mercredi 26 février 2014

Essayer de tout comprendre dans un tout-compris! Chronique cubaine



J’étais à la veille de mon départ pour la « grande île », à la radio de la société d’État j’entends Denise Bombardier dire qu’il est toujours regrettable de « bronzer idiot » et qu’elle ne manque jamais une occasion d’enrichir un séjour au soleil par une activité culturelle de bon niveau. Il n’en fallait pas moins pour « cultiver » mon sentiment de culpabilité! En effet je venais d’acheter un forfait « tout-compris » dans un complexe hôtelier de Cayo Santa-Maria à quelques centaines de kilomètres de la Havane et à 90 minutes de la première ville d’importance, Santa Clara. Les stations balnéaires cubaines ne sont pas les meilleurs endroits au monde pour s’imprégner de culture « bon chic bon genre », car à part les cours de salsa et de merengue elles ont peu à offrir!

Salsa et megengue à chaque soir...oubliez les musées et les bibliothèques !

 
Mais un bibliothécaire retraité a plus d’un tour dans son sac, il sait très bien que la culture peut devenir portable. Car à défaut d’un « buffet culturel » disponible sur place on peut très bien apporter son « lunch culturel » sous forme de livres et de revues! Et avec une liseuse sous la main, le lunch peut facilement devenir gargantuesque sans danger de faire sauter la limite de 20kg de bagages imposer par les compagnies aériennes afin de mieux nous empiler dans leurs cigares volants. La crainte de bronzer idiot a bientôt fait place à l’angoisse du choix : quelle nourriture intellectuelle apporter sur ce cayo perdu au beau milieu d’une mer turquoise? Pas question ici de verser dans la facilité et de troquer le bronzage idiot pour la lecture idiote... Je jette d’abord mon dévolu sur la biographie de Denis Diderot (Diderot, ou le bonheur de penser, Fayard 2012) signé par Jacques Attali, du coup lire sur un acteur important du Siècle des lumières, sous le soleil, fait beaucoup de sens et avec un biographe aussi éclairé que Jacques Attali je risque à coup sûr l’insolation cérébrale! Mais pourquoi Diderot plutôt que Churchill ou Mandela? Diderot est d’abord un encyclopédiste et un esprit libre comme je les aime et pour un bibliothécaire il est comme un « saint patron », car il aimait apprendre et aider les autres à comprendre le monde dans lequel ils évoluaient. N’est-ce pas au fond la finalité du métier de bibliothécaire? Je reviendrai dans une autre chronique sur Diderot, il y a trop à dire et à penser sur ce monsieur, incluant sur sa vie sentimentale que je ne connaissais pas! 
Le levée du soleil sur Cayo Santa Maria... oublions la neige et le froid un moment !

Pour compléter mon « lunch culturel », j’ai également ajouté dans mon panier numérique quelques revues (2 numéros de sciences et vie et le dernier National Geographic) et le guide « Comprendre Cuba » de Hector Lemieux que j’ai eu le temps de lire dans l’avion avant de mettre les pieds sur l’île des frères Castro. Un peu déprimant de comprendre Cuba finalement, on se demande si sa contribution à l’économie cubaine n’ira pas enrichir les membres de la « nomenklatura » (lire les privilégiés du régime) plutôt que de profiter à l’ensemble du peuple cubain. En parcourant la distance entre l’aéroport de Santa Clara et Cayo Santa Maria je pouvais constater, une nouvelle fois, la pauvreté des gens. Mon dernier séjour dans la grande île remontait à 10 ans et c’est comme si le temps s’était arrêté dans l’intervalle. Difficile de rejoindre son tout-compris quatre étoiles sans avoir une petite pensée pour ceux dont le quotidien ne brille d’aucune étoile. J’ose espérer que les pourboires que je laisserai au personnel de l’hôtel serviront au moins à améliorer un peu la situation de certains d’entre eux et de leur famille. Malgré tout, les Cubains sont des gens souriants qui ont appris à composer avec les limites que leur impose la situation politique et économique de leur pays et bien sûr de ce ridicule embargo américain qui a prouvé son inefficacité à faire tomber le régime
.
Contraste saisissant avec le luxe des complexes hôtelier de Cayo Santa Maria , c'est  dans ce genre d'immeuble  que réside leur personnel !

Le complexe du "Melia las dunas" au milieu de la végétation tropicale 
Je ne parle pas beaucoup espagnol et encore moins l’espagnol de Cuba qui comme le français québécois a ses propres accents et donne un sens différent à plusieurs mots et expressions. C’est donc le plus souvent en anglais et parfois en français que j’arrive à communiquer brièvement avec les quelques Cubains que je côtoie. Il y a Carmen la femme de chambre et il y a aussi Vladimir le serveur, comme Vladimir... Poutine. En fait, les prénoms russes ne sont pas si rares à Cuba surtout pour les natifs de la période où le grand frère soviétique était bien présent sur la grande île, un autre reliquat d’un passé pas si lointain. Vladimir le serveur n’a pas plus de trente ans, il ne garde sans doute qu’un vague souvenir de cette période que ses parents, eux, ont apprécié au point de donner des prénoms russes à leurs enfants. L’Union Soviétique n’existe plus et les Russes se font maintenant beaucoup plus rares sur le territoire cubain, depuis les Vénézuéliens et les Chinois ont pris le relais. L’autocar qui conduit les touristes de l’aéroport à l’hôtel est chinois comme les petites voiturettes électriques qui arpentent le réseau de ruelles du  tout-compris. Surprise! même les bornes-fontaines du Cayo Santa-Maria  sont chinoises, les inscriptions en mandarin en trahissent l’origine! On risque donc de voir apparaître des enfants au prénom à consonance chinoise d’ici peu!

Les vieilles américaines côtoient maintenant les chinoises et les coréennes
Malgré son prénom, Vladimir ne savait pas qu’il y avait des jeux olympiques d’hiver à Sotchi, il faut préciser ici que la télévision nationale cubaine n’a pas retransmis les jeux. On peut cependant comprendre le manque d’intérêt pour des jeux d’hiver sur une île où il fait +30 o à l’année! On comprend également le manque de fluidité de l’information dans un pays où même l’accès à une simple ligne téléphonique standard est un exercice compliqué et contrôlé par le Comité de défense de la Révolution. Ici, Internet haute vitesse est une pure abstraction et ceux qui y ont accès ont l’assurance que les contenus qu’ils consultent ou qu’ils échangent sont soumis à une censure de l’État. Inutile de rechercher un signal WiFi sur le site de l’hôtel, le seul poste d’accès Internet du complexe est situé près de la réception et vous avez le temps de vous commander un café entre chacune de vos requêtes! Si le grand Diderot revenait à la vie, il serait sans doute étonné de constater que la censure dont il fut victime au XVIIIe siècle, demeure encore aujourd’hui l’arme privilégiée de ceux qui détiennent le pouvoir et qui finissent toujours par en abuser.

L'une des piscines du complexe... avant le réveil des bronzés et de ceux qui aspirent à le devenir !
C’est l’heure de l’aquagym dans la piscine du « Melia Las Dunas », pour un moment je reviens au bronzage idiot le temps de me déhancher dans l’eau au son de « gangman style », heureusement en dehors de ma conjointe je ne connais personne ici! Diderot m’attendra sagement sur la chaise longue le temps de compléter quelques figures pas très olympiques, mais oh combien bénéfique pour mon pauvre corps si blafard en comparaison de celui de notre instructeur cubain métissé aux abdominaux découpés au couteau... Ouf on va couper dans la « cerveza » et dans les desserts ce soir... demain sera un autre jour!


à suivre...

vendredi 17 janvier 2014

Séchoir à pâtes


Je dois l’avouer, j’ai un faible pour les pâtes et sous toutes leurs formes! Il y a trois ans, j’ai même fait l’acquisition d’une machine à pâtes, car les pâtes fraîches ont bien meilleur goût que les pâtes déshydratées du commerce. Très rapidement, j’ai compris qu’il était nécessaire de sécher légèrement les pâtes avant de les faire cuire, car elles absorbent ainsi un peu moins d’eau à la cuisson. Par ailleurs, lorsque l’on désire conserver les pâtes au frigo ou au congélateur il est nettement préférable de les faire sécher un peu plus longtemps. Il existe des manières très simples pour faire sécher des pâtes, comme les placer sur un cintre ou sur le dos d’une chaise recouvert d’un linge. Mais pour éviter de saupoudrer la cuisine de farine, il est préférable de faire sécher les pâtes à proximité de la machine à pâte. Il existe bien sûr des séchoirs du commerce en plastique, mais comme je suis un artisan du bois, vous devinerez que j’ai « plancher » très rapidement sur un modèle en bois. Ma première version était plutôt rudimentaire : un goujon de ½" (13 mm) de diamètre et de 18’’ (457 mm) de longueur fixé entre deux pièces de bois de 12’’(305 mm) de hauteur vissées à une base de contreplaqué, temps de fabrication : 20 minutes! Ce séchoir fonctionnait bien sûr, mais il était encombrant, peu esthétique et on devait le démonter pour le ranger dans une armoire. J’ai donc décidé de m’inspirer de certains modèles du commerce pour concevoir un séchoir en bois qui occuperait peu d’espace sur le comptoir de cuisine et qui serait même suffisamment esthétique pour ne pas le ranger dans une armoire après utilisation.

Très rapidement, j’ai retenu le principe d’un séchoir avec une tige centrale sur laquelle se déploient des bras pour suspendre les pâtes. Avec 8 bras de 5’’ (127 mm) chacun, on dispose donc de 40’’ linéaires (1016 mm) pour suspendre les pâtes, ce qui est nettement mieux que le maigre 18’’ (457 mm) d’un cintre ou d’un dossier de chaise. Ce principe me permettait également de réaliser toutes les pièces du séchoir sur un tour à bois. J’ai modélisé le séchoir sur Sketchup (version 8), c’est le logiciel idéal pour obtenir un bon rendu 3D sur des pièces tournées. Deux outils de Sketchup sont particulièrement utiles pour modéliser des objets cylindriques, le « pousser-tirer » qui par extrusion d’un cercle donne un cylindre et le « suivez-moi » qui permet d’extruder une forme, même complexe, autour d’un objet comme une moulure en quart de rond. Les dessins 3D qui illustrent cet article ont tous été créés avec Sketchup.

Figure 1.  Tige 
Au total le séchoir à pâtes mesure 15 1/2" (394 mm) de hauteur ce qui normalement permet de le ranger sous le dégagement compris entre le comptoir et les armoires de cuisine. Le séchoir est composé de 7 pièces, toutes machinées sur le tour à bois. La base et la tige centrale sont tournées ensemble. La base de 4 1/2" (114 mm) de diamètre est d’abord découpée dans une pièce d’un pouce d’épaisseur alors que la tige centrale est constituée d’une pièce 1 1/4" (32 mm) carré et de 14 1/2" (368 mm) de long, pour faciliter le tournage de cette pièce j’ai coupé ses 4 coins à 45° sur la scie à ruban (ce qui donne un prisme octogonal, plus près du cylindre qu’un prisme carré!).   Avant de coller la base et la tige ensemble j’ai percé les deux pièces en leur centre pour les relier par un goujon rainuré de 1/4" (6mm) de diamètre. Comme le séchoir est réalisé dans un bois semi-dur (le cerisier tardif) j’ai utilisé une colle uréthane pour assurer une prise maximale, car le tournage exerce des forces importantes sur les pièces. Pour les habitués du tour à bois le tournage de la base et de la tige s’exécute sans trop de difficulté, on débute par la mise en cylindre des pièces pour bien les balancer, ensuite on exécute des coupes de profondeur avec un ciseau grain d’orge, ces coupes doivent correspondre aux différents diamètres de la base et de la tige. Sur la tige j’ai effectué des coupes à tous les pouces en vérifiant régulièrement le diamètre avec un compas d’épaisseur, une fois cette étape complétée je n’avais qu’à retirer avec une gouge et un ciseau à épauler oblique le matériel entre les coupes. Cette méthode est un peu longue, mais elle garantie un diamètre constant sur l’ensemble de la pièce, et cela est particulièrement important pour la portion de la tige qui servira d’axe pour les 4 bras de séchage, le diamètre doit être très légèrement inférieur à ½" afin de permettre au bras de bien pivoter autour de l’axe.

Figure 2. Bras


Chaque bras est tourné dans une pièce de 1" (25 mm) carré et de 13" (330 mm) de long. Le bras aura 12 1/2" (318 mm) au total, mais il faut laisser un segment de 1/4" (6 mm) à chaque extrémité pour couper l’emprunte laissée par les pointes et les broches d’entraînement des poupées fixes et mobiles du tour. Le tournage des bras demande un peu plus d’attention, car il faut conserver la partie centrale carrée et arrondir les deux extrémités (voir figure 2). Finalement j’ai tourné « en l’air » (sur la poupée fixe avec un plateau de tournage à vis centrale) le petit capuchon de bois qui maintiendra les bras en place. Ce dernier doit être percé à sa base (1/4'" [6 mm] de profondeur avec une mèche de 1/2" [13 mm]) pour le fixer et le coller sur l’axe de la tige. 

Le séchoir à pâtes en pleine action... un peu plus d'un mètre liénaire d'espace de séchage.

Comme le séchoir va servir à faire sécher des pâtes, il faut donc éviter de le traiter avec un vernis ou toute finition comprenant des substances chimiques représentant un risque pour la santé. Personnellement, j’ai utilisé l’huile de finition « Behandla » vendue par Ikea pour traiter les accessoires de cuisine en bois, cette huile contient notamment de l’huile d’abrasin et de l’huile de lin. On peut également utiliser de l’huile minérale (vendue en pharmacie) qui est très stable et contrairement aux huiles végétales ne rancit pas avec le temps. Dans tous les cas, il faut bien saturer le bois d’huile et essuyer le surplus qui restera en surface après quelques minutes. 

Voilà un beau projet pour tous les tourneurs de bois!  

P.-S. Pour voir la vidéo sur la fabrication du séchoir cliquez ICI


lundi 16 décembre 2013







Table de salle à manger

 Il y a près de 35 ans, je réalisais ma première table de salle à manger. À cette époque, je vivais ma période « arts et traditions populaires », je m’intéressais aux belles maisons ancestrales et au mobilier de la Nouvelle-France. Ma production était à l’avenant, j’avais tendance à reproduire les meubles que l’on retrouvait dans « la bible » de l’époque : « Les meubles anciens du Canada français » de Jean Palardy
Reproduction d'une petite armoire rustique
du XVIIIe siècle...réalisée dans ma
période "arts et traditions populaires" !  
qui encore aujourd’hui demeure la référence de bien des conservateurs de musées et d’antiquaires québécois. Mais pour la table de la salle à manger, je n’avais rien trouvé de vraiment pratique dans ce répertoire de meubles anciens, j’ai alors décidé de m’inspirer d’un modèle campagnard assez répandu au Québec. Réalisée avec un minimum d’équipement, elle a tout de même bien résisté à l’épreuve du temps et aujourd’hui elle connaît une seconde vie chez mon fils. Sans délaisser complètement le meuble traditionnel disons que j’ai troqué mon côté « arts et traditions populaires » par un côté plus « zen et contemporain », il faut bien être de son temps! Il y a un an je me suis donc donné le défi de concevoir une nouvelle table de salle à manger aux lignes très contemporaines. 

Ma première table de salle à manger réalisée il y a plus de
35 ans avec un plateau de bouleau jaune de 1 1/2" d'épaisseur.
Mon principal défi dans ce projet était de concevoir une table qui pouvait s’agrandir à partir de l’une de ses extrémités, plutôt que par le centre et que l’on puisse dissimuler facilement, sous le plateau, la section pour allonger la table. Après une visite chez un réputé détaillant de mobiliers contemporains à Québec, j’ai vite compris que les manufacturiers qui proposaient ce type de table avaient développé leur propre quincaillerie qui le plus souvent s’articulait autour d’une structure métallique coulissante placée sous le plateau de bois. En plus du design de la table, je devais donc développer un mécanisme d’ouverture artisanale à partir de la quincaillerie disponible sur le marché. J’ai alors eu a l’idée de traiter la section coulissante comme un simple tiroir. Une structure


Modélisation 3D de la table extensible (dessin sketchup  et rendu photographique avec Kerkythea) dans ce plan le plateau est retiré pour faire voir la structure du mécanisme d'extension en érable et l'emplacement de la section qui permet d'allonger la table.
en érable placée sous le plateau sert de logement pour un cadre (également en érable) qui comme un tiroir glisse à l’intérieur de la structure, grâce à de simples coulisses de tiroir sur roulement à billes. La structure et le cadre en érable sont boulonnés après l’ensemble pattes/traverses à chaque extrémité de la table. Il faut préciser ici que les pattes sont reliées entre elles par une traverse et forment donc un portique qui est au même niveau que la surface du plateau. Les deux portiques assurent une grande stabilité à la table, l’assemblage des pattes à la pièce transversale est réalisé par des tenons traversants

Plan de la table de cuisine.  C'est en tirant sur le piètement d'un côté de la table que l'on peut libérer la section d'allonge dissimulée sous le tablier 


La section glisse d'un côté de la table grâce à deux coulisses de tiroir sur roulement à bille qui sont fixés à la structure en érable sous le plateau de la table.
qui en plus d’être très solides contribuent à l’esthétisme du meuble. Les coupes pour les tenons et les mortaises ont été réalisées avec une scie à ruban en utilisant le guide parallèle et 4 espaceurs en MDF de ¾ »’ d’épaisseur. Les espaceurs ont permis de réaliser les coupes à intervalles réguliers, sans le moindre risque d’écart d’une coupe à l’autre, ce qui est absolument nécessaire pour ce type de joints apparents. Une fois les coupes réalisées j’ai simplement évidé les mortaises avec un ciseau à mortaiser de ¾ »’.

Des joints à tenons traversants pour les pattes et les traverses ... à la fois solides et esthétiques.

La réalisation du plateau a demandé beaucoup d’attention, car je devais laminer plusieurs pièces de bois pour obtenir une surface de 41’’ x 96’’. Pour obtenir un plateau qui peut s’allonger avec une section amovible, il est nettement préférable de laminer les pièces en considérant la longueur totale du plateau une fois allongé et d’y découper par la suite la section qui deviendra amovible. On s’assure ainsi d’un mariage parfait du plateau et de la section amovible lorsque la table sera déployée à sa pleine longueur. Cette approche a soulevé un certain défi dans la préparation des planches qui forment le plateau, car dégauchir des planches de 96 « ’ sur ma dégauchisseuse qui n’avait que 46’’ longueur aurait pu donner de bien mauvais résultats. L’astuce que j’ai utilisée a été d’allonger la table d’alimentation et de sortie de la dégauchisseuse (jointer) et de la raboteuse d’épaisseur (planer) avec des tables d’allonge en contreplaqués permettant de supporter les planches sur toute leur longueur. J’ai utilisé un niveau de 48’’ pour m’assurer que les tables d’allonge étaient parfaitement au niveau avec les tables de la machinerie.

Voici le plan de l’installation pour dégauchir des planches de près de 100'' de longueurs. Il faut s’assurer que les 2 extensions en contreplaqué seront  parfaitement de niveau avec la table d’alimentation et la table de sortie de la dégauchisseuse.

 Finalement, pour faciliter le laminage des planches j’ai choisi de le faire par étape en collant d’abord trois sections de 12’’ de largeur qui correspondaient à celle de ma raboteuse d’épaisseur. Une fois bien collée, j’ai passé chacune de ces sections à la raboteuse pour m’assurer de leur parfaite égalité. Les trois sections de 12’’ furent finalement lamellées (avec des lamelles, ou biscuits, no 20) et collées entre elles et avec une planche de 5’’ pour atteindre la largeur totale de 41’’. Un ponçage à la sableuse rotative a finalement permis de faire disparaître toutes traces de colle et les petits écarts de niveau entre les sections.


Table de salle à manger contemporaine complétée - 

L'extension de la table est dissimulée sous le plateau. Sous les pattes (à gauche) il y a des patins en Téflon pour leur permette de mieux glisser sur le parquet  lorsque l'on tire pour dégager l'extension.


Le plateau et les pattes de la table ont été réalisés en cerisier tardif, un bois que j’aime bien en raison de sa coloration naturelle. Inutile de teindre ce bois, une couche d’huile de lin bouilli suffit pour faire ressortir sa belle teinte d’un brun rougeâtre qui foncera avec le temps sous l’action de la lumière. Une fois que la couche d’huile de lin fut complètement absorbée et que le bois fut sec au touché (48 heures après l’application), j’ai appliqué 4 couches de vernis au polyuréthane lustré afin d’accroître la résistance et l’imperméabilité de cette table à manger qui subira bien des outrages pendant sa vie utile! Pour assurer un fini uniforme, j’ai sablé entre chaque couche de vernis (papier fin 320), et j’ai poli la dernière couche avec des papiers extra-fins (papiers gris de grade 1000 et 2000, utilisés notamment pour polir la peinture des automobiles) en lubrifiant la surface avec un mélange d’huile et d’essence minérale (1 partie d’huile pour 3 parties d’essence) que je vaporisais avec un petit vaporisateur à eau. Cette façon de faire permet finalement d’obtenir un fini semi-lustre très doux sans marque de pinceau ou d’égratignure.

vendredi 6 décembre 2013

Décorations de Noël au tour à bois


Je ne sais pas si ce sont les origines allemandes de ma famille (l’ancêtre des Payeur d’Amérique, Christopher Bayer,  venait de la région de Hanau près de Frankfort) ou simplement mon cœur d’enfant, mais j’aime bien les rituels entourant le solstice d’hiver et la période de l’avent jusqu’à Noël. Au Québec, les traditions entourant cette période de festivité doivent beaucoup à l’apport combiné des Français, des Britanniques, des Irlandais et bien sûr des Allemands.  Ces derniers ont apporté avec eux le sapin de Noël et ses lumières (des chandelles au XVIIIe siècle), les couronnes de Noël, le calendrier de l’avent et bien d’autres traditions qui aujourd’hui sont intégrées à  notre « patrimoine festif ». Actuellement et jusqu’au 8 décembre, face à l’Hôtel de Ville de Québec,  il y a même un marché allemand, organisé en partie par la communauté allemande de Québec.

Pendant la période de l’avent, j’ai pris l’habitude,  depuis quelques années, de consacrer mon travail en atelier à la fabrication de petits objets pratiques ou décoratifs que j’offre en cadeau à mes proches.  C’est ma manière bien personnelle de m’inscrire dans l’esprit des fêtes et de me faire croire que je suis un peu comme le Nikolas du film « La véritable histoire du Père Noël » (titre original finlandais : Joulutarina du réalisateur Juha Wuolijoki) qui dans son atelier confectionnait des jouets de bois pour tous les enfants de son village de Laponie, un film magnifique à voir et à revoir !

La forêt enchantée

J’aime bien le tour à bois en décembre, car c’est l’outil idéal pour fabriquer différentes décorations de Noël... petits sapins, bonshommes de neige et boulles de Noël !  Le tour à bois est un outil magique,  car en partant d’un rondin de bois avec son écorce on peut réaliser toutes les étapes de fabrication jusqu’à la finition complète. De plus le tour à bois est un outil zen, car pendant le tournage d’une pièce vous devez constamment vous concentrer sur la position du ciseau, la moindre distraction peut ruiner la pièce ou blesser l’opérateur du tour!


Le sapin tourné demeure mon classique de Noël... Quand je dis « sapin » je devrais plutôt parler d’un conifère, car je m’amuse à faire varier les formes de ces petits arbres miniatures.  Sans plan trop précis, je tourne des rondins qui ont un diamètre variant entre 5cm et 10cm et d’une longueur de 8 cm à 24 cm.  Autant pour les sapins que pour les bonshommes de neige je commence toujours par dégrossir la pièce en tournant  ce qui ressemble d’abord à un gâteau étagé, un empilage de cylindres du plus grand à la base au plus petit au sommet  . Par la suite je donne une forme concave ou convexe à chaque étage en utilisant une plane oblique ou un grattoir arrondi.  Des heures de plaisir !  (voir aussi mon article du 26 novembre 2015 sur le Père Noël en bois flotté)

Réunion au sommet de bonshommes de neige !
Du rondin de bois jusqu'à la forme finale

Ce gâteau étagé en bois deviendra bientôt un bonhomme de neige...en bois!

dimanche 1 décembre 2013



Après un long silence, j’amorce aujourd’hui un nouveau chapitre à l’intérieur de ce blogue. Comme je pratique l’ébénisterie depuis quelques années (je n’ose mettre le nombre d’années!) j’ai eu l’occasion d’expérimenter plusieurs techniques d’assemblage avec une grande variété d’essences de bois pour réaliser des projets très variés, du coffret à bijoux jusqu’au Kayak de mer! J’ai acquis la majorité de mes connaissances techniques par la lecture de livres et de sites web comme celui-ci. Je dois l’avouer, ce n’est pas la manière la plus simple d’apprendre l’ébénisterie, car rien n’égalera l’enseignement d’un maître qui est au sommet de son art. Encore faut-il en connaître un et surtout avoir du temps pour suivre son enseignement, ce qui n’était pas mon cas jusqu’à l’année dernière, car j’étais bibliothécaire à temps plein! Je l’admets d’emblée, la bibliothéconomie et l’ébénisterie ont peu de chose en commun, si ce n’est le meuble qui sert à ranger les livres. Il y a également très peu de bibliothécaires-ébénistes ou vice et versa, car le profil des deux professions n’est pas très apparenté... vous l’aurez facilement deviné! Pour ma part je dois sans doute mon profil hybride au fait que je viens d’une famille ou la curiosité intellectuelle et le travail manuel ont été revalorisés de la même manière. Comme la bibliothéconomie est une discipline qui embrasse toutes les connaissances de l’humanité, je n’ai pas tardé à bâtir des ponts entre ma carrière professionnelle et celle de mon autre vie! D’une lecture à l’autre et avec beaucoup d’essais et d’erreurs, je suis doucement passé du statut de bricoleur du dimanche à celui d’ébéniste!
Je conçois et dessine la majorité des meubles que je réalise dans mon atelier. La conception d’un meuble demande beaucoup de temps, il n’est pas rare que cette étape soit même plus longue que la réalisation du meuble en atelier. Selon ma propre appréciation, un meuble bien fait doit répondre à quatre critères :

1.  Il doit combler efficacement le besoin pour lequel il est destiné; 
2.  Il doit être solide et résister à l’utilisation normale à laquelle il est destiné;
3.  Il doit être bien proportionné et répondre à un style;
4.  Il doit être fini avec soin, incluant ses parties moins visibles.

Ces critères peuvent paraître évidents à première vue, mais si vous avez déjà magasiné sérieusement des meubles vous savez parfaitement ce que je veux dire, des meubles sans style, fragiles ou inconfortables il y en a plein les grandes surfaces!   Une fois que j’ai bien cerné l’utilité réelle d’un meuble, je débute toujours par une recherche de style. Si le meuble doit être intégré au décor d’une maison ancestrale ou à celui d’une maison contemporaine aux lignes épurées il faudra décider si le nouveau meuble devra se fondre au décor ambiant ou s’y intégrer par contraste, le mélange des styles est toujours possible, tout étant une question d’équilibre au final. Si je dois m’inspirer d’un style en particulier je vais orienter ma recherche vers des livres qui présentent ce style avec ses principales caractéristiques et qui donnent de nombreux exemples en photos. Avant de me lancer dans la conception d’un meuble de style, je dois d’abord bien assimiler ce qui caractérise le style auquel il est censé corresponde et le type d’assemblage que l’on doit utiliser pour bien respecter ce style. Il arrive rarement que je reproduise à l’identique un meuble d’époque, car pour moi le meuble n’est pas que meublant, il a d’abord une fonction, or il est rare qu’un meuble conçu à une autre époque puisse bien s’adapter aux besoins d’aujourd’hui. Une fois le style identifié, je dessine quelques esquisses au crayon pour camper la forme générale et les proportions du meuble. L’esquisse est la véritable étape de création, car elle permet de laisser libre court à son imagination sans être freiné par les calculs ou les aspects plus techniques d’un plan d’atelier. Comme plusieurs ébénistes j’utilise également le logiciel Sketchup (développé initialement par Google et distribué aujourd’hui par Trimble) à l’étape de l’esquisse, car contrairement à d’autres logiciels de CAO comme Autocad, Sketchup permet autant de réaliser une esquisse rapide qu’un dessin d’atelier aux dimensions précises. Sketchup est disponible en version française et gratuite à l’adresse suivante:


Après l’esquisse vient l’étape du dessin d’atelier qui permettra cette fois de déterminer les dimensions de chaque pièce du meuble et leur méthode d’assemblage. La précision du dessin est essentielle pour réduire au minimum les erreurs lors de la fabrication et pour estimer correctement les matériaux requis. L’étape de conception se termine par une liste complète des matériaux (incluant le débitage), très utile pour estimer le coût de fabrication et commander les matériaux.

Une armoire à épices


1. Armoire à épices contemporaine en érable et
 satiné rubané
Le projet que je vous présente aujourd’hui est une armoire à épices de style contemporain, mais inspiré par le style Shaker à la base. À leur apogée, au début du XIXe siècle, les communautés Shaker de Nouvelle-Angleterre étaient reconnues pour leur inventivité et leur mobilier aux lignes minimalistes sans ornementation, un mobilier d’abord conçu pour répondre à une fonction précise. Ce style préfigurait en quelque sorte la modernité, il a influencé de nombreux ébénistes jusqu’à aujourd’hui. Pour le projet actuel, j’ai donc retenu la sobriété des lignes et l’efficacité du meuble à répondre aux besoins exprimés. J’ai déjà réalisé, il y a plusieurs années, une armoire à épices dans le style victorien tout en acajou (voir photographie 2). À l’époque je m’étais donné le défi de réaliser un projet en étant le plus fidèle possible à un style classique. Cette fois je voulais simplement m’inspirer d’un style comme point de départ et me donner la liberté de créer quelque chose de nouveau.


2. Armoire à épices victorienne
En m’inspirant de petites armoires murales Shaker, j’ai conçu une armoire à épices permettant de contenir aussi bien des épices en vrac que celles contenues dans des petites bouteilles de verres cylindriques (diamètre = 1 ¾” hauteur = 3 ¾”). Contrairement aux ébénistes Shaker qui utilisaient surtout le cerisier tardif dans leurs projets, j’ai décidé pour ma part de combiner deux bois au contraste élevé soit l’érable à sucre qui est très pâle et le satiné rubané un bois d’exception qui est d’un beau rouge vif aux reflets chatoyants. L’objectif était d’utiliser l’érable pour le corps principal de l’armoire et d’utiliser le satiné rubané pour tous les éléments en façade.


Autant par solidité que par esthétisme, j’ai choisi d’assembler en queues d’aronde le corps de l’armoire ainsi que les quatre tiroirs pour le vrac. L’assemblage en queues d’aronde ajoute un niveau de complexité au projet, mais au final on obtient un assemblage très robuste et décoratif à la fois. En utilisant le satiné rubané en façade des 4 petits tiroirs et l’érable pour leurs côtés, l’assemblage en queues d’aronde traversantes donne un effet de dentelle qui fait alterner la couleur de l’érable et celle du satiné rubané.


La partie supérieure de l’armoire contient les épices conservées dans des bouteilles de verre. Le panneau qui donne accès à ce compartiment est en fait une coquille qui en recouvre une autre, ainsi une fois ouvert, on peut voir l’ensemble de la collection d’épices.


Assemblage en queues d'arondes....très solide et esthétique !



Les planchettes du fond sont embouvetées à mi-bois.
D'un seul coup d'oeil tout est visible  !