90 mètres de libres pour faire voler un cerf-volant en toute quiétude. Cet après-midi-là,  nous étions trois à faire voler nos cerfs-volants dans le ciel de Presqu’Île, chacun étant espacé d’un bon 200 mètres.  Nous avons eu beaucoup de plaisir  pendant  une bonne heure, la force du vent permettant de faire virevolter notre cerf-volant dans tous les sens sans perdre de vélocité ... génial !!!  Jusqu’au moment où, du coin de l’œil,  j’aperçois une constable du parc s’approcher de nous d’un air déterminé avec sa veste pare-balle et son ceinturon de patrouilleur truffé d’équipements de répression. Sur le coup j’imagine qu’elle souhaite simplement nous saluer et nous remercier de mettre de si belles couleurs dans le ciel, car notre cerf-volant est vraiment beau avec sa longue queue multicolore. Malheureusement, son discours était tout autre et presque surréaliste ; « Sir, it is forbidden to fly a kite on this beach, a sign at the entrance indicates it clearly. You could strike and hurt somebody with your kite! »  


    Attention !!! cette chose est une arme redoutable pouvant menacer la vie des baigneurs... notre cerf-volant photographié ici aux Iles de la Madeleine.

Après les requins,  voici maintenant le cerf-volant tueur pouvant menacer l’intégrité physique des pauvres baigneurs innocents. Surpris et surtout incrédule face à ce règlement farfelu j’ai eu une réaction de soumission, manquant malheureusement de mots en anglais pour ironiser sur l’absurdité du règlement ... Sorry Officer , we stop immediately !   Je remballe le cerf-volant dans sa gaine,  penaud comme un jeune enfant que l’on vient de gronder et qui retourne dans sa chambre ! Pendant ce temps la « charmante constable » se dirigea avec son armement vers les deux familles inconscientes  qui comme nous menaçaient la vie des baigneurs avec leur terrible cerf-volant tueur...  Pour soulager notre peine, nous décidons alors de marcher le long de la plage au milieu des baigneurs, le cerf-volant bien rangé et en ruminant des insanités contre ce foutu règlement stupide et la constable qui le fait appliquer sans aucun discernement.  Jusqu’au moment ou nous apercevons trois gaillards qui jouaient au baseball au beau milieu des baigneurs, non pas avec une balle de caoutchouc et un bâton en plastique, mais avec une authentique balle de baseball avec ses coutures rouges bien apparentes et un bâton d’aluminium ... Où est la constable alors ?  Elle revient du bout de la plage avec la fierté du devoir accompli, sa journée est bien remplie, car elle a sécurisé « sa plage » ! Nous la surveillons du coin de l’oeil, car elle doit passer en face de nos trois gaillards.... Rien ! Elle ne dit strictement rien,  affichant même un sourire complaisant en passant à la hauteur des trois gars, car les jeux de balles sont sans doute permis sur cette maudite plage (une autre affiche que nous avons loupée à l’entrée !) , tout le monde sait qu’en frappant sur une balle de baseball un gaillard de plus de 90 kilos n’a aucun risque de propulser la balle sur un baigneur innocent  suite à un mauvais frappé, alors qu’un cerf-volant acrobatique relié par deux cordes à son pilote peut à tout moment devenir hors de contrôle et percuter la tête d’un passant et lui fracasser le crâne ....Non, mais, j’hallucine  !!! Cette fausse note demeure cependant l’une des rares que nous pouvons reprocher à l’organisation des parcs de l’Ontario et cela  après avoir visité 4 des parcs de la province : Chutes, Pancake Bay, Killbear et Presqu’Île. Le système de réservation en ligne est simple d’utilisation  et les infrastructures sont impeccables.  Pancake Bay, au bord du lac Supérieur, demeure cependant notre coup de cœur, pour la beauté sauvage de sa plage et la qualité des sites.


Après trois nuits à Presqu’Île, il est maintenant  temps pour nous de mettre fin à notre périple de 63 jours et de regagner le Québec. La 401 devient l’autoroute 20 et après un arrêt d’une nuit chez mon frère à l’île Perreault , un dernier segment de route de  280 km nous amène enfin chez nous à Québec,  la tête pleine de beaux souvenirs et de moments uniques.

jeudi 8 août 2013

Ma chute est plus haute que les tiennes !

Depuis ma tendre enfance, mes parents, mes éducateurs et mes amis m'ont répété tout au long de ma vie que la Chute Montmorency était plus haute et tout aussi spectaculaire que les chutes du Niagara. Objectivement pour la hauteur ils avaient tous raison, car la Chute Montmorency fait 83 mètres de hauteur alors que les chutes du Niagara ne font que 57 mètres.  Maintenant que j'ai vu de mes propres yeux les chutes du Niagara, je dois avouer que ma perception du côté spectaculaire de la Montmorency vient de "chuter" un tantinet ! Au départ,  je dois faire totalement  abstraction de tout ce qui entoure les chutes du Niagara, car la ville de Niagara Falls au complet est d'une laideur sans nom selon mes propres critères d'esthétisme. Comme me l'a déjà dit ma fille : "Niagara Falls c'est Hollywood ! tu adores ou tu détestes"...pour ma part, je déteste !   Du "bling-bling" du début à la fin: casino, parc d'attractions, restaurants à l'ambiance de carnaval, boutiques de souvenirs, vendeurs de bébelles sur les trottoirs, parcs de stationnement à perte de vue ... bref tout ce qu'il faut faire pour gâcher un site que la nature a mis quelques dizaine de milliers d'années à façonner !  La chute en elle-même et la rivière Niagara sont pourtant  de véritables effets spéciaux de la nature qui n'avaient pas besoin d'un tel écrin d'artifices pour éblouir davantage. Mais comment empêcher les vendeurs du temple de parasiter un site qui dès sa découverte par les premiers Européens (des Français : Champlain (et son équipe), René Robert Cavelier, Sieur de la Salle et le moine Belge Louis Hennepin qui en fit une description détaillée en 1678) suscita une curiosité planétaire...C'est malheureusement le triste sort de plusieurs autres sites naturels sur la planète !


    La chute "canadienne" dite du "fer à cheval".

    Les chutes américaines.


Vous aurez beau visionner un film IMAX 3D sur les chutes du Niagagra, la meilleure impression c'est sur place que vous l'aurez. Aucun panoramique ne sera assez large pour saisir l'étendue de ce déversoir qui fut créée il y a 50 000 ans lors de la fonte du glacier Wisconsin (voir l’article sur Wikipédia pour plus de détails sur la géologie  des chutes: http://fr.wikipedia.org/wiki/Chutes_du_Niagara) .  En fait, c'est toute la section en amont et en aval de la chute que personnellement j'ai trouvé aussi spectaculaire que les trois chutes les deux Américaines (le voile de la mariée et les “chutes américaines”) et la Canadienne dites du “fer à cheval”  (depuis quand une chute a une nationalité ? voir mon topo précédent sur la propriété des Rocheuses). Selon moi, le meilleur moyen pour découvrir la Niagara et ses chutes c'est en vélo,  en empruntant la piste cyclable (Niagara River Recreational) qui borde la rivière depuis Niagara-on-the-lake jusqu'à  Fort Erie, pour un total de 56 km. La section la plus intéressante se situe entre le Fort George et  Chippawa Parkway, cette section fait un peu plus de 20 km... mais comme c'est une piste linéaire, il faut donc revenir à son point de départ ce qui fait une randonnée de 40km au total, mais avec en prime la possibilité de visiter plusieurs viticulteurs, car la piste qui longe la rivière d'un côté longe également la route des vins de l'autre côté...Mais attention de ne pas abuser des dégustations, car la piste cyclable est parfois très achalandée et demande toute votre attention.  La piste est asphaltée sur toute sa longueur et ne comporte qu'une montée importante dans la section qui précède la fameuse  "clock flower" qui comme son nom l'indique est une horloge géante dont le cadran est recouvert de plantes ornementales. On peut obtenir le plan, en format pdf,  de l'ensemble des pistes cyclables de la région du Niagara à l'adresse suivante:  http://bonjourniagara.com/documents/routes_velo_FRs.pdf. Il y a plusieurs stationnements gratuits tout au long du parcours ce qui permet de choisir le segment de piste qui vous intéresse le plus.


    La rivière Niagara juste au-dessus du gouffre.

La balade en vélo permet également de découvrir le Jardin botanique de Niagara et le "Butterfly conservartory" une serre géante au climat tropical qui permet d'observer plusieurs espèces de papillons.  Un peu plus loin, toujours en direction des chutes, le parcours de la rivière Niagara change de direction abruptement, un virage à 90 degrés   avec une pente où l'eau s'engouffre avec puissance et donne naissance à des rapides et des tourbillons géants (Niagara Whirlpool).  Encore une fois les “vendeurs du temple” sont là pour tirer avantage du site en vous proposant des tours en “jet boat” dans les rapides ou un tour en téléphérique au-dessus du gouffre...Mais la ballade en vélo est de loin plus relaxante pour découvrir ce très beau site naturel !

    Niagara-on-the-lake sur "Main street".
    La "clock flower" un bon repère près de la piste cyclable. 
    Les "jet boats" qui affrontent les tourbillons de la rivière.... une pollution inutile !!!
    Les tourbillons de la rivière Niagara et le téléphérique qui le surplombe...aussi inutile!
    Le jardin botanique de Niagara associé à l'école d'horticulture.


Pour revenir sur la hauteur des chutes ce ne sont ni les chutes du Niagara ou celle de Montmorency qui sont les plus hautes au Canada. Les plus hautes,  les chutes Della (440 mètres) sont situées sur l’Île de Vancouver et la deuxième en hauteur,  que nous avons également visitée lors de notre périple dans l’ouest,  sont situées en Colombie-Britannique dans le parc National Yoho (près de la frontière de l’Alberta). Takakkaw signifie “c’est merveilleux” en langage Cri.  Les chutes Takakkaw s’élèvent à 384 mètres et n’ont surtout rien à envier aux chutes de l’Est du pays, car en plus d’être spectaculaires elles ont conservé leur côté sauvage, sans pop corn et sans éclairage artificiel !


Les chutes Takakkaw dans le parc Yoho en Colombie-Britannique.

Takakkaw, signifie "c'est merveilleux" en langue Cri...384 mètres de hauteur
    C'est l'eau de fonte du Glacier Daly qui alimente les chutes Takakkaw.


lundi 22 juillet 2013

À qui les Rocheuses ?

A qui appartiennent les Rocheuses ? Au Canada diront certains ou aux États-Unis diront d'autres puisque cette chaîne ignore totalement la division artificielle du 49e parallèle ! Les peuples amérindiens de l'ouest peuvent sûrement en revendiquer la propriété en s'appuyant sur leur présence ancestrale du territoire, mais les visages pâles ont de la difficulté à reconnaître la propriété de ce qui n'est pas balisé par un certificat d'arpentage et comme ils ont inventé l'arpentage, c'est de la triche !  Les Français pourraient également se mêler de la question, puisque c'est eux avant l'expédition de John Pallisser entre 1857 et 1860 qui avaient exploré le territoire , La Vérendrye étant même le premier découvreur des Rocheuses, mais comme la France a vendu les titres de propriété de sa Nouvelle France, elle n'a plus droit au chapitre !

    Takakkaw Falls à la frontière de l'Alberta et de la Colombie-Britannique..Takakkaw signifie:
    "c'est merveilleux" en langage Cri. 

   La plus haute des "Three Sisters" éclairée par le soleil de fin de journée.i

   Arc-en-ciel au-dessus du Mont Grotto à Canmore.

Pour trancher la question, j'ai donc décidé de revendiquer au nom des habitants de la terre la "propriété collective" des Rocheuses et du même souffle je revendique également la propriété planétaire de tous les Parcs dits "nationaux"  et autres "merveilles naturelles" de la terre...rien de moins (ce qui exclus les pyramides d'Egypte ainsi que le vieux Québec qui sont les constructions d'une civilisation et non de "Mère Nature" directement)  ! En fait, ma démarche s'apparente à la vision des premières nations qui ne pouvaient concevoir que "la terre" puisse appartenir à quelqu'un ou à une quelconque entité juridique. Ce n'est donc pas vraiment le titre de propriété que je revendique au nom des terriens, mais plutôt le droit de "fréquenter" les Rocheuses (ou le Grand Canyon ou les Andes) comme si elles faisaient partie de mon héritage d'être humain et non pas comme si elles étaient associés à l'identité nationale des canadiennes et des canadiens.  Certains me diront que les Parcs des  Rocheuses du Canada  font déjà partie de la liste du patrimoine mondiale de l'UNESCO...Mais cette liste se limite aux Rocheuses à l'intérieur des parcs, et elle n'est qu'une liste et non pas un geste de revendication planétaire !  J'admets que le débat risque d'être long et qu'au passage je risque même de me faire bien des ennemies dans tous les pays où il y a des parcs nationaux ! En attendant, je vais continuer d'admirer les Rocheuses à ma manière, c'est-à-dire sans drapeau à la main, uniquement avec mes yeux de terrien émerveillé par tant de beauté et de magnifisance. Les montagnes comme les océans ont ce pouvoir particulier de vous ramener à la bonne échelle, de vous donner la perspective nécessaire pour entrevoir la globalité du monde  sans avoir à se payer un billet aller-retour pour l'espace. 

    La Bow River près du "surprise corner", non loin Banff Center.
   La "Three Sisters" du centre, effleurée par la lumière du soleil, en fin de journée.


Comme à chacune de mes visites dans les Rocheuses, j'éprouve toujours un sentiment de vide au retour, je cherche désespérément les montagnes à l'horizon !  Et cette année  c'est encore plus vrai,  car nous revenons en voiture. Depuis quelques heures nous sommes à Medecine Hat non loin de la frontière Est de l'Alberta.  Canmore étant au début des Rocheuses, la majorité de notre trajet de 430 kilomètres a donc été effectué dans la plaine...et qu'elle  plaine ! Il n'y a que la densité de l'atmosphère et la rontondité de la terre pour limiter votre horizon ! Jusqu'à la frontière du Manitoba et de l'Ontario,  le sol sera désespérément plat, pas une ride pas un plissement de la croûte terrestre...Je devrai donc conserver les montagnes en mémoire et encapsulés à l'intérieur des cartes memoires de mon appareil photographique..dont vous avez quelques échantillons dans le présent blogue.

PS... Veuillez prendre note que le blogue "la Varlope" fera relâche jusqu'au 8 août...le temps de prendre des vacances et de vous concocter de nouveaux carnets de voyage sur le parc Killbear dans la Baie Georgienne, Niagara-on-the-Lake, Toronto... et plus encore !

vendredi 19 juillet 2013

Le mont Tunnel sans tunnel


Difficile de la manquer cette montagne qui domine Banff et qui se nomme Tunnel.  C'est  presque un paradoxe à bien y penser, car un tunnel est généralement souterrain, drôle de nom pour une montagne qui sans être une géante s'élève malgré tout à 1692 mètres du sol !  Vous devinez sans doute qu'il y a une bonne explication à ce nom plutôt inusité pour une montagne.  Les Nakodas qui avaient exploré le territoire bien avant les anglais avaient nommé cette montagne  "le bison qui dort" en raison de sa forme arrondie qui vue du nord-est a la forme d'un bison couché. En 1858 un certain James Hector nomma cette montagne la colline (the Hill) pour souligner le contraste de hauteur avec les sommets environnants , dont le mont Rundle qui culmine à 2948 mètres. L'idée saugrenue de baptiser cette montagne Tunnel, vint en 1882, lorsque le Canadien Pacifique envisagea sérieusement de percer la montagne pour y faire passer le chemin de fer. Mais après réflexion, le pragmatisme anglais l'emporta et un nouveau tracé permit au Canadien Pacifique d'épargner temps et argent tout en diminuant la distance à parcourir. Mort dans les cartons des ingénieurs, le tunnel qui avait été l'objet de tant de supputations était  irrémédiablement associé à la montagne, l'usage confirma donc la dénomination !

    Le Mont Tunnel (pointeur rouge) a l'allure d'une colline comparativement à son voisin le
     Mont Rundle (pointeur vert) qui culmine à 2 948 mètres de hauteur.

    Le Banff Spring Hotel et une portion de la  Bow River à gauche.

    La ville de Banff au pied du Mont Tunnel.

Tunnel ou pas cette montagne demeure la plus escaladée de la région, car elle est très accessible et située à un point stratégique qui donne un point de vue magnifique sur Banff et la vallée de la Bow River. Le sentier d'accès monte graduellement si bien que de jeunes enfants ou des aînés (non...je ne fais pas encore partie de cette catégorie !) peuvent se permettre l'escalade sans trop de difficultés. C'est une belle manière de s'initier à la marche en montagne. Au sommet, une plaquette d'interprétation nous informe qu'une résidente de Banff a atteint le sommet de Tunnel plus de 8000 fois dans sa vie dont plusieurs fois deux fois par jour. Le trajet a beau être facile pour la région, je reconnais que la dame a un certain mérite car les conditions d'ascensions ne sont pas toujours idéales dans ce pays des extrêmes !

    Le mont Rundle à droite et le golf du Banff Spring Hotel et la rivière Bow.
   La vallée de la rivière Bow dans toute sa splendeur.
   Petites fleurs jaunes dans le sentier ...Désolez,, il me manque un guide des plantes de 
   montagne...si un de mes lecteurs connaît cette fleur, n'hésitez pas à me laisser un 
   commentaire.

Pour les photographes Tunnel demeure un bon "spot" , surtout lorsque le temps est clair et la visibilité à son meilleur, c'était le cas lorsque nous avons fait l'ascension avec un mercure à 22° et un taux d'humidité à moins de 45%. Pour l'occasion, j'avais installé un zoom 17-55 MM. f 2.8  avec un filtre polarisant sur mon Canon T2-i, l'optique idéal pour le paysage et réaliser quelques panoramiques.  Nous avons fait l'ascension en un peu moins de 60 minutes avec plusieurs pauses pour admirer le paysage et réaliser  quelques clichés....et boire un peu d'eau!  C'est vraiment au sommet toutefois que l'on a le meilleur point de vue autant du côté de la ville de Banff que du côté de la rivière Bow.     Comme sur tous les sommets, la magie s'installe, tous les gens que nous croisons contemplent le paysage en silence comme si nous étions dans un lieu sacré. Je fais d'autres clichés en prenant le temps de respirer l'air de la montagne. Après quelques minutes de contemplation nous reprenons le sentier en sens inverse, bien heureux de cette randonnée! 

Visite d'une coquille vide


Lorsque j'entends parler de sources thermales mon imaginaire s'active et je vois de l'eau chaude jaillir de la roche, des bassins naturels dans lesquels je peux me laisser tremper pour guérir mes vieilles blessures, des curistes qui se baladent en peignoir blanc près d'une piscine alimenter par une source thermale et surtout une ambiance reposante propice à la santé du corps et de l'âme.  Je savais depuis quelques années que le Parc de Banff devait son origine à la source thermale (le site connu sous le nom "Cave and Basin") que l'on retrouve pas très loin de Banff avenue et du célèbre Banff Spring Hotel.  Connue depuis très longtemps des Assiniboines, cette source a été redécouverte par un groupe de trois cheminots lors du développement du chemin de fer dans l'Ouest.  À l'époque cette découverte avait fait le tour du monde et motivé le gouvernement canadien à créer son tout premier parc national (la réserve créée en 1885 deviendra un parc national deux ans plus tard) pour préserver cette ressource et y développer le tourisme avec l'aide du Canadien Pacifique. Bien sûr, la région avait bien d'autres attraits pour attirer le tourisme, c'est d'ailleurs les hauts sommets enneigés et la beauté unique des lacs et des rivières qui deviendront le véritable moteur du tourisme à long terme !  

    Le site de Cave and Basin en 1893...admirez les maillots des curistes !
    La belle piscine en 1914 avec ses deux glissades...remplacée aujourd'hui par une cour
    de pavés imbriqués !

Mais revenons aux sources thermales et au site de "Cave and Basin" à l'intérieur du Parc National de Banff. En fait, ce site n'a plus rien à voir avec celui qui avait  connu son apogée dans les années 30...Ok ! c'est toujours le même lieu géographique mais ne cherchez plus les curistes en peignoir blanc et n'essayez même pas de guérir l'arthrite de votre petit orteil en faisant trempette dans les deux minuscules bassins qui existent encore, car des affiches et des caméras de surveillance vous rappellent à chaque instant que vous risquez ainsi de tuer le pauvre "physe des fontaines" une espèce d'escargot très rare et en voie de disparition...Pendant notre visite, j'avais même la vague impression que le pauvre escargot était déjà disparu, car en dehors d'une vague mousse grise peu ragoutante qui flottait à la surface du bassin extérieur, pas la moindre coquille pleine ou vide à l'horizon!  C'est pourtant le seul être vivant à être encore autorisé à faire trempette dans l'eau chaude....et quelques bactéries sans doute, car c'est une contamination bactérienne qui força les autorités du parc à interdire l'accès des bassins aux humains à partir de 1971... Depuis cette année maudite, le site "Cave and Basin" n'est plus que l'ombre de lui-même, au mieux un artéfact d'une époque révolue où même au cœur de l'hiver on pouvait faire trempette dans la belle piscine extérieure entourée d'un mur d'enceinte en pierre du pays. Même la belle piscine n'existe plus, le mur d'enceinte est toujours là mais dorénavant  il ne protège qu'une cour vide recouverte de pavés  imbriqués...c'est d'une tristesse sans nom! 

   Comme une pierre tombale... en souvenir d'un site qui a perdu son âme !

    Le pavillon principal qui donne accès à la caverne (cave) de la source thermale qui a été 
    découverte par  3 cheminots dans la deuxième moitié du XIXe siècle...avec l'Union Jack
    en façade, comme en 1885.

    La caverne et son bassin d'eau 

   Le bassin extérieur où se cache (très bien !) le "physe des fontaines"
    Une cour de pavés imbriqués à la place de la belle piscine, il ne manque que les voitures
    pour lui donner l'allure d'un stationnement.
   Le mur d'enceinte vu de l'extérieur...l'ouvrage date de 1911.

    L'une des deux tourelles que l'on retrouve en façade du bâtiment principal.

La visite est donc un peu décevante pour les nostalgiques dans mon genre qui s'attendent à revivre le romantisme de la belle époque. J'ai vraiment l'impression d'avoir visité un columbarium ! Ce ne sont pas les gentils guides ou les plaquettes d'interprétation dans les deux langues officielles du Canada qui vont me consoler et encore moins l'Union Jack qui flottent fièrement à l'entrée du bâtiment historique ...Oups ! c'est vrai, à la belle époque c'était bien l'Union Jack qui flottait sur ce bâtiment, comme la reine qui trône toujours sur le "loonie" !  Difficile de se débarrasser des vieux symboles de notre passé colonial.