mercredi 26 août 2015

Ces armes qui instrumentalisent le mal américain...de Lincoln à aujoud’hui, petit plaidoyer contre la prolifération des armes à feu.

Abraham Lincoln en 1863, deux ans avant sa mort à 56 ans.
Lorsqu’il a jailli dans la loge présidentielle du théâtre Ford, John Wilkis Booth avait un minuscule pistolet à la main, un Derringer. Nul besoin d’un canon pour tuer un homme, une seule petite balle tirée à la tête et le président Lincoln devait mourir neuf heures après le tir fatidique. Après une chasse à l’homme, Booth périt à son tour sous les balles de soldats de l’Union et ses complices furent pendus et le peuple pleura ce président qui réunifia le nord et le sud et abolit l’esclavage. Mais assez curieusement,  l’arme maudite de ce crime historique bénéficia d’une certaine "publicité" et fit la fortune de plusieurs armuriers et de marchands d’armes. Le « Derringer » désigne maintenant toute une catégorie de pistolets miniatures que l’on peut même dissimuler dans une botte de cow-boy ou dans un très petit sac à main. Le Derringer se décline dans une grande variété de formes et de couleurs, qui font presque oublier le caractère létal de cette arme, car le Derringer contemporain est bien plus « efficace » que sa version de 1865 !


La mort violente en direct de deux journalistes de la station WDBJ en Virginie le 26 août, souligne une fois de plus que la facilité d’accès des armes à feu favorise grandement le passage à l’acte d’individus perturbés ou motivés par différentes causes. La tuerie de Charleston qui aurait inspiré l’assassin des journalistes Alison Parker et Adam Ward aurait été plus complexe à mettre en oeuvre si son auteur n’avait eu accès qu’à des armes de chasse conventionnels ou à des armes blanches. Une arme capable de tirer des dizaines de balles en quelques secondes ou que l’on peut dissimuler dans une poche ou un sac à main ne devrait pas être en vente libre et surtout pas accessible à des individus perturbés.

La fascination pour ce type d’armes, dont la finalité est de faire feu sur un être humain (très mal adaptés pour la chasse au chevreuil !),  est pour le moins étonnante. Comme plusieurs Américains, on peut toujours justifier le recours aux « armes portables »,  voir même aux fusils d’assaut,  dans un but d’autodéfense, mais dans les faits il est plutôt rare qu’une personne soit en mesure d’utiliser efficacement une arme contre un agresseur potentiel. Souvent mal entreposées ou utilisées avec négligence les armes « d’autodéfense » se retournent parfois contre leur propriétaire et leurs proches.  Chaque année les médias nous rapportent des histoires d’horreur ou une arme dite d’autodéfense a finalement tué accidentellement un jeune enfant, une conjointe ou le voisin venu emprunter une tasse de sucre. Malgré tout « le gun »  fascine l’humain et les hommes en particulier qui raffolent de tout ce qui pétarade et leur procure un sentiment de puissance instantanné !  Pas étonnant dans ce contexte que la National Rifle Association arrive à recruter plus de 5 millions de membres aux USA et cela en se donnant l’allure d’une organisation de défense des droits civiques! Dans ce contexte, posséder un Derringer est non seulement une manière de se protéger des vilains, mais également d’affirmer sa propre liberté,  garantie par le deuxième amendement de la constitution américaine.

Le "petit" Derringer de John Wilkis Booth
Le Derringer n’est pas la seule « arme mythique » à susciter l’admiration d’une partie de l’humanité, du colt à la kalachnikov le rayon de la quincaillerie meurtrière est bien rempli et se perfectionne au fil du temps. Ainsi la guerre de sécession américaine bénéficia de plusieurs avancées technologiques qui vont préfigurer la Première Guerre mondiale. Avec plus de 600 000 morts, cette guerre fratricide a été la plus meurtrière des États-Unis jusqu’à ce jour! Pourtant, le culte des armes demeure bien présent chez nos voisins du Sud, comme si l’horreur de la guerre ne faisait que le renforcer! Même le massacre d’innocents petits enfants par un déséquilibré à l’école de Sandy Hook à Newtown en 2012, n’arriva pas à émouvoir les membres de la puissante NRA qui en rajoutèrent une couche en proposant comme remède aux tueries d’armer les directions d’école!!! Imaginez la scène où les membres de la direction répliquent aux tireurs fous en tirant à leur tour avec les enfants au milieu... deux fois plus de victimes dans le meilleur des résultats!!! Dans les faits, il y a peu de parades possibles contre un illuminé ou un terroriste qui décide du jour au lendemain de mettre un terme à ses jours en emportant avec lui un maximum de personnes innocentes, sinon de réduire l’accès aux armes dont la finalité est de tuer des êtres humains, car on ne va pas à la chasse à l’orignal avec un fusil d’assaut! Mais comme les humains sont les rois de la triche, on arrivera toujours à trouver sur le marché un fusil d’assaut destiné à la chasse aux écureuils! Il y a en plus tous ces imitateurs qui arrivent à glorifier les auteurs de tueries et qui aspirent à les dépasser dans l’horreur, question d’obtenir leurs 5 minutes de gloire dans les médias, de manifester leur existence par l’extrême violence et l’absurdité!

Contrairement à John F. Kennedy dont la tête a explosé sous l’impact des balles à haute vélocité de la carabine Manlicher-Carcano de Lee Harvey Oswald, Abraham Lincoln est mort d’une lente agonie avec la petite balle du Derringer enfoncée dans sa boîte crânienne. « Le Sud est vengé! », aurait crié Booth avant de s’enfuir du théâtre Ford. Comme la vengeance est le moteur de toutes les violences et de toutes les guerres, ce crime n’a bien sûr rien réglé, il a même « légitimé » en quelque sorte l’option de l’assassinat politique aux États-Unis, dont les deux frères Kennedy (et avant eux les présidents Garfield en 1881 et McKinley en 1901) et Martin Luther King ont été les plus célèbres victimes. Sans les mesures de sécurité extrêmes qui entourent maintenant les politiciens américains, il a fort à parier que le bilan serait encore plus sombre aujourd’hui. Ronald Reagan a d’ailleurs bien failli devenir le cinquième président américain assassiné en mars 1981, lorsqu’un désaxé tira 6 balles en sa direction avec un revolver.  


John Wilkis Booth, l'assassin de Lincoln

Est-ce que le mal vient des hommes ou de leurs armes? Le mal, ou ce qui est mauvais ne peut être associé à un objet. Une pierre au sol n’est ni bonne ni mauvaise, mais si vous la prenez dans vos mains et la lancé sur un de vos semblables c’est uniquement à ce moment qu’elle devient un « vecteur » du mal. Évident me direz-vous? Mais que dire d’un fusil d’assaut dont la conception et la fabrication ont pour finalité de tuer des êtres humains? Le simple fait d’acquérir ou de posséder une telle arme ne trahit-il pas l’intention de son propriétaire, celle de l’utiliser contre ses semblables, qu’ils soient bons ou méchants? Une arme c’est comme un outil, à partir du moment où elle est à votre disposition elle a le potentiel d’être utilisée.  C’est la même chose pour les armées, rares sont les pays qui disposent d’une armée dont les soldats ne font que cueillir des marguerites, règle générale les armées finissent toujours par faire la guerre quelque part et à "tuer des pauvres gens" (la formule est de Boris Vian dans sa chanson le déserteur). 

lundi 3 août 2015

Drame aviaire dans mon arrière-cour!


Au début du mois de juillet, par une belle journée ensoleillée j’ai observé au sommet de l’une des haies de cèdres à l’arrière de notre maison le ballet incessant d’un couple de cardinals. Manifestement ce couple était en pleine période de nidification et leur va-et-vient trahissait la présence de leur nid enfoui profondément dans le feuillage vert foncé, à l’abri de la majorité des prédateurs. Discrètement et de loin, j’ai continué d’observer pendant quelques jours la régularité des entrées et sorties du couple de cardinals à travers les branches de la haie. Et puis un beau matin ce fut le drame! Au pied de la haie de cèdres, trois oisillons, sans aucun plumage, rendaient leur dernier souffle dans la pelouse. C’est avec la mort dans l’âme que nous avons placé dans un sac les trois petits cadavres en essayant toutefois de comprendre la nature du drame qui venait de se dérouler... Est-ce qu’un chat aurait réussi à grimper le long du tronc et aurait attaqué sauvagement le nid, des traces de griffes sur l’écorce du tronc principal de la haie semblait même étayer cette hypothèse.

Cardinal femelle



Cardinal mâle


À notre grande surprise, dans les jours qui ont suivi notre macabre découverte, nous avons continué d’observer le va-et-vient du couple de cardinals au sommet de la haie, comme si leur progéniture y était toujours... Est-ce qu’il y aurait un quatrième oisillon dans le nid qui aurait survécu au massacre? Ou est-ce que les cardinals ont l’habitude de sacrifier les oisillons moins vigoureux au profit d’un plus costaud? Nous voilà donc avec plus de questions que de réponses! Et puis par hasard, un après-midi j’entends un chroniqueur à la télévision parler du comportement parasitaire de certains oiseaux, dont le vacher à tête brune. Pas très sympa le vacher qui avouons-le, de la perspective humaine a un comportement vraiment... vache! Imaginez , non seulement le vacher pond son œuf dans le nid des autres espèces d’oiseaux, mais il laisse aux propriétaires du nid squatté le soin de nourrir son rejeton. Généralement plus gros et plus vorace que les oisillons du nid hôte, le jeune vacher croit plus rapidement, car il ouvre le bec plus grand s’accaparant de la majeure partie de l’offre alimentaire des parents fraudés. Le pire reste à venir : profitant de sa supériorité, le vacher juvénile n’hésitera pas à expulser les autres oisillons du nid afin de ramasser 100 % du butin alimentaire. Bingo ! Du coup je crois bien tenir l’explication du drame qui s’est déroulé deux jours plus tôt dans notre arrière-cour, du moins si j’arrive à apercevoir et à identifier formellement l’oisillon assassin qui squatte encore le nid des cardinals... Pas une mince tâche, car la haie fait presque 4 mètres de hauteur et le nid semble encastré profondément sous le feuillage. Ne reculant devant rien, muni d’un long escabeau et d’une lampe frontale, je profite de la noirceur et du sommeil de cette drôle de famille reconstituée pour tenter de localiser le nid. Après quelques minutes de recherche je découvre à quelques centimètres du sommet le fameux nid ou un seul oisillon gris, qui a déjà acquis la majeure partie de son plumage, ouvre un œil... difficile de l’identifier formellement, ce n’est manifestement pas un cardinal juvénile, mais était-ce un vacher à tête brune juvénile, les branches et le feuillage m’empêchaient de voir certains détails importants dont la couleur du plumage ventral.

Le vacher à tête brune juvénile(young Brown-headed cowbird) , s'alimentant au sol.



Les jours ont passé et autour du 15 juillet, j’aperçois au pied de notre mangeoire à oiseaux un petit oiseau gris au vol encore incertain qui préfère manger les graines tombées au sol. Je sors alors mon appareil photo, le 300 mm en batterie, je suis prêt à le mitrailler sous tous ses angles afin d’être en mesure de bien l’identifier... Rapdement je consule mon guide Peterson et les sites web ornithologiques qui me confirment hors de tout doute raisonnable que je suis bien en présence d’un vacher à tête brune juvénile, le même qui aurait squatté le nid des cardinals et « liquider » leur progéniture... Tout à coup il devient beaucoup moins sympathique à mes yeux, mais mon jugement est anthropomorphique, la nature ne porte pas ce genre de jugement! Par son comportement parasitaire, le vacher contribue à sa manière à régulariser la population des autres espèces d’oiseaux! Je m’interroge cependant sur l’aveuglement du couple de cardinals qui ont continué de nourrir un oiseau d’une autre espèce. D’autres espèces d’oiseaux sont beaucoup plus « conscients » de ce genre « d’invasions de domicile » et n’hésitent pas à foutre au bas du nid les œufs des squatteurs, mais visiblement, malgré sa belle robe écarlate, le cardinal souffre de myopie ou d’un sérieux déficit d’attention!!!  

mercredi 1 avril 2015

Là où l'eau coule vers l'Atlantique ou le Pacifique

Je fréquente les rocheuses canadiennes depuis plus de 12 ans maintenant, car ma fille réside près du Parc de Banff avec sa petite famille. Pendant toutes ces années j'ai exploré la plupart des parcs entre Calgary et Vancouver et j'ai eu la chance de photographier les plus beaux sites.    Assez étrangement je n'avais jamais emprunté la route 93 qui relie Banff à Radium un peu plus au sud, en Colombie Britannique et qui traverse le Parc de Kootenay. C'est sur cette route que l'on croise la ligne continentale de  partage des eaux entre l'Alberta et la Colombie Britannique, en plus de marquer la frontière entre les deux provinces cette ligne délimite le sens de l'écoulement des eaux, à l'est de cette ligne l'eau s'écoule vers l'Atlantique et la Baie d'Hudson et à l'ouest vers le Pacifique. Ainsi, la rivière Bow, qui coule à Banff et au-delà de Calgary,  fait partie du réseau hydrographique de la Baie James. C'est donc avec une certaine émotion que j'ai aperçu en bordure de la route 93, près de l'affiche "Welcome in British Columbia the best place on Earth" (oublions la modestie !) la fameuse borne (voir la photographie plus bas) qui indique l'endroit précis où les cours d'eaux changent de direction. C'est un peu comme si je venais de croiser la borne du pôle Sud, mais bien assis dans une voiture... Ok,  je l'admets,  je suis un brin théâtral ici, mais comme je ne croiserai probablement jamais la borne du pôle Sud, il faut bien que je me contente de celle du partage des eaux entre l'est et l'ouest du Canada.

La fameuse borne du partage des eaux sur la route 93

Un peu plus loin, à environ 85km de Radium et ses sources thermales, j'ai fait une autre découverte: le Marble Canyon.  Les conditions météo n'étaient pas excellentes pour découvrir ce petit canyon (mais profond !), le mercure frôlait à peine les 2o, les sentiers étaient encore recouverts de neige et de glaces  et le ciel était couvert, bref pas génial pour la photographie...malgré tout, le détour en valait la peine! Au beau milieu de l'été ce site doit être assez génial !  La rivière Kootenay a creusé au fil des millénaires un canyon qui atteint plus de 60 mètres (200 pieds) dans sa partie la plus profonde. L'eau a exploité une veine de roches calcaires pour se frayer un chemin. Le canyon doit son nom (marble=marbre en français) à la dolomite et non pas au marbre, seul point en commun:  la couleur blanche. La visite de ce site prend environ une trentaine de minutes depuis le stationnement en bordure de route. Parc Canada a installé tout au long du parcours des stations d'interprétation très utiles pour mieux comprendre la formation du canyon.

De part et d'autre de la cloture le canyon Marble s'enfonce à plus de 60 mètres. 


Plusieurs petits ponts passent au-dessus du gouffre
Le canyon  Marble dans sa dernière portion



mardi 17 mars 2015

De Ikea à Sketchup


Récemment j’ai réalisé un plan d’aménagement pour un petit atelier de couture. Pour régler la question du rangement, j’ai décidé d’utiliser la ligne d’armoires de rangement Pax de Ikea. Cette ligne offre plusieurs possibilités, dont celle de disposer les armoires de part et d’autre d’une structure d’angle permettant ainsi de maximiser l’espace de rangement. La ligne Pax offre deux standards de hauteur (201 cm et 236 cm), de profondeur (35 cm et 58 cm) et de largeur (50 cm et 100 cm). Comme la pièce était relativement petite, j’ai choisi le standard de hauteur de 201cm et de 35 cm pour la profondeur et j’ai utilisé 3 armoires de 100 cm de largeur, une de 50 cm et finalement une structure d’angle qui fait 75 cm de côtés. J’ai complété l’aménagement de la pièce en ajoutant un plan de travail,  des tablettes (avec éclairage DEL en dessous) et un petit cabinet à trois tiroirs que je réaliserai en atelier.

J’ai bien sûr modélisé la pièce sur Sketchup pour valider l’aménagement et l’impact visuel du système de rangement Pax sur la pièce. Mais avant de dessiner les modules Pax, j’ai fait une brève vérification dans la « banque d’images 3D » de Sketchup, juste au cas où quelqu’un (ou un dessinateur d’Ikea)  d’autre aurait  déjà fait le travail, or c’était bien le cas, en fait même les portes (Bergsbo) et les poignées (Lindsdal) que j’avais retenues dans le catalogue étaient déjà présentes dans l’entrepôt de dessins de Sketchup. Pas vraiment étonnant a priori, car plusieurs compagnies ont compris qu’ils étaient très avantageux d’y représenter leurs produits puisque de nombreux architectes et designers utilisent Skectchup pour modéliser leurs projets. La banque d’images 3D est donc un raccourci intéressant, surtout lorsque l’on doit représenter des meubles ou des appareils très détaillés. Ainsi dans mon plan d’aménagement (voir illustration) j’ai récupéré dans la base de données, en plus des armoires Ikea, les chaises, la  machine à coudre et les petits bacs de rangement sur les tablettes.

Le plan Sketchup de l'atelier de couture

Les lecteurs de mon blogue auront également compris que j’ai utilisé le logiciel libre Kerkythea pour obtenir un rendu photographique à partir du dessin Sketchup.

Le rendu photographique du même dessin 



jeudi 29 janvier 2015


(4e partie)

KAYAK DE MER 
Hiloire et sablage.... beaucoup de sablage... et encore un peu plus!  


En fait, je crois que le sablage d’un kayak en bois latté est sans doute l’étape qui mobilise le plus de temps, car il faut sabler autant les surfaces de bois que la couche de résine époxy que l’on va appliquer sur la fibre de verre. Nous y reviendrons un peu plus tard, car pour le moment nous allons aborder la réalisation du trou d’homme (cockpit en anglais... honnêtement j’aime mieux ce terme que « trou d’homme », mais j’ai fait la promesse de respecter la terminologie française du kayak!) et de l’hiloire qui vient le ceinturer. Au moment de latter le pont, on doit couvrir en partie l’espace qui sera occupé par le trou d’homme, car il est plus facile (et plus précis) de découper les contours du trou que de latter en délimitant son espace. Pour assurer un découpage précis, on imprime d’abord un patron du trou d’homme que l’on colle (avec de la colle en aérosol ou du ruban-cache au pourtour du patron) sur la surface du pont. J’ai dessiné le patron du trou d’homme, comme celui des profils de la coque, avec l’aide d’un logiciel graphique (Corel Draw) et de l’impression en mosaïque. Le patron délimitait un espace plus large que celui du trou d’homme proprement dit, car je souhaitais réaliser un contour en noyer.


Découpage du trou d'homme, le contour avait d'abord été marqué à l'aide d'un patron en papier.


Découpage du trou d'homme complété.  Le découpage est un peu plus large que requis afin d'insérer  des lattes de  noyer noir autour du trou d'homme.


Pour latter le contour du trou d’homme, on doit changer de technique par rapport au reste du pont, car le contour ne s’appuie pas sur le moule. Fini les agrafes et les serre-joints, chaque petit bout de latte sera collé avec un pistolet à colle chaude (« glue gun » en anglais) d’abord sur l’extrémité et sur le chant. Comme la colle du pistolet durcie assez rapidement, les mains sont donc suffisantes pour tenir les lattes en place pendant le temps de prise. Il ne faut pas s’inquiéter de l’excédent de colle qui sortira des joints, car une fois le lattage complété il sera facile de couper les bourrelets de colle avec un ciseau à bois bien aiguisé et de faire disparaître toutes les traces de colle au sablage. Comme pour le reste du kayak, il ne faut pas oublier que le contour du trou d’homme sera également recouvert de fibre de verre et d’époxy ce qui assurera sa véritable solidité.


Insertion de lattes de noyer noir au contour du trou d'homme. Pour le moment, les lattes sont d'une longueur approximative, car lorsqu'elles seront toutes collées, un patron de papier permettra de tailler la forme finale du trou d'homme. Les lattes sont collées à l'aide d'un pistolet à colle chaude.

Une fois le trou d'homme délimité, on colle tout autour de petites lattes verticales de 2" (5 cm) qui serviront à bâtir l'hiloire. Ces lattes verticales sont également collées au pistolet à colle chaude. Il ne faut pas s'inquiéter des bourrelets de colle, ils seront facile à éliminer avec un ciseau à bois bien aiguisé et par le sablage.


Le collage des lattes de l'hiloire se termine souvent par une latte taillée sur mesure ! 

Assez étrangement cette partie de la fabrication du kayak, s’apparente au bricolage que l’on fait enfant avec des bâtons de « popsicle » (bâton en bois pour sucette glacée... pour mes lecteurs européens!). C’est un travail de patience, on évolue de l’avant vers l’arrière du trou d’homme. J’ai d’abord réalisé le contour en lattes de noyer, ces dernières sont collées de manière perpendiculaire aux lattes du pont (voir photo). Après cette étape, j’ai collé au pourtour du trou d’homme et à la verticale de petites lattes en noyer noir qui serviront à délimiter l’hiloire et sur lesquelles sera collée une bande de contour en frêne. Cette bande en saillie sert surtout à retenir la bande élastique de la jupette, assurant ainsi l’étanchéité de l’hiloire.

La bande de contour en frêne est en fait un laminage de plusieurs bandelettes (moins de 1/8e de pouce ou 3 mm d’épaisseur). Le frêne est le bois idéal pour cette composante puisqu’il se plie sans rompre ou former des éclisses. J’ai utilisé 5 bandelettes (pour une épaisseur totale de 5/8e de pouce ou 16 mm) pour former la bande de contour. Elles ont été collées à l’époxy et retenues en place avec de nombreux serre-joints, en fait un à chaque deux pouces. J’ai dû utiliser tout mon inventaire de serre-joints afin de m’assurer que la bande adhère parfaitement au contour de l’hiloire (voir illustration). C’est une opération délicate, heureusement que le temps de prise de l’époxy que j’ai utilisé était suffisamment long pour me permettre de progresser à mon rythme de l’arrière jusqu’à l’avant de l’hiloire. Les bandelettes se rejoignent en face de l’hiloire et sont coupées à angle égal de part et d’autre pour assurer un joint sans espace. Comme pour le reste de la coque cette bande sera par la suite recouverte de fibre de verre et d’époxy.


Pour compléter l'hiloire une bande de bois de 1/2" x 1/2"  (13mm x 13mm) est collée directement sur les lattes verticales. Cette bande servira à retenir la jupette en place. En réalité elle est composée de 4 bandes laminées en frêne de  1/8" (3mm) d'épaisseur, les bandes sont collées à la résine d'époxy et on doit utiliser de nombreux serre-joints durant la prise de la résine... j'ai utilisé l'ensemble des serre-joints de mon atelier !!!

Une fois bien collée, la bande de frêne sera arrondie à la vastringue et à la lime et recouverte de résine d'époxy.

Une fois l’hiloire complétée, j’ai entrepris la très longue étape du sablage de la coque qui précède celle de la fibre de verre et de l’époxy. Sans exagérer, je dirais que le sablage d’un kayak doit facilement représenter un peu plus de 50 % du temps de fabrication d’un kayak de bois si j’inclus le sablage des couches d’époxy et entre les couches de vernis. Si vous n’aimez pas sabler, oubliez ce projet, d’autant plus qu’une grande partie de ce travail doit être réalisé à la main avec différents accessoires pour respecter les courbes de la coque et du pont, côté intérieur et extérieur. Le sablage d’un kayak s’apparente beaucoup au travail que réalise un débosseleur sur une carrosserie d’automobile. Il faut éviter de sabler de manière trop « pointu », il faut sabler de « longue main » pour ne pas créer des creux et des bosses non désirés sur la surface, car une fois vernis tous ces creux et ses bosses brilleront au soleil vous rappelant constamment vos erreurs de sablage! L’accessoire le plus utile pour sabler l’extérieur de la coque demeure une simple planche d’environ ¼ de pouce d’épaisseur (6 mm) par 14 pouces de longueur (35 cm) et 2 pouces de largeur (5 cm) à laquelle on fixe deux poignés à chaque extrémité, le papier abrasif est simplement collé sur la planche avec de la colle en aérosol (voir illustration). Pour sabler l’intérieur de la coque, un papier abrasif enveloppant un contenant cylindrique en plastique (exemple : une bouteille d’eau de 4 litres) fera merveille pour lisser les courbes concaves.  


Une planche à sabler:  très utile pour sabler l'extérieur du pont et de la coque du kayak.



Le sablage d’un kayak est un art, un mauvais sablage peut facilement ruiner le travail précédent. On ne peut apprécier la qualité d’un sablage uniquement avec ses yeux, c’est d’abord en passant ses mains sur la surface que l’on peut s’assurer de la régularité des courbes où à l’inverse de déceler les bosses et les creux. Le sablage du bois brut ou des couches de résine n’est pas très bon pour les voies respiratoires et certaines essences de bois (comme le cèdre de l’ouest) ont même développé au fil des millénaires des huiles essentielles qui les protègent des agressions des champignons et des insectes et qui peuvent provoquer chez l’humain une gamme étendue de réactions, de la simple allergie jusqu’au cancer du poumon. Il est donc important de bien ventiler l’espace de travail durant le sablage, de porter un masque filtrant ou de disposer d’un système de dépoussiérage efficace.    

lundi 15 décembre 2014

Voeux des fêtes 2014

Petits pingouins en érable peint,  réalisés au tour à bois ...sauf pour les ailes et le bec bien sûr ! 

vendredi 12 décembre 2014

Secrétaire contemporain


Le projet de créer un secrétaire de style contemporain m’est venu il y a deux ans quand j’ai réalisé qu’il serait très agréable de disposer d’un petit coin travail près du foyer du salon. Dans les années 80, j’avais déjà eu l’idée de fabriquer pour mon bureau un secrétaire classique à cylindre en chêne rouge à partir d’un plan américain. J’étais encore dans ma période « arts et traditions populaires » où je reproduisais des meubles anciens. Pour mon bureau j’avais finalement abandonné le projet du secrétaire à cylindre qui était difficile à adapter à mes besoins informatiques, j’ai donc misé sur une surface ouverte en « L » où le côté pratique et l’ergonomie l’ont emporté sur le style. Le projet d’un espace travail au salon était différent cette fois, le meuble devait avoir du style, car il est dans l’espace d’accueil de la maison, exposé à tous les regards. Par ailleurs, comme c’est un espace de travail occasionnel je pouvais en réduire la taille et mettre le style à l’avant plan du concept, sans toutefois trop sacrifier sur l’ergonomie.

Secrétaire aux lignes contemporaine en érable, érable ondé et zébrano.
Le caisson qui surplombe le plateau dissimule dans sa section centrale une barre électrique pour brancher portable et tablette.
Le luminaire de DEL demeure très discret ...mais efficace !
Comme à mon habitude j’ai commencé le travail de création par une recherche de style, autant sur le web que dans les revues spécialisées. Dès le départ j’ai constaté qu’il était difficile de réinventer complètement le secrétaire qui regroupe une surface de travail et un certain de nombre de rangements pour le petit matériel de bureau et la papeterie. À l’époque de Louis XIV, le secrétaire avait atteint un tel degré de sophistication que sa réalisation nécessitait le travail concerté de nombreux artisans, de l’ébéniste au ciseleur en passant par le doreur et l’horloger. Modernité oblige, même si le secrétaire d’aujourd’hui n’est pas nécessairement un poste informatique il doit faciliter l’usage d’un ordinateur portable, d’une tablette et de différents outils de communication. Dans sa forme classique, le secrétaire dispose de tiroirs en dessous et au-dessus du plan de travail et d’un cylindre qui limite l’accès à la surface de travail et aux compartiments supérieurs. On peut comprendre qu’avant l’informatique il était nécessaire de limiter physiquement l’accès à sa comptabilité où à ses lettres d’amour, mais aujourd’hui le secrétaire peut facilement se départir de ses entraves et devenir un meuble attrayant, adapté à différents usages.

Dans la conception de mon secrétaire, j’ai décidé de conserver le principe de placer du rangement en dessous et au-dessus du plan de travail. Je voulais également trouver une solution pratique et élégante pour le branchement des nombreux chargeurs de nos téléphones mobiles, tablettes, liseuses et autres « bidules » électroniques. Plutôt que de placer une horrible barre électrique au pied du secrétaire avec tous les fils qui pendulent de la surface de travail, j’ai décidé de dissimuler la barre dans un compartiment fermé au-dessus de la surface de travail, ainsi la barre électrique demeure très accessible et à la hauteur des yeux, du coup, fini les contorsions sous le meuble pour brancher les appareils. Le compartiment de la barre électrique est lui-même placé au centre d’un petit caisson étroit qui est accroché à deux supports à 5’’ (13 cm) de la surface de travail. En plus de supporter le caisson, les deux supports latéraux, réalisés en zébrano, servent à dissimuler le filage, le transformateur et le gradateur du luminaire DEL placé à l’avant du caisson afin d’éclairer le plan de travail. La base du secrétaire en érable et érable ondé demeure assez classique avec un piétement à pattes effilées et trois tiroirs sous le plan de travail. Cette base acquiert un trait distinctif grâce aux façades de tiroirs en zébrano (connu également sous le nom de zingana son nom botanique est "Microberlinia brazzavillensis") et l’insertion de marqueterie placée à 4’’ (10 cm) de l’extrémité de chaque patte.

Comme pour mes autres projets, j’ai modélisé le secrétaire avec Sketchup 8 et j’ai procédé ensuite à un rendu photographique en utilisant Kerkythea. Avant même de découper une seule pièce, j’avais donc un très bon aperçu du « look » final de ce meuble (voir illustration). La complexité relative du projet nécessitait un plan assez détaillé, surtout pour bien évaluer la quantité de bois requis et choisir les meilleures stratégies d’assemblage pour chacune des pièces. 


La tête de chaque patte comporte des mortaises pour recevoir d'un côté les traverses et de l'autre les longerons avant et arrière. Ici c'est une patte avant droite, les doubles mortaises sont destinés aux longerons avant placés au-dessus et en-dessous des tiroirs.


Les pattes effilées de la base ont constitué le point de départ du projet, car en plus de supporter l’ensemble du meuble elles contribuent par leur finesse à son élégance. Il est relativement simple de fabriquer ce type de pattes sur la scie à ruban ou le banc de scie grâce à un gabarit. Comme j’ai déjà réalisé ce type de pattes pour d’autres projets, j’avais déjà un gabarit pour ma scie à ruban. Ce gabarit artisanal (voir photographie plus bas) a la particularité de s’adapter facilement à la dimension de la patte à découper grâce à des ajustements à ses deux extrémités. Pour assurer une plus grande stabilité de la pièce, j’ai collé du papier abrasif (120) sur les surfaces de mon gabarit (voir photo).


Gabarit artisanal pour couper un angle le long des pattes sur la scie à ruban.
On peut ajuster l'angle de coupe en déplaçant le guide (au centre sur la photo ) à gauche
 ou à droite.  


Coupe à angle sur la scie à ruban grâce au gabarit que l'on glisse comme un chariot le long du guide parallèle de la scie.




Plan Sketchup (version 8)  du secrétaire en transparence .

Rendu photographique Kerkythea...assez fidèle au produit fini !

Dans le projet de secrétaire chaque patte mesure 29 pouces (74 cm) elles font 1 ½ x 1 ½ (4 cm x 4cm) à la tête et ¾ x ¾ (2 cm x 2cm) au pied. Les 5 premiers pouces de la tête de chaque patte (section qui correspond à la ceinture du meuble), ont des côtés parfaitement parallèles, c’est dans cette portion que sont découpés les mortaises qui vont recevoir les tenons des longerons et des traverses. La coupe à angle (sur la scie à ruban avec le gabarit) des 4 faces de chaque patte se fait donc sur une longueur de 24 pouces. Pour faire disparaître les marques de coupes laissées par la scie à ruban,  j’ai raboté chaque face. Il est donc important de laisser un peu d’espace (1/16’’ à 1/8’’) au-dessus des lignes de coupe pour prévoir la perte d’épaisseur résultant du rabotage. Une lame de rabot bien aiguisée laissera une surface très lisse nécessitant peu ou pas de sablage.


Le longeron arrière de la base avec les 4 guides de tiroir latéraux


L’assemblage de la base du secrétaire est assez classique :  tenon-mortaise pour les longerons et traverses et double tenons-mortaises pour le longeron avant et celui des tiroirs. J’ai réalisé la découpe de toutes les mortaises à la mortaiseuse (installée sur une perceuse à colonne) alors que les tenons ont été façonnés sur un banc de toupie. Les assemblages en queue d’aronde des tiroirs (mi-aveugles en façade et traversants à l’arrière) ont été réalisés à l’aide d’une toupie et d’un gabarit à queue d’aronde Porter-Cable. Le collage de la base a été réalisé en trois étapes :

  1. Les longerons de façade et les deux séparateurs verticaux des tiroirs (voir photo)
  2. Le longeron arrière, les guides de tiroir avec l’ensemble 1 (voir photo)
  3. Finalement les 4 pattes, les traverses avec l’ensemble 1 et 2


Collage des longerons aux diviseurs de tiroir
Collage des longerons arrière et avant et des guides de tiroir

En procédant en 3 étapes cela permet de réaliser un meilleur assemblage tout en réduisant le stress associé au temps de prise de la colle PVA, qui varie généralement entre 15 et 30 minutes en fonction du degré d’humidité de l’atelier. Le plateau est finalement fixé à la base par trois vis situées sous le longeron avant et par 7 tasseaux de support qui s’insèrent dans des rainures (réalisées à la toupie) dans le longeron arrière et dans les guides latéraux de tiroirs, cette méthode d’assemblage permet de compenser les mouvements saisonniers du plateau composés de plusieurs planches laminées.

La partie plus « innovante » de ce projet demeure sans contredit son caisson qui est suspendu au-dessus du plateau, accroché à deux supports en zebrano qui évoquent la forme de livres fermés. Le caisson et ses supports ont un panneau arrière amovible ce qui permet d’installer la barre électrique, le transformateur basse tension pour alimenter le ruban de lumières DEL, le gradateur basse tension (12v) et de faire circuler le filage nécessaire. Le panneau arrière des supports est maintenu en place par deux aimants circulaires alors que celui du caisson est vissé. Le ruban de lumière DEL  est collé au fond d’un luminaire DEL en aluminium, en fait il s’agit d’un profil d’aluminium sur lequel se fixe un diffuseur de polymère, le profil est lui-même encastré dans une rainure de 11/16’’ (environ 20 mm) de largeur et de ¼’’ (6 mm) de profondeur et couvre la largeur complète du caisson soit 36 pouces (91 cm). Les composantes de ce système d’éclairage sont disponibles chez Lee Valley.
Assemblage d'un support en zébrano avec des goujons.



La finition se résume à l’application de 3 couches de vernis acrylique semi-lustre. Ce type de vernis offre l’immense avantage de conserver la teinte naturelle de l’érable et d’accentuer le contraste entre l’érable et le zébrano.