mercredi 30 juillet 2014


(2e partie)

KAYAK DE MER
LE SECRET EST DANS LE MOULE !

La fabrication d’un kayak ou d’un canot en bois latté constitue une occasion rêvée pour utiliser plusieurs outils manuels. En effet même si plusieurs étapes de la fabrication peuvent mettre à profit des machines-outils et de petits outils électriques, il demeure parfaitement possible de réaliser entièrement un kayak de mer avec des outils manuels. Dans ce cas, il sera toutefois nécessaire de se procurer des lattes de bois préusinés chez un fournisseur spécialisé dans les matériaux et accessoires pour canots et kayaks. Au Canada, les compagnies Bear Mountain ( www.bearmountainboats.com ) et Noah (www.noahsmarine.com/) fournissent autant les plans, les patrons ainsi que tout le matériel et les outils nécessaires à la construction d’embarcations de bois. Certains matériaux, comme la fibre de verre et la résine d’époxy sont également disponibles dans les quincailleries marines (souvent situées près des marinas!).

La fabrication d’un kayak ou d’un canoë en bois latté constitue une aventure hautement artisanale où la patience, la minutie et le goût du travail bien fait sont les clés du succès. Si vous décidez de vous lancer dans cette aventure, le travail artisanal doit nécessairement vous motiver, du moins suffisamment pour y consacrer de six à douze mois par temps perdu, surtout pour un premier kayak. La fabrication d’un kayak ne représente pas un défi technique majeur, mais il commande une bonne dose de patience et de motivation pour ne pas abandonner l’œuvre en cours de chantier, d’autant plus que vous devrez investir entre 1 500 $ et 3 000 $ en matériaux divers, le bois ne représentant généralement moins de 25 % du coût global. En fait, on ne fabrique pas son propre kayak de bois pour économiser des sous, mais d’abord pour créer une œuvre personnalisée qu’il serait impossible de se procurer dans un commerce de plein air.  


Une oeuvre unique, impossible à se procurer dans un commerce de plein air !
 Le "Fou de l'ïle" fait le beau sur la rive du Saint-Laurent à Saint-Jean I.-O. 

Un kayak en bois latté est en fait un kayak en matériaux composites. Le bois, peu importe l’essence, n’aurait pas la résistance mécanique ni l’imperméabilité souhaitée pour composer seul la coque d’un kayak. Historiquement si le bois a longtemps été utilisé comme matériau principal dans la construction navale et encore aujourd’hui pour des coques de certaines chaloupes et voiliers, c’est surtout grâce à l’utilisation d’une charpente interne qui permet de border les coques avec des planches d’une bonne épaisseur ou avec du contreplaqué marin. Dans un kayak de mer comme pour un canot où l’on souhaite alléger au maximum le poids total de l’embarcation, on élimine le plus possible les membrures et autres éléments de charpente. Pour y parvenir, il sera donc nécessaire d’utiliser un matériau qui pourra agir à la fois comme bordage et comme charpente. La fibre de verre, la fibre de carbone et le polyéthylène offrent à des degrés divers les propriétés mécaniques nécessaires pour agir à la fois comme bordage et structure, du coup l’absence de membrure interne accroît l’espace utile à l’intérieur de l’embarcation. Ces matériaux ont permis au XXe siècle l’émergence de petites embarcations que l’on peut réaliser à moindre coût grâce à différentes techniques de moulage. Combinée à la fibre de verre le bois devient à la fois imperméable et très résistant tout en étant relativement léger. Ainsi, une latte de cèdre de 6 mm d’épaisseur recouverte sur ses deux faces de fibre de verre et de résine d’époxy aura une résistance mécanique supérieure à une latte de 15 mm d’épaisseur.

 Si les kayaks de polyéthylène sont moulés par injection sur des moules métalliques, la fabrication d’un kayak de lattes de bois doit également s’appuyer sur un moule au départ. Comme pour le kayak de polyéthylène le moule d’un kayak en bois latté ne servira qu’à sa fabrication, mais contrairement au kayak de polyéthylène qui une fois démoulé est pratiquement terminé (il ne restera qu’à installer son gréement), celui de bois devra subir de nombreuses transformations avant que l’on puisse mouiller sa quille! Mais revenons au moule lui-même. Pour faire image, rapidement disons que le moule d’un kayak en bois latté a l’allure de l’un de ces casse-têtes 3D de dinosaures en contre-plaqué mince, le dinosaure étant constitué d’un assemblage de profil qui s’aligne par le centre de la queue à la tête donnant au final l’impression d’un squelette. Pour le moule du kayak, c’est la même chose, chaque profil correspond à la forme correspondante de la coque de pied en pied, de la poupe à la proue, pour un kayak de mer de 17 pieds on comptera donc 17 profils au total (voir illustration). Les profils sont ensuite enfilés par le centre (comme un collier!) sur une poutre centrale. C’est sur la tranche de chaque profil que l’on viendra fixer temporairement les lattes de bois qui vont constituer le bordage du kayak.


Comme un casse-tête 3D de dinosaure, voici l'allure du moule de mon kayak de mer avant l'étape du lattage.


Les 17 profils du Fou de l'île - la ligne turquoise indique la ligne de flottaison et la ligne verte un peu plus haut délimite le pont et la coque du kayak. La poutre centrale (strongback en anglais) apparaît en gris. La ligne rouge au centre, au-dessus du pont, délimite l'emplacement du trou d'homme.

Dans le cas du “Fou de l’île” j’ai commencé par tracer le patron sur papier de chaque profil. Dans le livre de Nick Schade on retrouve sous forme de tableau les coordonnées x-y de chacun des 17 profils. Avec l’aide d’un logiciel graphique (Corel Draw) j’ai donc dessiné chaque profil et je les ai imprimé sur une imprimante standard à jet d’encre en utilisant la fonction “impression en mosaïque”, les plus grands profils s’imprimaient ainsi sur plusieurs pages au format lettre que je n’avais plus qu’à assembler avec l’aide de marques de registre... et un peu de ruban gommé! J’ai ensuite collé chaque patron (avec de la colle en aérosol) sur une grande feuille de MDF de 1/2’’ d’épaisseur. Chaque profil a ensuite été découpé, d’abord grossièrement avec une scie à découper portative et ensuite plus précisément avec une scie à ruban en laissant une distance de 1/8’’ entre le trait de coupe et la ligne de contour du patron, et ce afin de permettre l’affinage des contours avec une sableuse fixe à disque rotatif et à la main avec un bloc de sablage. L’étape du découpage des profils est cruciale, car rappelons que ce sont les profils qui déterminent la forme du kayak. J’avoue que de réaliser les patrons soi-même augmente considérablement les risques d’erreur et le temps de fabrication du kayak, il faut donc savoir qu’il est possible d’acheter uniquement les patrons chez les fournisseurs que nous avons déjà identifiés au début de cet article.

L’assemblage des profils découpés sur la poutre central est également une étape sensible, car un mauvais enlignement des profils aura des conséquences désastreuses sur la performance et l’allure générale du kayak. À ce chapitre je dois préciser qu’il y a deux approches différentes dans l’assemblage des profils :

1.     Celle que préconise principalement Nick Schade consiste à enfiler, comme les perles d’un collier, les profils autour d’une poutre centrale (en fait un 2x4 bien droit ou une poutre composite de contreplaqué). Cette méthode offre l’avantage de passer du lattage du pont à celui de la quille en retournant simplement l’ensemble du moule sur lui même. Son seul point faible c’est le gauchissement possible de la poutre centrale. L’utilisation d’un 2x4 de construction sortie fraîchement d’une cour à bois présente un risque très élevé, car en séchant il pourra gauchir et entraîner un mauvais enlignement de tous les profils.... et comme le lattage est une opération assez longue, il aura le temps de sécher avant la fin de l’opération. La solution est donc d’utiliser une pièce de bois dont le taux d’humidité sera très faible au départ ou encore mieux de réaliser une poutre composite avec du contreplaqué de bonne qualité (voir l’illustration plus bas). Personnellement j’ai pris le temps de faire sécher un 2x4 et je n’ai eu aucun problème.


Une poutre composite comme celle-ci est plus longue à fabriquer mais elle accroît considérablement la stabilité de l'ouvrage.


Un des profils fixé à la poutre centrale, notez les deux cales qui permettent de bien aligner chaque profil.


2.     L’autre option préconisée notamment par Ted Moores consiste également à réaliser une poutre, mais sur laquelle chevaucheront les profils. Cette méthode est beaucoup plus longue à réaliser, mais offre beaucoup plus de précision et de stabilité. Chaque profil est vissé sur un support qui est lui-même fixé après la poutre qui fait 10’’ de largeur. La poutre est très stable, car elle est construite à caisson, un peu comme une aile d’avion. L’inconvénient avec cette méthode c’est que l’on doit dévisser les 17 profils une fois que la quille aura été lattée et l’on doit les inverser et les fixer à nouveau sur leur support pour entreprendre le lattage du pont. Cette méthode est parfaite pour la réalisation d’un canot en bois latté qui n’a pas de pont, mais pour un kayak elle est donc un peu plus exigeante.

Comme j’ai utilisé la méthode No 1, j’ai du construire un support pour tenir à une bonne hauteur de travail (36’’) la poutre centrale et ses 17 profiles. Nick Schade propose dans son livre un plan de support très simple (voir illustration plus bas), mais il permet aussi bien de supporter la poutre centrale que la coque du kayak elle-même une fois le lattage complété. Car il faut bien le dire, après l’étape du lattage il y a encore beaucoup de travail effectuer sur la coque et le support devient essentiel pour travailler confortablement. Ainsi, les supports possèdent deux encoches à leur sommet qui permettent de bien soutenir la poutre ou de retenir une bande de tissus ou de tapis pour supporter la coque en bois latté.



Un support très simple à réaliser avec quelques 2x4 et un morceau de contreplaqué.


La poutre centrale (on utilise le terme"strongback" en anglais) vient s'insérer dans les 2 entailles qui chapeautent les supports .



Une fois le lattage complété, le même support sur lequel était appuyé la poutre centrale peut recevoir une bande de tapis (ou de tissus épais) sur laquelle viendra s'appuyer la coque du kayak. 


Vous comprendrez que la réalisation du moule représente une bonne partie du temps nécessaire à la fabrication du kayak, le plus frustrant dans cette étape c’est que tout ce travail sera destiné à la récupération après l’étape du lattage complété... à moins que vous décidiez de construire un autre kayak! Un moule peut effectivement être utilisé à quelques reprises si vous le traitez convenablement durant le l’étape du lattage. On verra plus tard que le lattage peut se faire sans brocher les lattes sur les profils ce qui réduit les risques de les abîmer. Il sera toutefois nécessaire de bien vérifier l’enlignement des profils avant d’amorcer un nouveau lattage sur le même moule.

Dans le prochain article nous aborderons de l’étape de la planification du lattage et du choix des essences de bois, de la préparation des lattes et du lattage proprement dit.... à suivre donc!


mercredi 23 juillet 2014





(1e partie)

KAYAK DE MER
LA GENÈSE DU PROJET


J’ai toujours aimé les bateaux, même dans ma tendre enfance alors que je naviguais dans des boîtes en carton avec mes cousins sur des océans de pelouses bien vertes! Le fleuve n’était pas très loin pourtant, juste devant mes yeux sur les hauteurs de Villeneuve sur le chemin du Roi où j’ai vécu ma petite enfance. Dans la tête du jeune garçon que j’étais, le fleuve était un lieu très mystérieux que j’observais souvent de la fenêtre de ma chambre située à l’étage de la maison de mon grand-père maternel où ma famille habitait. De ma « tour » d’observation je nourrissais mon imaginaire, le fleuve était un lieu où les bateaux apparaissaient d’un côté et disparaissaient de l’autre de manière très mystérieuse. À cinq ans la notion de territoire se limite souvent à la cour arrière de sa maison, au-delà la terre devient une véritable abstraction que les adultes décrivent avec un vocabulaire encore inaccessible à de jeunes oreilles. Pour moi le fleuve n’était donc relié à rien d’autre qu’à lui-même et les bateaux émergeaient simplement du néant!

Navigateur de l'imaginaire !  Ici,  je suis vraiment à la barre d'un véritable navire:  le Ernest Lapointe... en rade au Musée maritime du Québec à L'Islet sur Mer...le paysage maritime derrière moi est celui du Golfe Saint-Laurent, capturé sur le traversier entre Souris et les Iles-de-la-Madeleine.


Je ne suis pas né dans une famille de navigateur et encore moins de constructeurs de navires et mon parcours de vie n’a fait que m’éloigner des bateaux et de la mer. Je suis donc demeurer un navigateur de l’imaginaire, admiratif de l’architecture navale et de ceux qui ont le courage d’affronter les mers du globe. Pour mon plus grand malheur, j’ai même découvert au début de la vingtaine que je n’avais pas le pied marin, une excursion de pêche à la morue aux îles de la Madeleine m’a vite fait comprendre que j’appréciais plus la stabilité de la terre ferme que les mouvements de lacet et de tangage d’une coquille de noix portée par une mer houleuse! J’ai donc abandonné assez tôt le rêve de construire mon voilier et de faire le tour de la planète, même si le travail du bois était inscrit dans mes gènes. En effet, à défaut d’être né dans une famille de navigateur, mon grand-père maternel (voir mon article du 15 mai 2013), Philippe Grenier, menuisier charpentier de son métier, m’a sans doute légué sa passion pour le travail du bois. Mais contrairement à lui, ma passion pour le travail du bois est demeurée un passe-temps que j’exerce toutefois avec sérieux et en respectant les règles du métier.

Comme mon grand-père j’ai mon propre atelier, aménagé dans le garage de la maison. Mon grand-père Philippe ne serait pas nécessairement à son aise dans cet atelier d’un autre siècle où les outils électriques occupent une large place. Parfois j’avoue que je délaisse volontairement la commodité de ces outils pour revenir au plaisir très manuel de pousser un bon vieux rabot ou de réaliser une coupe de précision avec une scie japonaise bien aiguisée. De surcroît les outils manuels n’abîment pas les oreilles et produisent infiniment moins de poussière de bois que la plupart des outils électriques. Lorsque l’on ne gagne pas sa vie dans son atelier, on peut se permettre le luxe d’étirer un projet volontairement!

Je travaille le bois depuis près de quarante ans et ma spécialité demeure l’ébénisterie. J’ai fabriqué des armoires de toutes sortes, des tables, des guéridons, un grand buffet-vaisselier, des coffrets, des chaises et bien d’autres choses comme en témoignent quelques articles que j’ai déjà publiés dans mon blogue. Mais il y a 12 ans, mon vieux rêve de réaliser mon propre bateau a refait surface... si j’ose dire! Le voilier étant un projet trop ambitieux et non compatible à ma condition de terrien-nauséeux-sur-mer-houleuse, j’ai donc jeté mon dévolu sur un projet plus modeste qui me permettrait néanmoins d’entrer dans le cercle fermé des constructeurs d’embarcations de bois. C’est ainsi que j’ai décidé de m’attaquer à la construction d’un kayak de mer. Ce type d’embarcation peut naviguer aussi bien au bord de la mer que dans un lac bien calme. À mes yeux, il n’y a rien de plus beau qu’un kayak ou un canoë de bois sur un plan d’eau, car il s’harmonise parfaitement au paysage naturel.

En bon bibliothécaire, j’ai d’abord décidé du nom du kayak avant de le construire et c’est en pensant à l’île d’Orléans et à l’un de ses plus illustres habitants que le nom a jailli bien naturellement. Félix Leclerc a écrit le « Fou de l’île » bien avant de s’établir sur l’île d’Orléans. Écrit dans les années 40 le livre paraîtra pour la première fois en 1958 chez Denoël à Paris et Beauchemin à Montréal. Il était déjà dans ma bibliothèque depuis plusieurs années et je l’ai revisité à quelques reprises. Je sais qu’il n’est pas coutume de baptiser un kayak de mer ou une chaloupe, mais pour moi l’aventure que représentait la construction d’un kayak méritait de porter un nom comme un livre porte un titre. Cela dit, il n’y a pas vraiment de rapport entre le récit de Félix et mon kayak de mer, sinon l’hommage que je voulais rendre à l’auteur et à son île.

Le fou de l'Île sur la plage de Bonaventure en Gaspésie

Le cerf-volant en marqueterie de bois est un clin d'oeil à la couverture de la première édition du "Fou de l'île" parue chez Beauchemin. 

C’est bien connu, les bibliothécaires ont la réputation (?) d’être des personnes très structurées, réservées et vivant dans l’imaginaire plutôt que dans la réalité pure et dure. Vous voyez déjà la bibliothécaire coincée à chignon ou le bibliothécaire un peu rat de bibliothèque qui a réponse à tout, mais qui est incapable de clouer un clou. Ce qui demeure vrai dans ce mythe populaire, c’est que les bibliothécaires sont effectivement des êtres très structurés et que le passage à l’acte peut être parfois difficile pour eux, tant qu’ils n’ont pas fait le tour de la question dans la documentation! Je dois l’avouer c’est mon cas : deux ans de lecture et d’analyse avant de débuter la fabrication de mon kayak en 2002, dans le genre prudent on ne fait pas mieux! Je vous rassure, je ne suis pas aussi prudent partout et il m’arrive comme tout le monde d’improviser, mais rarement en ébénisterie, un art de précision où les raccourcis n’existent pas. 

Dans ma quête d’information pour fabriquer un kayak de mer j’ai consulté plusieurs sites web et trois livres qui font maintenant partie de ma bibliothèque :

  • Nick Schade,  The Strip-Built Sea Kayak ; Three Rugged, Beautiful Boats You can Build, Camdem ME,  Ragged Mountain Press, 1997, 202 pages. ISBN 007057989-X

  • Ted Moores, Kayak Craft ; Fine Woodstrip Kayak Construction, Brooklin ME, Woodenboat, 1999,175 pages. ISBN 0937822566

  • David Hazen, The Stripper’s Guide to Canoe-building, Larkspur CA, Tamal Vista Publications, 1994, 93 pages. ISBN 0917436008


Malgré leur âge respectif ces trois livres demeurent encore aujourd’hui « les références » en matière de fabrication de kayak et de canoë en bois latté. Mentionnons que les auteurs Nick Schade (Guillemot Kayaks) et Ted Moores (Bear Mountains boats) sont également à la tête de compagnies qui proposent à leur clientèle des plans et des kits de kayaks et de canoës. Les livres de ces deux auteurs sont également les plus pertinents pour toute personne qui souhaite se lancer dans la fabrication d’un kayak en lattes de bois. Personnellement j’ai surtout utilisé le livre de Nick Schade car il propose trois modèles de kayak avec les coordonnées x/y pour tracer les profils de chaque section des kayaks, dont le Guillemot 17 pieds que j’ai réalisé. Le livre de David Hazen a ceci de particulier que l’on y retrouve des patrons complets (pliés à l’intérieur du livre en papier journal) pour découper les profils, les modèles proposés ne sont toutefois pas aussi intéressants que ceux de Schade et Moores et les illustrations ne sont pas toujours très réussies. Nick Schade, un ingénieur naval de formation, est de loin le maître incontesté du « design » de kayak, au point que certaines de ses « œuvres » sont exposées dans des musées. Son site internet regorge d’information qui complète à merveille son livre, dont plusieurs vidéos. C’est en découvrant son Guillemot de 17 pieds que j’ai finalement décidé de passer à l’action, ce kayak répondait à l’ensemble de ma vision d’un beau kayak de bois!

L'auteur de ces lignes sur le Fleuve Saint-Laurent en face de Beaumont, par une journée presque sans vent, très rare sur le fleuve !



Depuis son lancement à la plage de Saint-Jean à l’île d’Orléans, en juillet 2003, le « fou de l’île » a navigué dans le fleuve, dans la mer et sur plusieurs lacs et rivières, il a prouvé sa stabilité et sa manœuvrabilité dans différentes conditions de navigation. Dans la suite de ce blogue je vais vous raconter l’histoire de sa construction et des défis techniques que l’on doit relever face à une telle entreprise. Il faut l’admettre il y a peu de documents en français sur la fabrication des kayaks et des canots en lattes de bois, j’espère donc contribuer modestement à fournir une base à ceux qui comme moi voudront se lancer dans la fabrication de leur "fou de l’île".

mardi 13 mai 2014

Merveilleuse Oie des neiges !

« Elle oit l’oie! » a déjà dit le grand Raymond Devos en spectacle. Cette après-midi là, au beau milieu du « sanctuaire » de Cap-Tourmente, des milliers d’oies ouïssaient leurs propres cris à des kilomètres à la ronde. Un merveilleux spectacle avec deux représentations par année, au printemps et à l’automne. Bien avant la colonisation de cette terre par les Européens, les oies des neiges fréquentaient déjà les berges de part et d’autre du Saint-Laurent. Leur nombre a bien sûr fluctué d’une époque à l’autre, mais leur fidélité au site du Cap-Tourmente demeure une constante même si leur corridor de migration a tendance à s’élargir avec l’accroissement de leur population. 




Je ne suis pas ornithologue et encore moins un spécialiste de la grande oie des neiges, je suis simplement un des ses admirateurs à l’image du peintre Riopelle qui allait même les observer en avion autour de son île, l’Ile aux Grues. Il faut le dire, l’observation des grandes oies des neiges procure beaucoup de bonheur et de paix intérieure, une véritable thérapie grandeur nature et une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes!


C’est en vol que l’oie des neiges révèle toute sa beauté et encore plus quand elle vole en formation comme le font les « snowbirds »... Où est-ce plutôt les « snowbirds » qui imiteraient les figures aériennes de l’oie des neiges avec leurs avions, car après tout elles ont « inventé » le vol quelques millénaires avant les humains. Chose certaine l’oie des neiges n’a pas besoin de brûler des tonnes de gaz à effet de serre pour s’élever dans les airs et traverser un continent à tire d’ailes. Elles sont de parfaites « machines » aériennes avec leurs ailes à « géométrie variable » capable de fournir une poussée ascensionnelle forte et silencieuse, rien de comparable avec celle d’une turbine d’avion qui déchire le ciel de son bruit assourdissant lors du décollage. Chez les grandes oies des neiges, le vol n’est que beauté et harmonie et lorsqu’elles s’élèvent par milliers dans le ciel, aucun humain ne peut demeurer indifférent à une telle levée de rideau!





Je fréquente la réserve faunique du Cap-Tourmente depuis plus de quarante ans, avec une constance comparable à sa célèbre visiteuse ailée. J’y vais autant pour le site que pour l’oie des neiges. Je suis un contemplatif et ma seule « arme » est mon appareil photo, il m’accompagne la plupart du temps. Je ne compte plus les photos que j’ai prise de cette belle nature où le Bouclier canadien rencontre les Basses-Terres  du Saint-Laurent et des Appalaches. Mon album photo du Cap-Tourmente reflète également l’évolution de ma pratique de la photographie, sur près d’un demi-siècle (ouf, rien pour me rajeunir!). Il m’arrive aujourd’hui de refaire les mêmes prises de vue qu’il y a quarante ans, mais les photos ne sont jamais vraiment identiques, car la photographie demeure l’art de la lumière dont les nuances varient à l’infini!




jeudi 10 avril 2014

Table de lit



Il y a des projets que l’on remet constamment au lendemain, car ils n’arrivent jamais à se hisser jusqu’au sommet de la pile. C’est le cas de celui-ci qui était inscrit depuis des années dans ma liste de projets à réaliser, pourtant rien de très complexe à concevoir et à fabriquer : une petite table de lit. C’est en regardant un épisode de Downton Abbey où la comtesse de Grantham se faisait servir le petit-déjeuner au lit, sur une petite table portative de style victorien, que j’ai décidé de passer à l’acte! Pas question de laisser à la seule noblesse anglaise l’usage exclusif d’un tel accessoire, si représentatif du confort et de l’opulence. Il est vrai qu'au début du siècle dernier, il y avait aussi une armée de domestiques pour préparer le petit-déjeuner de madame la comtesse et pour lui livrer à sa chambre à l’instant même où elle commençait à s’étirer dans son plumard. Rien de tel aujourd’hui, mais il est tout de même agréable de déguster son petit dej au lit même si pour y parvenir on doit d’abord en sortir pour le préparer. De temps en temps on peut également faire plaisir à sa conjointe ou à son conjoint en reprenant le rôle de M. Bates ou de Mme O’Brien... mais avec le sourire en plus!


La table de lit complété, pour manger ou pour lire. 

Aujourd’hui l’usage de la « table de lit » n’est plus réservé exclusivement pour manger au lit, on l’utilise de plus en plus pour y installer un portable ou une tablette pour travailler, flâner sur le web, regarder une web-série ou lire un roman en format numérique. La table de lit portative n’est donc plus une œuvre d’art destinée à recevoir la porcelaine de Chine et l’argenterie, mais un objet fonctionnel et ergonomique que l’on peut ranger facilement après usage. C’est dans cet esprit que j’ai conçu ma propre table de lit en m’inspirant encore une fois des centaines de modèles que l’on retrouve sur le web. Aucune révolution ici, ma table est semblable à plusieurs autres, mais avec les dimensions et les matériaux de mon choix. J’ai retenu le principe d’un plateau divisé 60/40, la partie la plus large étant inclinable pour y placer un portable ou une tablette et la plus étroite demeurant fixe pour y placer une tasse de café ou une souris sans fil! Les pattes de la table se rabattent sous la ceinture de la table pour en faciliter le rangement sous le lit ou dans une armoire. J’ai réalisé la table avec trois matériaux : l’érable à sucre pour la ceinture et les pattes, la fibre de bois pour le plateau que j’ai recouvert de stratifié afin d’en assurer l’imperméabilité et la résistance.

La portion la plus large du plateau s'incline à différents angles. Pratique pour écrire avec un portable, ou visionner un film sur une tablette.




Pour permettre à une section du plateau de s’incliner, il a été nécessaire de placer sous le plateau une ceinture afin d'y loger deux crémaillères parallèles et un petit bras articulé sur penture retenant le plateau à l’angle désiré. Ce système est d’une solidité à toute épreuve, car au bout du bras sur penture deux goujons de 1/4’’ (6 mm) de diamètre viennent s’encastrer dans les fentes des crémaillères parallèles (voir illustration plus bas). Les fentes de la crémaillère ont été réalisées à la toupie grâce à un petit gabarit et une mèche droite de 3/8’’ (9,5 mm) de diamètre (voir 2e et 3e photo plus bas). La ceinture a été fabriquée avec une planchette d’érable de ½’’ (13 mm) d’épaisseur et de 1 ½’’ (38 mm) de largeur et les angles ont été jointé en queue d’aronde pour en accroître la stabilité.

Une double crémaillères reçoit les goujons placés à l'extrémité du bras articulés fixés sous le plateau.

Grâce à ce petit gabarit et à un guide à copier fixer à la toupie, il est relativement simple de réaliser les 2 crémaillères simultanément, il suffit de refendre la planche au cendre une fois l'opération complétée.

Mèche demi-ronde 3/8'' (9,5mm)
Les deux sections du plateau sont recouvertes d’un stratifié collé à la colle contact. J’ai bordé chaque section avec une moulure d’érable de 3/8’’ (9,5 mm) d’épaisseur, afin de retenir le café déversé accidentellement et pour servir de barre de retenue pour le portable ou la tablette. J’ai réalisé cette moulure sur le banc de toupie avec une mèche demi-ronde de 3/8’’ (9,5 mm) de diamètre (voir photo à droite).

Les pattes de la table se rétractent en pivotant autour d’axes percés de part et d’autre de la ceinture. Les pattes sont réunies deux par deux par un goujon de ½’’ (13 mm) de diamètre et retenues dans l’axe de la ceinture par une vis chromée à tête plate de ¼’’ (6 mm) de diamètre (à fente hexagonale). Un écrou autobloquant, un ressort compressible et une rondelle retiennent chaque vis dans leur axe, la présence du ressort compressible évite simplement que l’écrou se dévisse à chaque fois que l’on rétracte les pattes sous le plateau (par effet de levier) tout en maintenant une pression latérale sur chaque patte (voir photo plus bas).



Toutes les pièces en bois de la table ont reçu trois couches de vernis à base d’eau en sablant légèrement (papier 320) entre les couches 1 et 2.

Un petit projet, mais qui comporte plusieurs étapes et un coefficient moyen de difficultés.